L’Assemblée nationale a définitivement adopté le 21 juillet 2026 la loi d’urgence agricole, un texte présenté comme une réponse aux difficultés du secteur agricole français. Parmi ses mesures les plus controversées figure la réintroduction sous conditions de l’acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2018 mais encore autorisé dans plusieurs pays européens. Selon BFM Business, cette loi suscite un débat intense entre ses partisans, qui y voient un outil indispensable pour préserver la compétitivité des agriculteurs, et ses détracteurs, qui dénoncent un recul en matière de santé publique et d’environnement.

Ce qu'il faut retenir

  • Réintroduction de l’acétamipride : cet insecticide, interdit depuis 2018, est désormais autorisé sous conditions dans le cadre de la loi d’urgence agricole adoptée le 21 juillet 2026.
  • Compétitivité en question : le texte vise à soutenir la compétitivité des agriculteurs face à leurs concurrents européens, mais ses opposants y voient une menace pour la santé et l’environnement.
  • Baisse des rendements : certaines régions françaises enregistrent des baisses de rendement de 10 % à 30 % depuis 15 ans, principalement en raison du changement climatique et de l’appauvrissement des sols.
  • Irrigation facilitée : la loi prévoit le développement de retenues d’eau pour aider une minorité d’agriculteurs, notamment dans les zones de grandes cultures comme les Charentes ou la Bourgogne.
  • Débat sur les élevages : le texte facilite l’agrandissement des élevages pour améliorer leur compétitivité, mais soulève des questions sur les risques sanitaires liés à l’intensification.

Une loi née d’un contexte de crise persistante

L’adoption définitive de la loi d’urgence agricole intervient dans un contexte où le secteur agricole français traverse une crise profonde. Les difficultés économiques des agriculteurs sont souvent attribuées à des contraintes environnementales, mais selon Pierre-Marie Aubert, directeur du programme Politiques agricoles et alimentaires à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), cette analyse est réductrice. « La compétitivité française est surtout affectée par des facteurs physiques comme le changement climatique, l’appauvrissement des sols et la simplification des systèmes », explique-t-il. « Réduire les réglementations ne suffira pas à rétablir les rendements, qui ont chuté de 10 % à 30 % dans certaines régions. »

Les pesticides au cœur des tensions

L’un des articles les plus contestés de la loi autorise, sous conditions, la réintroduction de plusieurs pesticides, dont l’acétamipride. Cet insecticide, utilisé pour lutter contre des ravageurs comme la punaise piqueuse, avait été interdit en France en 2018 en raison de ses effets sur les pollinisateurs. Ses défenseurs estiment qu’il est nécessaire pour protéger certaines filières, comme celle de la betterave sucrière, menacée par la jaunisse du puceron. « Pour les betteraviers, ces molécules sont une assurance contre les pertes de rendement », souligne Pierre-Marie Aubert. « Mais leur utilisation systématique pose question sur le plan environnemental et sanitaire. »

Deux types de pesticides sont concernés : l’acétamipride, appliqué sur des plantes déjà développées, et le flupyradifurone, un insecticide systémique utilisé en enrobage des semences. « Avec le flupyradifurone, le choix se fait avant même de connaître la pression des ravageurs », précise Aubert. « Cela revient à utiliser une assurance sans savoir si le sinistre aura lieu. » Pour les betteraviers, cette mesure est perçue comme une protection contre la jaunisse, mais son impact global sur les écosystèmes reste débattu.

L’irrigation et les élevages : deux leviers controversés

Autre mesure phare de la loi, le développement de retenues d’eau pour faciliter l’irrigation. Aujourd’hui, seulement 7 à 8 % de la surface agricole utile française sont irrigués, et cette mesure vise à soutenir les exploitations de grandes cultures dans des régions comme les Charentes ou la Bourgogne. « On cherche à retenir l’eau en hiver pour l’utiliser en période d’étiage », explique un expert cité par BFM Business. « Mais cela concerne une minorité d’agriculteurs et soulève des questions sur le respect de la Directive Cadre sur l’Eau et de la convention de Ramsar. »

Côté élevages, la loi facilite l’agrandissement des bâtiments pour améliorer la compétitivité-prix. « Les élevages français sont souvent moins à l’échelle que leurs concurrents européens », note Pierre-Marie Aubert. « Mais cette intensification pose des risques sanitaires : une meilleure biosécurité en temps normal, mais une contagiosité accrue en cas de problème. »

Une compétitivité à repenser

La loi d’urgence agricole s’inscrit dans une logique de compétitivité-prix, mais selon les experts, cette approche atteint ses limites. « La France a été pionnière dans l’amélioration des rendements dans les années 1980-1990 », rappelle Aubert. « Aujourd’hui, nos gains sont trop faibles face aux limites physiques, tandis que d’autres pays progressent sur les marchés de commodités. » Pour sortir de cette impasse, certains prônent une stratégie de compétitivité « hors-prix », en misant sur des produits singuliers plutôt que sur une course au volume. « La singularité ne passe pas forcément par le bio », souligne-t-il. « Cela peut être une innovation produit, comme l’a fait l’Espagne avec la pêche plate. »

Et maintenant ?

La loi d’urgence agricole étant désormais adoptée, son application dépendra des décrets d’application et des contrôles mis en place. Les prochains mois pourraient révéler si les mesures sur les pesticides et l’irrigation suffiront à atténuer la crise, ou si elles aggraveront les tensions entre compétitivité économique et protection de l’environnement. Une chose est sûre : le débat sur l’avenir de l’agriculture française est loin d’être clos.

Selon ses opposants, comme Greenpeace, cette loi « piétine la science, la santé, l’environnement et la volonté citoyenne ». Ses partisans, à l’inverse, y voient une réponse nécessaire à une crise économique et sociale. Quoi qu’il en soit, cette réforme marque un tournant dans la politique agricole française, dont les effets se feront sentir bien au-delà des champs.

L’acétamipride avait été interdit en France en 2018 en raison de ses effets néfastes sur les pollinisateurs, notamment les abeilles. Des études avaient montré que son utilisation contribuait à leur déclin, un enjeu majeur pour la biodiversité et les écosystèmes agricoles.

Les baisses de rendement les plus marquées concernent les zones intermédiaires, situées au sud de la Loire, dans les Charentes, jusqu’en Bourgogne. Ces régions subissent les effets combinés du changement climatique, de l’appauvrissement des sols et de la simplification des systèmes de culture.