L’industrie de l’acier, pilier de l’économie mondiale, reste un acteur majeur des émissions de gaz à effet de serre. Selon une étude publiée par Le Monde le 11 mai 2026, la production d’acier continue de s’appuyer massivement sur des procédés énergivores et polluants, freinant ainsi les efforts de transition vers une industrie plus verte.

Une analyse détaillée de Global Energy Monitor, relayée par Le Monde, révèle que les méthodes de production traditionnelles, reposant sur l’utilisation de fours à charbon, dominent encore le secteur. Ces procédés, bien que moins coûteux à court terme, contribuent de manière significative au réchauffement climatique. En comparaison, les capacités de production d’acier « vert », utilisant des énergies renouvelables ou des technologies bas-carbone, restent marginales.

Ce qu'il faut retenir

  • 90 % de la production mondiale d’acier repose encore sur des fours à charbon, d’après Global Energy Monitor.
  • Les procédés traditionnels émettent en moyenne 2 tonnes de CO₂ par tonne d’acier produite, contre quelques centaines de kilogrammes pour les méthodes vertes.
  • Les capacités de production d’acier « vert » ne représentent que moins de 5 % de la production totale en 2026.
  • Le rapport souligne un écart croissant entre les engagements climatiques des États et les réalités industrielles.

Un secteur sous pression face à l’urgence climatique

Le secteur sidérurgique, responsable d’environ 7 à 9 % des émissions mondiales de CO₂, est aujourd’hui pointé du doigt pour son inertie. Malgré les alertes répétées des scientifiques et les engagements pris lors des accords de Paris, les industriels peinent à abandonner les technologies polluantes. Le Monde rappelle que les alternatives existent pourtant : l’hydrogène vert, l’électrification des procédés ou encore l’utilisation de ferraille recyclée permettent de réduire drastiquement l’empreinte carbone de l’acier.

Pourtant, leur adoption reste limitée par des contraintes économiques et techniques. Les coûts initiaux élevés des infrastructures vertes, couplés à la compétitivité des prix de l’acier traditionnel, dissuadent de nombreux acteurs du secteur. « Les industriels ont besoin de signaux politiques clairs et de financements dédiés », a déclaré un porte-parole de Global Energy Monitor. « Sans incitations fortes, la transition sera bien trop lente. »

Les régions les plus polluantes mises en lumière

Le rapport de Global Energy Monitor met en évidence les disparités régionales en matière de production d’acier. La Chine, premier producteur mondial, concentre à elle seule près de 60 % de la production mondiale et reste le principal utilisateur de charbon pour son industrie sidérurgique. L’Inde et la Russie figurent également parmi les plus gros émetteurs, avec des politiques environnementales moins ambitieuses que celles de l’Union européenne.

En Europe, où les normes environnementales sont plus strictes, certains groupes sidérurgiques ont entamé leur transition. Le géant ArcelorMittal, par exemple, a annoncé un investissement de 1,5 milliard d’euros dans un projet pilote d’acier vert en Allemagne. Mais ces initiatives restent isolées, et leur impact global reste limité.

Et maintenant ?

Les prochaines années s’annoncent décisives pour le secteur. La COP28, prévue en novembre 2026, devrait aborder la question de la décarbonation de l’industrie lourde, un dossier jusqu’ici peu médiatisé. Plusieurs pays pourraient annoncer de nouveaux engagements pour accélérer la transition, sous peine de sanctions commerciales ciblées. Pour l’instant, les observateurs s’interrogent : les industriels parviendront-ils à respecter leurs promesses ? La réponse dépendra largement des choix politiques et économiques qui seront faits dans les mois à venir.

En attendant, les associations environnementales multiplient les pressions. Greenpeace a d’ores et déjà lancé une campagne internationale pour demander l’interdiction des subventions publiques aux fours à charbon. « L’heure n’est plus aux déclarations, mais aux actes », a souligné une responsable de l’ONG.

L’acier « vert » désigne une production utilisant des énergies renouvelables (éolien, solaire, hydrogène vert) ou des procédés innovants comme la réduction directe du minerai de fer par hydrogène. Ces méthodes permettent de réduire les émissions de CO₂ de 80 à 95 % par rapport aux fours à charbon. Leur développement est freiné par des coûts initiaux très élevés et un manque de maturité technologique pour certaines solutions, comme l’hydrogène vert à grande échelle.

Les principales alternatives incluent l’utilisation de ferraille recyclée (qui émet jusqu’à 90 % de CO₂ en moins), l’électrification des hauts fourneaux (avec de l’électricité décarbonée), et la réduction directe du minerai de fer par hydrogène vert. Ces technologies existent, mais leur généralisation nécessite des investissements massifs et une coopération entre États et industriels.