Une simple observation du fond d’œil permet parfois de détecter des affections touchant le cœur, le cerveau ou le système immunitaire, bien avant l’apparition des premiers symptômes. C’est ce qu’affirme un ophtalmologiste interrogé par Top Santé, qui évoque cinq types de pathologies identifiables lors d’un examen ophtalmologique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un fond d’œil peut révéler des signes précoces d’hypertension, de diabète ou même de tumeurs cérébrales
  • Certaines maladies sont détectées avant tout autre signe clinique, grâce à l’analyse des vaisseaux rétiniens et des tissus oculaires
  • L’ophtalmologiste cité par Top Santé détaille cinq pathologies spécifiques accessibles à ce diagnostic précoce
  • Ces examens, rapides et indolores, pourraient devenir un réflexe de dépistage systématique

Un outil diagnostique méconnu mais redoutablement efficace

L’examen du fond d’œil, souvent associé à la mesure de la pression intraoculaire, ne se limite pas au dépistage des troubles visuels. Selon l’ophtalmologiste cité par Top Santé, il permet également de visualiser des marqueurs précoces de maladies systémiques. « Les vaisseaux rétiniens, par exemple, reflètent l’état des artères cérébrales et cardiaques », explique-t-il. Autant dire que cette fenêtre sur l’organisme offre une vision globale de la santé, parfois avant même que les symptômes ne se déclarent.

Parmi les affections concernées, certaines sont particulièrement redoutables en raison de leur évolution silencieuse. C’est le cas des tumeurs cérébrales, dont la pression sur les structures nerveuses peut être visible bien avant qu’un scanner ne les détecte. « Un œdème papillaire ou une asymétrie des vaisseaux rétiniens peut alerter sur une masse intracrânienne », précise l’expert. De même, des anomalies dans la vascularisation rétinienne peuvent trahir une hypertension artérielle non contrôlée, un diabète mal équilibré, ou même des maladies auto-immunes comme la sclérodermie.

Cinq maladies détectables par l’œil, selon les experts

L’ophtalmologiste interrogé par Top Santé cite cinq pathologies majeures dont les signes sont parfois visibles avant tout autre examen :

  • L’hypertension artérielle : des rétrécissements ou des saignements dans les vaisseaux rétiniens trahissent une tension excessive, parfois avant même que le patient n’en ressente les effets
  • Le diabète : des microanévrismes ou des exsudats lipidiques sur la rétine sont des indicateurs classiques, mais souvent ignorés en l’absence de symptômes visuels
  • Les tumeurs cérébrales : une augmentation de la pression intracrânienne peut se manifester par un œdème papillaire, visible lors d’un fond d’œil
  • Les maladies auto-immunes : certaines, comme la sclérodermie ou le lupus, provoquent des lésions spécifiques sur la rétine, visibles plusieurs mois avant les autres signes cliniques
  • Les infections opportunistes : chez les patients immunodéprimés, des lésions rétiniennes peuvent révéler une infection par cytomégalovirus ou toxoplasmose

« Ces signes ne sont pas toujours spécifiques, mais ils justifient un approfondissement diagnostique », souligne l’ophtalmologiste. En pratique, un fond d’œil anormal peut conduire à des examens complémentaires – prise de sang, imagerie cérébrale, ou consultation spécialisée – avant que la maladie ne progresse.

Un examen sous-utilisé, malgré son potentiel

Pourtant, malgré ces atouts, le fond d’œil reste peu systématisé en médecine générale. D’après Top Santé, seulement 30 % des Français de plus de 40 ans en bénéficient régulièrement, alors que l’examen est remboursé par l’Assurance maladie. « On sous-estime son utilité », regrette l’ophtalmologiste. « Pourtant, il prend cinq minutes, ne coûte presque rien, et peut sauver des vies en détectant des pathologies graves à un stade précoce. »

Côté praticiens, certains généralistes commencent à intégrer cet outil dans leur arsenal diagnostique. À l’inverse, d’autres estiment que son interprétation nécessite une expertise que peu de médecins possèdent. « La rétine est un tissu très vascularisé, dont l’analyse demande une formation spécifique », rappelle le spécialiste. D’où l’importance de consulter un ophtalmologiste pour tout examen approfondi.

Et maintenant ?

Une campagne de sensibilisation pourrait être lancée d’ici fin 2026 pour encourager les médecins généralistes à prescrire plus systématiquement des fonds d’œil, notamment chez les patients à risque. Par ailleurs, des travaux sont en cours pour automatiser l’analyse des images rétiniennes grâce à l’intelligence artificielle, ce qui pourrait généraliser ce dépistage à grande échelle. Reste à voir si les autorités sanitaires suivront cette piste.

En attendant, les patients sont invités à ne pas négliger leur santé oculaire. Un simple rendez-vous chez l’ophtalmologiste peut, dans certains cas, révéler bien plus qu’un simple trouble de la vue.

Non, l’examen est totalement indolore. Le médecin utilise un ophtalmoscope pour observer le fond de l’œil après avoir dilué la pupille avec des gouttes. Certaines personnes peuvent ressentir une légère gêne due à la lumière, mais l’examen ne provoque pas de douleur.