Pour la première fois en 2025, la France a enregistré davantage de fermetures de librairies que d’ouvertures, un tournant qui illustre l’érosion d’un secteur culturel déjà sous tension. Selon Le Monde, cette situation reflète une baisse durable de la lecture chez les Français, un phénomène qui ne touche pas uniquement les commerces de livres, mais l’ensemble de l’écosystème culturel, moins soutenu que d’autres industries comme l’audiovisuel public, le cinéma, la presse ou la musique.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, la France a recensé plus de fermetures que d’ouvertures de librairies pour la première fois.
  • Le secteur du livre bénéficie de moins d’aides publiques que d’autres industries culturelles.
  • La baisse de la lecture chez les Français aggrave la situation des librairies indépendantes.
  • Michel Guerrin, rédacteur en chef au Monde, souligne la nécessité d’un soutien accru pour ces commerces.

Un secteur culturel en première ligne face à la crise de la lecture

Les chiffres sont sans appel : en 2025, le solde net entre ouvertures et fermetures de librairies en France est devenu négatif. D’après Le Monde, cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de déclin de la lecture chez les Français, un phénomène qui affecte directement la viabilité économique des librairies, qu’elles soient indépendantes ou en réseau. Alors que des secteurs comme le cinéma ou la musique bénéficient de dispositifs publics ou privés dédiés, les librairies peinent à obtenir un soutien équivalent, malgré leur rôle clé dans la diffusion de la culture écrite.

Les librairies, souvent considérées comme des lieux de découverte et de transmission, subissent de plein fouet la concurrence des plateformes en ligne et des changements dans les habitudes de consommation. Autant dire que leur situation reflète un problème structurel : la baisse de la lecture chez les Français, notamment chez les jeunes générations, réduit mécaniquement la fréquentation des librairies, condamnant certaines à la fermeture.

Des aides publiques insuffisantes face à une concurrence déloyale

Dans une chronique publiée par Le Monde, Michel Guerrin, rédacteur en chef du quotidien, rappelle que les librairies ne bénéficient pas du même niveau de soutien que d’autres industries culturelles.

« Ces commerces, moins aidés que l’audiovisuel public, le cinéma, la presse ou la musique, doivent être davantage soutenus », a-t-il souligné. Ce déséquilibre met en lumière une politique culturelle qui, jusqu’ici, a privilégié d’autres secteurs au détriment des librairies, pourtant indispensables à la vitalité de l’écosystème du livre.

Les aides existantes, comme les subventions des collectivités locales ou les dispositifs fiscaux, peinent à compenser la baisse des ventes et la hausse des coûts, notamment dans les centres-villes où le prix des loyers pèse lourdement sur les marges des librairies. Résultat : certaines enseignes, même historiques, se retrouvent contraintes de fermer leurs portes, faute de rentabilité. Cette situation interroge sur la capacité des pouvoirs publics à préserver un maillon essentiel de la chaîne du livre.

Quelles solutions pour enrayer le déclin des librairies ?

Face à cette crise, plusieurs pistes sont évoquées pour sauver les librairies. Parmi elles, le renforcement des aides publiques, comme le suggère Michel Guerrin, mais aussi des mesures incitatives pour encourager la lecture, notamment chez les jeunes. Des dispositifs comme le Pass Culture, déjà expérimenté dans certaines régions, pourraient être étendus à l’échelle nationale pour redynamiser les ventes de livres.

Une autre solution consisterait à mieux valoriser le rôle des librairies dans l’aménagement du territoire, en les intégrant dans des projets de revitalisation des centres-villes. Certaines municipalités ont déjà pris des mesures, comme la mise en place de tarifs préférentiels pour les commerces culturels ou l’organisation d’événements autour du livre. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance, alors que la baisse de la lecture persiste.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’avenir des librairies dans les mois à venir. La présentation du budget 2027, attendue à l’automne 2026, devrait inclure des arbitrages sur le soutien aux industries culturelles, dont celui du livre. Par ailleurs, les résultats des politiques locales de soutien aux commerces de proximité, comme celles mises en place par la Ville de Paris ou Lyon, pourraient servir de laboratoire pour des dispositifs nationaux.

Enfin, l’évolution des habitudes de lecture, notamment avec l’essor des formats numériques et audio, reste un facteur clé. Les librairies devront s’adapter à ces nouvelles pratiques pour survivre, en misant sur des services innovants comme la vente en ligne ou les abonnements.

La survie des librairies en France dépendra donc de la capacité des pouvoirs publics à reconnaître leur importance culturelle et économique, mais aussi de l’engagement des Français à soutenir un secteur qui, malgré tout, reste un pilier de la vie intellectuelle du pays.