Alors que l’été s’installe, les Européens bousculent les codes du tourisme traditionnel. Selon Euronews FR, une enquête récente menée par Mastercard auprès de plus de 27 000 vacanciers dans 28 pays du continent révèle que près de la moitié d’entre eux, soit 48 %, prévoient d’apprendre une nouvelle compétence pendant leurs vacances. Ce phénomène, baptisé « skilliday » par la société de paiements, illustre une évolution marquée des attentes des voyageurs, désormais en quête d’expériences formatrices autant que de détente.

Ce qu'il faut retenir

  • 48 % des Européens souhaitent apprendre une nouvelle compétence pendant leurs vacances d’été 2026, selon une enquête Mastercard menée auprès de 27 000 vacanciers.
  • 37 % ont déjà réservé un voyage centré sur l’apprentissage d’un savoir-faire, et 42 % sont prêts à payer plus cher pour une expérience authentique.
  • Les 18-24 ans sont les plus engagés dans cette tendance, avec 57 % d’entre eux prévoyant un « skilliday », suivis par 52 % des 24-34 ans.
  • Les compétences les plus recherchées concernent les langues (30 %), la cuisine (28 %), la production alimentaire (28 %) et le bien-être (25 %).
  • Les Serbes (45 %), les Roumains (41 %) et les Suédois (37 %) se distinguent par leurs préférences spécifiques en matière de formation.
  • Cette tendance favorise une répartition plus équilibrée des retombées touristiques vers les zones rurales et les petites villes.

Un virage significatif dans les attentes des voyageurs

L’été 2026 s’annonce comme une période charnière pour le tourisme européen. D’après les données recueillies par Mastercard, les vacanciers ne se contentent plus de visiter des sites emblématiques ou de se reposer sur des plages. Ils recherchent désormais des expériences qui leur permettent de repartir avec des compétences concrètes. « Les touristes d’aujourd’hui recherchent des expériences de voyage qui laissent une impression durable, qui les aident à créer des souvenirs et, de plus en plus, une mémoire musculaire », a déclaré Natalia Lechmanova, économiste en chef Europe au Mastercard Economics Institute.

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de la valeur accordée aux dépenses. Les expériences, contrairement aux biens matériels, résistent mieux aux aléas économiques. Les « skillidays » se positionnent ainsi à l’extrémité la plus valorisée de ce spectre, comme le souligne l’économiste : « Les dépenses consacrées aux expériences se révèlent plus résistantes que celles consacrées aux biens. »

Des dépenses plus élevées pour des expériences authentiques

Les résultats de l’enquête révèlent que 42 % des Européens sont prêts à investir davantage pour un séjour incluant l’apprentissage d’une compétence. Cette volonté de payer plus cher s’accompagne d’une préférence marquée pour les prestataires locaux, capables d’offrir des expériences authentiques et ancrées dans le territoire. Une approche qui, selon Mastercard, pourrait contribuer à redistribuer les retombées du tourisme vers des zones moins fréquentées.

« Les voyages axés sur l’apprentissage ont aussi tendance à entraîner les voyageurs au-delà des sites les plus fréquentés et vers des petites villes, des zones rurales et des saisons plus calmes », précise Natalia Lechmanova. Un phénomène qui pourrait, à terme, désengorger les destinations saturées et favoriser un tourisme plus durable et équilibré.

Quelles compétences les Européens veulent-ils maîtriser ?

L’enquête de Mastercard détaille les aspirations des vacanciers en matière d’apprentissage. En tête de liste, 30 % des répondants souhaitent acquérir les bases d’une nouvelle langue ou perfectionner leurs connaissances linguistiques. Suivent de près les compétences culinaires, avec 28 % des candidats intéressés par des ateliers de cuisine encadrés par des chefs locaux. La production alimentaire, notamment la fabrication de fromage, attire également 28 % des voyageurs.

Le bien-être et les activités physiques occupent une place centrale dans les envies des vacanciers, avec 25 % d’entre eux souhaitant s’initier à la méditation, aux arts martiaux ou à d’autres pratiques relaxantes. L’artisanat traditionnel, les arts créatifs et les compétences de plein air complètent ce panorama, reflétant une diversité d’intérêts qui va bien au-delà des clichés du tourisme estival.

Des préférences qui varient selon les pays

Si les tendances générales se dégagent clairement, les aspirations des voyageurs présentent des spécificités nationales. Par exemple, 45 % des Serbes interrogés souhaitent apprendre une langue étrangère, tandis que 41 % des Roumains se tournent vers la gastronomie. Les Suédois, quant à eux, montrent un vif intérêt pour la production alimentaire, avec 37 % de réponses favorables à cette option.

Le bien-être et le mouvement séduisent particulièrement les Slovènes, 35 % d’entre eux privilégiant des activités comme le yoga, la méditation ou la danse. En Italie, 31 % des vacanciers expriment le désir d’apprendre des métiers d’art traditionnels, tels que la poterie, le tissage ou le travail du bois. Les Croates et les Serbes, eux, se distinguent par leur intérêt pour les arts créatifs, avec 31 % de répondants souhaitant se former à la photographie, à la peinture ou à l’écriture.

Enfin, les Ukrainiens se démarquent par leur penchant pour les compétences sportives : 28 % d’entre eux envisagent de développer une nouvelle capacité physique, comme le ski ou la randonnée.

Une génération Z en première ligne

Les jeunes adultes, et en particulier la génération Z, sont les principaux moteurs de cette tendance. Selon l’enquête, 57 % des 18-24 ans prévoient de participer à un « skilliday » cet été, contre 52 % des 24-34 ans. Ces chiffres illustrent une volonté marquée de concilier voyage et développement personnel, une approche qui pourrait bien redéfinir les standards du tourisme dans les années à venir.

Pour Natalia Lechmanova, cette évolution s’explique en partie par une recherche de sens dans les dépenses. « Les compétences acquises ont plus de valeur que les souvenirs qu’ils rapportent chez eux », souligne-t-elle. Ainsi, 51 % des répondants estiment que l’apprentissage d’une nouvelle compétence rend leur séjour bien plus significatif.

Et maintenant ?

La montée en puissance des « skillidays » pourrait inciter les acteurs du tourisme à repenser leurs offres. Les professionnels du secteur pourraient être amenés à développer des partenariats avec des artisans locaux, des chefs ou des coachs en bien-être pour proposer des expériences toujours plus diversifiées. Une tendance qui, si elle se confirme, pourrait également influencer les politiques publiques en matière de tourisme durable et de valorisation des territoires ruraux.

Reste à voir si cette dynamique se maintiendra au-delà de l’été 2026, mais une chose est sûre : le tourisme européen est en train de vivre une mutation profonde, où l’apprentissage et l’authenticité priment désormais sur la simple consommation de paysages.

Alors que les réservations pour l’été 2026 s’accélèrent, les acteurs du secteur devront composer avec cette nouvelle donne. Les destinations traditionnelles, comme les villes côtières ou les capitales culturelles, pourraient voir leur affluence évoluer au profit de régions moins connues, où les compétences se transmettent avec passion.

Un « skilliday » est un voyage dédié à l’apprentissage d’une nouvelle compétence, comme une langue étrangère, la cuisine, un art traditionnel ou une activité sportive. Ce concept, popularisé par Mastercard, reflète une tendance croissante des voyageurs à privilégier les expériences formatrices pendant leurs vacances.

Selon l’enquête Mastercard, les Serbes, les Roumains et les Suédois figurent parmi les pays les plus actifs dans la recherche de compétences à acquérir à l’étranger. Les Serbes sont notamment les plus intéressés par l’apprentissage des langues, tandis que les Roumains privilégient la gastronomie.