Une avancée majeure dans la compréhension du sens olfactif vient d’être réalisée par des chercheurs de l’université médicale d’Harvard, selon Franceinfo – Santé. Leur étude, publiée en avril 2026, révèle une organisation structurée et précise des récepteurs de l’odorat, jusqu’alors méconnue. Ce travail pourrait notamment éclairer les mécanismes des pertes d’odorat, un symptôme fréquent chez les patients atteints de la maladie Covid-19.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude menée par des biologistes de l’université médicale d’Harvard, publiée en avril 2026, a cartographié les récepteurs olfactifs chez la souris.
  • Les chercheurs ont identifié 5,5 millions de neurones reliés à ces récepteurs, révélant une organisation en « rayures » d’une grande précision.
  • Cette structure organisée, observée dans le nez et le cerveau, suggère une similarité avec d’autres mammifères, y compris l’humain.
  • L’odorat joue un rôle clé dans la perception des saveurs (hors goûts primaires) et influence la mémoire et les interactions sociales.
  • Les pertes d’odorat, souvent liées au Covid-19, ont motivé cette recherche pour mieux comprendre et traiter ce trouble.

Une avancée scientifique pour percer les mystères de l’odorat

L’odorat reste le sens le moins bien compris par les scientifiques. Son fonctionnement complexe le rend difficile à étudier : là où la vision repose sur trois types de récepteurs, l’odorat en mobilise plus de mille, tous distincts. Jusqu’à présent, aucune étude n’avait réussi à cartographier avec autant de précision ces récepteurs, selon Franceinfo – Santé. Les progrès récents en génétique, notamment le séquençage ADN cellule par cellule, ont permis d’envisager cette exploration. La pandémie de Covid-19, qui a entraîné des pertes d’odorat chez de nombreux patients, a accéléré cette recherche.

Les biologistes d’Harvard ont choisi de commencer par étudier l’odorat chez la souris, un modèle animal couramment utilisé en recherche. Grâce à un échantillon de 300 souris, ils ont pu localiser et analyser 5,5 millions de neurones olfactifs, chacun relié à un récepteur spécifique. Contre toute attente, les résultats ont révélé une organisation très structurée : les capteurs des différentes odeurs sont rangés par bandes, comme des rayures, avec une précision remarquable. Cette découverte remet en cause les hypothèses précédentes sur le désordre apparent des récepteurs olfactifs.

Une structure similaire dans le cerveau et chez d’autres espèces

Cette organisation en « rayures » ne se limite pas au nez. Dans le cerveau, les centres de traitement de l’information olfactive présentent la même structure organisée. Selon les chercheurs, ce phénomène n’est pas spécifique aux souris : il pourrait être présent chez la plupart des mammifères, y compris l’humain. « Nous avons été surpris par la régularité de cette organisation, qui rappelle celle des autres systèmes sensoriels », a déclaré un membre de l’équipe, cité par Franceinfo – Santé.

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre comment le cerveau traite les odeurs. Chaque bande de neurones semble analyser une catégorie spécifique d’odeurs, ce qui pourrait expliquer la finesse et la diversité de notre perception olfactive. Bien que les souris aient été les premières étudiées, les chercheurs estiment que cette structure est probablement universelle. Cette hypothèse devra être confirmée par des études complémentaires, notamment sur l’humain.

Un rôle clé dans le goût, la mémoire et les interactions sociales

L’odorat joue un rôle bien plus important qu’on ne le pense dans la vie quotidienne. Selon Franceinfo – Santé, il est responsable d’une grande partie de notre perception des saveurs : en dehors des cinq goûts primaires (sucré, salé, acide, amer et umami), la majorité des arômes (comme ceux du citron, du fromage ou du rôti) sont perçus par le nez. Une personne qui perd l’odorat, comme cela a été fréquent pendant la pandémie, peut donc avoir l’impression que sa nourriture a un goût fade ou métallique.

Au-delà du goût, l’odorat influence la mémoire et les interactions sociales. Les odeurs sont fortement liées aux souvenirs : une fragrance peut instantanément évoquer une scène du passé. Elles jouent aussi un rôle dans les relations humaines, notamment lors des premières rencontres, où les phéromones et les odeurs corporelles peuvent influencer les attractions ou les répulsions. Enfin, l’odorat est étroitement lié à la santé mentale : des troubles comme la dépression ou l’anxiété peuvent altérer la perception des odeurs, et inversement.

Vers une meilleure prise en charge des pertes d’odorat

Les pertes d’odorat, ou anosmies, ont été l’un des symptômes les plus marquants de la pandémie de Covid-19. Selon une étude menée en 2021, près de 40 % des patients atteints par le virus ont déclaré une altération de leur odorat, et 10 % ont conservé ce trouble plusieurs mois après leur guérison. Cette prévalence a poussé les chercheurs à s’intéresser davantage à ce sens, longtemps négligé. « Mieux comprendre l’odorat permettra de développer des traitements plus efficaces pour les personnes qui en souffrent », a souligné un expert interrogé par Franceinfo – Santé.

Les résultats de cette étude pourraient ouvrir la voie à des thérapies ciblées. En identifiant précisément comment les récepteurs olfactifs fonctionnent et s’organisent, les scientifiques espèrent mettre au point des méthodes pour restaurer l’odorat chez les patients. Cela pourrait inclure des médicaments, des thérapies géniques ou des entraînements olfactifs, déjà utilisés pour rééduquer l’odorat après une infection virale.

Et maintenant ?

Les chercheurs d’Harvard prévoient d’étendre leurs travaux à d’autres espèces, dont l’humain, pour confirmer l’universalité de cette organisation. Une étude clinique pourrait être lancée dès 2027 pour tester des protocoles de restauration de l’odorat chez des patients souffrant d’anosmie post-virale. Par ailleurs, des collaborations avec des neurologues et des généticiens devraient permettre d’approfondir les liens entre odorat, mémoire et santé mentale. Enfin, cette découverte pourrait inspirer des innovations technologiques, comme des capteurs olfactifs plus performants pour la sécurité alimentaire ou la médecine.

L’odorat, longtemps considéré comme un sens mineur, révèle peu à peu ses secrets. Grâce à cette cartographie inédite, les scientifiques disposent désormais d’une base solide pour explorer ses mystères et améliorer la vie de millions de personnes touchées par des troubles olfactifs.

La perte d’odorat peut être temporaire ou permanente, selon la cause. Les infections virales, comme le Covid-19, entraînent souvent une récupération progressive, mais dans certains cas, l’anosmie persiste. D’autres causes, comme les traumatismes crâniens ou les maladies neurodégénératives, peuvent aussi provoquer des pertes définitives.

Plusieurs approches sont envisagées : les entraînements olfactifs (exposition à des odeurs pour stimuler les récepteurs), les médicaments anti-inflammatoires ou les thérapies géniques. Des essais cliniques sont en cours, notamment pour les anosmies post-virales, mais aucun traitement universel n’existe encore.