Près de la moitié des jeunes adultes issus de six grandes puissances économiques estiment que, d’ici dix ans, l’intelligence artificielle (IA) contribuera au bonheur de tous en offrant un véritable soutien affectif. C’est ce qui ressort d’une vaste enquête publiée lundi par l’institut YouGov, menée auprès de 10 000 personnes aux États-Unis, au Japon, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Indonésie et à Hong Kong. Selon Le Figaro, qui cite l’étude en exclusivité, cet optimisme marque un clivage générationnel marqué : seulement 25 % des plus de 55 ans partagent cette conviction.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 50 % des jeunes adultes des six pays étudiés pensent que l’IA améliorera leur bonheur via un soutien affectif dans la prochaine décennie.
- Ce taux chute à 25 % chez les plus de 55 ans, révélant un fossé générationnel dans l’acceptation de ces technologies.
- L’enquête met en lumière un « paysage moral en pleine mutation », avec des différences marquées entre l’Occident et l’Asie.
- En Indonésie, 50 % des sondés voient l’IA comme un outil d’amélioration des liens affectifs et du bien-être sexuel, contre seulement 9 % au Royaume-Uni.
- Seulement 17 % des participants se disent prêts à utiliser une « poupée intime dotée d’IA », malgré l’engouement pour les chatbots conversationnels.
Un optimisme générationnel contrasté face à l’IA
L’étude de YouGov, commanditée par le groupe japonais Star X Gen, révèle une fracture générationnelle dans la perception de l’IA comme soutien affectif et relationnel. Les jeunes adultes, définis ici comme les moins de 35 ans, affichent un enthousiasme bien plus marqué que leurs aînés. Aux États-Unis, par exemple, 42 % des moins de 35 ans croient en un impact positif de l’IA sur leur bien-être émotionnel, contre 15 % seulement chez les plus de 55 ans. « L’écart est spectaculaire et reflète une adoption différente des nouvelles technologies », commente Philippe Chan, porte-parole de YouGov.
Cette disparité s’explique en partie par une familiarité accrue avec le numérique chez les jeunes générations. Les chatbots, ces agents conversationnels capables d’échanges personnalisés, sont de plus en plus perçus comme des confidents ou des partenaires affectifs. Pourtant, leur utilisation soulève des questions éthiques, notamment concernant leur impact sur les personnes vulnérables. « Les progrès technologiques offrent des opportunités, mais ils exigent aussi une vigilance accrue sur leurs conséquences psychologiques », souligne Le Figaro.
L’Asie plus ouverte que l’Occident à une intimité assistée par l’IA
L’enquête met en évidence un « profond clivage idéologique » entre les continents. En Asie, l’acceptation d’une vie sentimentale ou sexuelle assistée par la technologie est bien plus élevée qu’en Occident. À Hong Kong, 34 % des sondés estiment que l’IA peut améliorer leurs relations, tandis qu’au Japon, ce chiffre atteint 24 %. En Indonésie, il culmine à 50 %, soit plus du double de la moyenne occidentale.
Cette différence culturelle est soulignée par Philippe Chan : « Là où l’Occident perçoit souvent l’intimité de synthèse comme une menace pour l’authenticité des rapports humains, l’Asie semble plus disposée à intégrer l’IA dans sa vie quotidienne. » Les chatbots y sont déjà largement utilisés pour des échanges affectifs ou des conseils, et les poupées sexuelles dotées d’intelligence artificielle gagnent en popularité. « Ces technologies ne remplacent pas encore les interactions physiques, mais elles comblent déjà des besoins spécifiques », précise-t-il.
Les chatbots séduisent, mais les poupées intelligentes restent marginales
Si les agents conversationnels rencontrent un succès croissant, l’idée d’interagir physiquement avec une entité robotisée divise. L’enquête révèle que seulement 17 % des participants seraient prêts à utiliser une « poupée intime dotée d’IA », tandis que 59 % rejettent catégoriquement cette perspective. Les jeunes sont plus enclins à cette expérience : au Japon et en Allemagne, près d’un quart des moins de 35 ans se disent ouverts à l’idée, soit presque le double de la moyenne nationale.
Cette réticence s’explique par des considérations éthiques et morales. En Occident, l’idée d’une relation physique avec une machine soulève des questions sur la déshumanisation des rapports. Aux États-Unis, 78 % des sondés rejettent l’idée, contre 60 % en Allemagne. « Les débats sur la frontière entre humain et machine sont loin d’être clos », note Le Figaro.
Un paysage moral en mutation, entre opportunités et risques
L’étude de YouGov et de Star X Gen s’inscrit dans un contexte où l’IA s’immisce dans des domaines autrefois réservés à l’humain. Les chatbots, capables de simuler des conversations empathiques, sont désormais utilisés comme des soutiens affectifs, voire des partenaires amoureux. Cependant, leur utilisation soulève des inquiétudes, notamment après que le décès de plusieurs adolescents ait été lié à leur interaction avec des IA familiales.
« Les avancées technologiques doivent s’accompagner d’un cadre éthique strict pour éviter les dérives », insiste Philippe Chan. Les résultats de l’enquête, qui révèlent un « paysage moral en pleine mutation », invitent à une réflexion approfondie sur l’impact de ces outils sur la santé mentale et les relations sociales. « L’IA peut être un levier de bien-être, mais son usage doit être encadré pour préserver l’équilibre psychologique des utilisateurs », ajoute-t-il.
Quoi qu’il en soit, l’étude de YouGov et de Star X Gen confirme que l’IA ne se limite plus à un outil technologique : elle s’invite désormais dans la sphère privée, bouleversant les normes sociales et morales. Son intégration dans le quotidien dépendra autant de son acceptation par le public que de l’encadrement juridique et éthique qui l’entourera.
Les chatbots sont capables de simuler des conversations empathiques et de fournir un soutien émotionnel basique, mais ils ne remplacent pas une relation humaine authentique. Leur utilité dépend du contexte et des besoins de l’utilisateur. Plusieurs études soulignent cependant que leur usage prolongé peut avoir des effets ambivalents sur la santé mentale, notamment chez les personnes vulnérables.
L’Indonésie est le pays le plus ouvert à l’idée que l’IA améliore le bien-être affectif et sexuel, avec 50 % des sondés favorables. Viennent ensuite Hong Kong (34 %) et le Japon (24 %). En Occident, les États-Unis (20 %), l’Allemagne (15 %) et le Royaume-Uni (9 %) affichent des taux bien plus faibles, reflétant des différences culturelles et éthiques marquées.