Une fenêtre d’opportunité s’ouvre à Bruxelles pour débloquer le 20e paquet de sanctions contre la Russie. Selon Euronews FR, cette avancée intervient après la défaite électorale de Viktor Orbán en Hongrie et la décision de Washington de mettre fin aux dérogations sur le pétrole russe, deux éléments qui pourraient lever les blocages politiques persistants depuis plus de deux mois.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 20e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie, incluant une interdiction totale des services maritimes pour les pétroliers russes, est bloqué depuis février en raison de veto hongrois et slovaque.
  • La défaite d’Orbán le 7 avril 2026 en Hongrie et le départ programmé du Premier ministre en mai pourraient permettre un changement de position à Budapest.
  • Les États-Unis ont annoncé la fin des allègements sur les sanctions russes, une décision critiquée par Bruxelles qui y voit une mesure « unilatérale » et « autodestructrice ».
  • Le prix du pétrole russe a dépassé les 110 dollars le baril en mars 2026, générant des recettes record de 19 milliards de dollars pour Moscou.
  • La réparation partielle de l’oléoduc Droujba, endommagé par des drones russes fin janvier, pourrait apaiser les réticences slovaques.

Un blocage de deux mois enfin levé par le changement politique à Budapest

Depuis février 2026, le 20e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie est paralysé par des divergences internes. D’abord rejeté par la Hongrie de Viktor Orbán et la Slovaquie de Robert Fico en raison d’un litige sur l’oléoduc Droujba, ce texte a ensuite été compliqué par les tensions énergétiques consécutives à la guerre au Moyen-Orient. Parmi les mesures proposées figurent une interdiction totale des services maritimes pour les pétroliers russes, une mesure censée remplacer le plafonnement des prix du G7, jugé inefficace face à la « flotte fantôme » de Moscou.

Or, la défaite écrasante d’Orbán aux législatives du 7 avril 2026, qui marque la fin de son ère politique, change la donne. Bien que peu d’observateurs s’attendent à ce que l’actuel Premier ministre lève son veto avant son départ en mai, les regards se tournent vers son successeur, Péter Magyar. Ce dernier, pressenti pour prendre la tête du gouvernement, a promis une approche « constructive » lors des négociations européennes. « Un nouveau départ est possible », estime-t-on à Bruxelles, où l’on espère que son arrivée permettra de débloquer à la fois les sanctions et le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine.

La Slovaquie, dernier obstacle en suspens, pourrait suivre le mouvement

Le Premier ministre slovaque Robert Fico, allié idéologique d’Orbán, reste le dernier verrou à faire sauter. Contrairement à son homologue hongrois, qui a multiplié les provocations contre les normes européennes, Fico privilégie le dialogue pour obtenir des compromis. Son opposition ne porte d’ailleurs pas sur le contenu des sanctions elles-mêmes, mais sur l’impact de l’arrêt des livraisons de pétrole via l’oléoduc Droujba — une infrastructure gravement endommagée fin janvier par des drones russes.

Une lueur d’espoir est venue du côté ukrainien. Le président Volodymyr Zelensky a assuré que Droujba serait « réparé suffisamment pour fonctionner » d’ici la fin avril 2026, permettant ainsi à la Slovaquie de reconsidérer sa position. Interrogé par Euronews FR, le bureau de Fico n’a cependant pas répondu à la demande de commentaire.

Washington met fin aux allègements sur le pétrole russe, une décision qui irrite Bruxelles

Autre élément clé dans cette dynamique : le revirement de l’administration américaine. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé mercredi 15 avril 2026 à la Maison Blanche que les États-Unis ne reconduiraient pas les dérogations accordées sur le pétrole russe et iranien. Cette licence de 30 jours, expirée le week-end dernier, permettait à certains pays d’importer du pétrole russe déjà en mer. « Nous ne renouvellerons pas ces autorisations », a-t-il déclaré, justifiant cette décision par la volonté de « maintenir la pression sur Moscou ».

Cette annonce a provoqué un tollé à Bruxelles, où l’on dénonce une mesure « unilatérale », « erronée » et « autodestructrice » en pleine période où la Russie profite des tensions au Moyen-Orient. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le prix du pétrole de l’Oural a atteint 110 dollars le baril en mars 2026, son plus haut niveau depuis plus de dix ans. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les recettes russes issues du pétrole et des produits raffinés ont ainsi bondi à 19 milliards de dollars en mars, contre 9,7 milliards en février. Une manne qui permet au Kremlin d’amortir un déficit budgétaire de 60 milliards de dollars au premier trimestre 2026, bien au-delà des prévisions.

« Accorder un quelconque allègement des sanctions à ce stade n’est pas utile pour maintenir la pression sur la Russie », a souligné Paula Pinho, porte-parole en chef de la Commission européenne. « Il est ironique que la Russie profite de la guerre au Moyen-Orient, mais c’est la réalité ».

Pour la Commission, ces sanctions sont d’autant plus nécessaires que Moscou multiplie les attaques meurtrières contre des villes ukrainiennes. « Ces agressions renforcent la nécessité d’agir », a rappelé Pinho, tout en exprimant l’espoir d’un déblocage rapide du paquet.

Un paquet de sanctions affaibli par l’absence de coordination avec le G7

Malgré l’espoir suscité par ces évolutions, une ombre plane sur ce 20e paquet : son principal pilier, l’interdiction totale des services maritimes pour les pétroliers russes, dépend d’un accord avec les alliés du G7. Initialement prévue pour remplacer le plafonnement des prix — jugé inefficace face à la « flotte fantôme » russe —, cette mesure ne pourra entrer en vigueur qu’en coordination avec Washington et les autres partenaires internationaux.

Interrogée sur la possibilité pour l’UE d’agir seule, Paula Pinho a adopté une position prudente. « Si nous bénéficions du soutien du G7, l’impact sera bien plus grand », a-t-elle expliqué. « Nous continuons à aligner nos efforts sur ceux du G7… Si ce n’est pas possible, nous verrons comment procéder ». Une porte ouverte à une action unilatérale, mais conditionnelle.

Et maintenant ?

Deux scénarios se dessinent pour les prochaines semaines. D’abord, l’UE pourrait profiter de la transition politique à Budapest pour faire adopter le 20e paquet avant l’été, sous réserve d’un compromis sur l’oléoduc Droujba. Ensuite, la fin des dérogations américaines sur le pétrole russe, combinée à la hausse des prix, pourrait inciter Moscou à revoir sa stratégie énergétique — ou, au contraire, renforcer sa résilience économique. Dans les deux cas, une chose est sûre : les prochaines semaines seront déterminantes pour l’efficacité des sanctions européennes.

Reste à savoir comment Robert Fico réagira à ces développements. Son allégeance idéologique à Orbán ne doit pas occulter une préférence affichée pour le compromis. Si la réparation de Droujba se confirme et que Budapest change de ton, Bratislava pourrait suivre — ou, à l’inverse, durcir sa position. Une incertitude qui rappelle que, malgré les espoirs, le chemin vers une Europe unie face à Moscou reste semé d’embûches.

L’oléoduc Droujba, qui transporte du pétrole russe vers l’Europe via la Hongrie et la Slovaquie, est devenu un symbole des divergences entre Bruxelles et Moscou. Damagé fin janvier 2026 par des drones russes, son interruption a provoqué des tensions car la Slovaquie et la Hongrie refusaient de voter les sanctions tant que leur approvisionnement énergétique n’était pas garanti. Sa réparation partielle, promise pour fin avril, pourrait lever ce blocage.