Depuis la mise en place, mi-2024, de droits de douane compensatoires contre les véhicules électriques « subventionnés » en provenance de Chine, la Commission européenne espérait protéger son industrie automobile. Pourtant, selon Numerama, cette stratégie a involontairement favorisé une autre catégorie de véhicules : les hybrides et hybrides rechargeables, échappant pour l’instant à toute surtaxe. Une faille rapidement exploitée par les constructeurs chinois, poussant désormais Bruxelles à envisager un élargissement de ses mesures protectionnistes.

Ce qu'il faut retenir

  • La surtaxe de 2024 ciblant uniquement les voitures électriques chinoises a créé un appel d’air pour les hybrides et hybrides rechargeables, non concernés par les droits de douane.
  • Les constructeurs chinois ont massivement adapté leurs exportations vers l’Europe, privilégiant les modèles « Super Hybrid » comme le BYD Seal 6 DM-i.
  • En 2026, les chiffres sont sans appel : Chery enregistre une hausse de 668 % de ses ventes d’hybrides en Europe, tandis que BYD voit sa part de marché progresser de 260 %.
  • Une enquête du Handelsblatt, publiée le 19 juin 2026, révèle que la Commission européenne finalise une étude technique pour étendre les surtaxes aux hybrides.
  • Les droits de douane sur les hybrides rechargeables (PHEV) devraient être moins élevés que ceux appliqués aux modèles 100 % électriques, en raison de leur coût de revient différent.
  • Les constructeurs allemands voient leurs actions réagir positivement à l’annonce d’une riposte institutionnelle, alors que les Chinois accélèrent la construction d’usines locales en Europe.

Une stratégie protectionniste qui a ouvert une brèche inattendue

Lorsqu’en juin 2024, l’Union européenne instaure des droits de douane pouvant atteindre plus de 35 % en plus des 10 % de droits de base sur les véhicules électriques chinois, l’objectif est clair : protéger l’industrie automobile européenne d’une concurrence jugée déloyale. Pourtant, comme le souligne Numerama, cette décision a eu un effet contre-productif. En ne ciblant que les modèles 100 % électriques, Bruxelles a involontairement créé un appel d’air pour les hybrides et hybrides rechargeables, technologies non soumises à ces surtaxes.

Les constructeurs chinois n’ont pas tardé à adapter leur stratégie. En quelques mois, les lancements de véhicules électriques ont été remplacés par un déferlement de modèles hybrides, souvent présentés sous l’appellation marketing « Super Hybrid ». Cette catégorie se distingue des hybrides rechargeables classiques (PHEV), qui souffrent d’une image moins positive en Europe. Résultat : les marques chinoises ont simplement modifié leurs plans d’exportation pour envoyer vers le Vieux Continent des SUV équipés d’un petit moteur thermique couplé à une batterie, échappant ainsi aux barrières douanières.

Des chiffres qui ne laissent plus de doute

Les données compilées par le cabinet Dataforce et dévoilées par le Handelsblatt le 19 juin 2026 sont sans appel. Sur les cinq premiers mois de l’année, la progression des ventes d’hybrides chinois en Europe est spectaculaire. Chery, par exemple, enregistre une augmentation de 668 %, avec 28 000 unités vendues contre seulement 2 247 modèles purement électriques. Pour BYD, la bascule est plus progressive, mais la part de marché des « Super Hybrid » a tout de même progressé de 260 %.

La marque MG illustre également cette tendance. En France, elle est passée de 80 % de ventes de véhicules électriques en 2023 à 87 % d’hybrides en 2025. Les cinq premiers mois de 2026 confirment cette orientation, confirmant que l’Europe a sous-estimé l’adaptabilité des constructeurs chinois. « La brèche était visible à des kilomètres », note Numerama, soulignant l’aveuglement initial des institutions européennes.

Bruxelles réagit, mais avec un temps de retard

Face à l’ampleur de la situation, la Commission européenne a finalement bouclé une enquête technique sur le sujet. Selon Numerama, ce travail a même été débattu à huis clos lors du dernier sommet des chefs d’État européens. L’objectif ? Étendre les surtaxes aux hybrides et hybrides rechargeables, une fois qu’une majorité politique sera formalisée. « Poussées par certains commissaires, comme le Français Stéphane Séjourné, les choses pourraient enfin bouger », révèle l’enquête du Handelsblatt.

Cependant, le calcul des futurs droits de douane devra prendre en compte les spécificités techniques de ces motorisations. La batterie représentant une part moins importante du coût de revient d’un hybride que d’un modèle 100 % électrique, les taux punitifs sur les PHEV devraient être inférieurs à la grille actuelle, qui culmine à plus de 35 %. Une modération qui devrait atténuer l’impact sur les prix pour les consommateurs européens.

Un soulagement pour les constructeurs allemands, mais une réponse tardive ?

L’annonce d’une riposte institutionnelle a immédiatement rassuré les investisseurs. Les actions des constructeurs allemands, comme Volkswagen ou BMW, ont réagi positivement à cette perspective, selon Numerama. Pourtant, la question de l’efficacité de cette mesure reste entière. Les constructeurs chinois accélèrent en effet l’implantation de leurs propres usines en Europe, une stratégie visant à contourner définitivement les frontières douanières. « L’Europe semble bien incapable d’établir une vision à long terme pour son industrie automobile », commente Numerama, soulignant le manque de réactivité et de cohérence des institutions.

Cette situation rappelle un autre dossier épineux : les exigences de contenu local. Malgré les alertes répétées, l’Europe peine à anticiper les stratégies des concurrents asiatiques et à y répondre de manière coordonnée. Les réponses politiques, souvent tardives, peinent à avoir l’effet escompté, laissant l’industrie automobile européenne dans une position de plus en plus fragile.

Et maintenant ?

La Commission européenne devrait finaliser sa proposition d’extension des surtaxes aux hybrides d’ici la fin de l’été 2026, sous réserve d’une majorité politique au sein des États membres. Une fois adoptée, la mesure pourrait entrer en vigueur dès le début de l’année 2027, le temps de finaliser les modalités techniques. Cependant, son impact réel dépendra de la capacité des constructeurs chinois à maintenir leur avantage coût, alors même qu’ils investissent massivement dans des capacités de production locales en Europe. Reste à savoir si cette riposte suffira à inverser la tendance ou si elle interviendra trop tard, alors que l’industrie automobile européenne continue de perdre des parts de marché face à la concurrence asiatique.

Une chose est sûre : l’Europe devra revoir sa stratégie globale face à la montée en puissance des constructeurs chinois, sous peine de voir son industrie automobile marginalisée à moyen terme. La question n’est plus de savoir si Bruxelles réagira, mais si ses actions seront à la hauteur des enjeux.

En 2024, l’Union européenne a instauré des droits de douane compensatoires contre les véhicules électriques chinois jugés « subventionnés » pour protéger son industrie automobile locale. Cette mesure visait à contrer la concurrence déloyale perçue, sans anticiper l’adaptation rapide des constructeurs chinois vers d’autres technologies.

Le terme « Super Hybrid » désigne une catégorie de véhicules hybrides développée par certains constructeurs chinois, comme BYD, qui combine un petit moteur thermique et une batterie de faible capacité. Contrairement aux hybrides rechargeables classiques (PHEV), ces modèles ne peuvent pas être rechargés sur une prise externe et sont souvent présentés comme une alternative plus abordable et adaptée au marché européen.