Le Sénat a adopté, le 2 juillet 2026, une version élargie de la loi d’urgence agricole, selon Reporterre. Cette nouvelle mouture, qualifiée par la ministre de la Transition écologique de « nouvelle loi Duplomb », accentue les reculs environnementaux au profit de l’agro-industrie. Alors que le gouvernement s’y opposait, les sénateurs ont réintroduit deux insecticides néonicotinoïdes, l’acétamipride et la flupyradifurone — des substances déjà présentes dans la première version de la loi Duplomb de 2023.
Ce qu'il faut retenir
- Réintroduction de deux néonicotinoïdes : l’acétamipride et la flupyradifurone, pourtant controversés pour leur impact sur les pollinisateurs, ont été réintroduits par les sénateurs contre l’avis du gouvernement.
- Opposition frontale entre Sénat et exécutif : la majorité des députés et le gouvernement s’opposaient à cette mesure, mais le texte a été adopté malgré tout.
- Renforcement des dérogations pour l’agro-industrie : la loi, dans sa version sénatoriale, va plus loin que l’avant-projet initial en étendant les possibilités d’usage de produits phytosanitaires.
- Critique de la ministre de la Transition écologique : Agnès Pannier-Runacher a dénoncé une « nouvelle loi Duplomb », en référence à l’ancienne législation controversée de 2023.
Un texte déjà contesté dans sa version initiale
Dès son dépôt, la loi d’urgence agricole avait suscité de vives critiques. D’après Reporterre, son premier jet constituait déjà « une belle reculade pour l’environnement », au détriment des engagements écologiques et au profit des lobbies de l’agro-industrie. Pourtant, les sénateurs ont durci le texte lors de son examen, en ajoutant des mesures encore plus favorables aux intérêts économiques à court terme. « On pousse les curseurs toujours plus loin », estime l’ONG, qui dénonce une logique de court-termisme agricole.
L’acétamipride et la flupyradifurone, symboles d’un retour en arrière
Parmi les mesures les plus contestées figure la réautorisation de deux néonicotinoïdes, l’acétamipride et la flupyradifurone. Ces substances, classées comme perturbateurs pour les abeilles et les écosystèmes, avaient été partiellement interdites en 2018 en France, avant que leur usage ne soit partiellement assoupli via des dérogations. Leur retour dans le cadre de cette loi « d’urgence » s’inscrit dans la continuité des assouplissements opérés depuis plusieurs années. — « Un choix politique qui sacrifie la biodiversité », estime un porte-parole d’une association de défense de l’environnement.
Une adoption en contradiction avec les orientations nationales
Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, s’est opposé à cette version du texte. Pourtant, les sénateurs ont maintenu leurs amendements, illustrant une divergence croissante entre les deux chambres sur les questions agricoles. « Ce n’est pas la voie que nous souhaitons emprunter », a-t-elle réagi, qualifiant cette loi de « nouvelle loi Duplomb » — en référence à la loi controversée de 2023, portée par l’ancien député Julien Duplomb, souvent critiquée pour ses liens avec les industriels de l’agrochimie. D’après Reporterre, cette adoption sénatoriale marque une étape supplémentaire dans l’affaiblissement des normes environnementales au profit d’une agriculture intensive.
Cette loi soulève également des questions sur l’équilibre à trouver entre urgence économique et préservation de l’environnement. Les prochains mois pourraient voir émerger de nouvelles mobilisations citoyennes ou juridiques pour contester ces mesures, alors que la France reste engagée dans ses objectifs de réduction des pesticides d’ici 2030.