À Londres, un nouveau lieu culturel dédié à l’art de l’illustration vient d’ouvrir ses portes. Le Centre Quentin-Blake pour l’illustration, inauguré le 5 juin 2026 dans un quartier historique de la capitale britannique, se présente comme le premier musée au monde entièrement consacré à cette discipline. Installé dans une ancienne station hydraulique du XVIIIe siècle, à Clerkenwell, ce projet de 12,5 millions de livres sterling (14,5 millions d’euros) a été porté par l’illustrateur Quentin Blake lui-même, figure majeure de la littérature jeunesse.

Selon Courrier International, qui reprend un reportage du Times daté du 12 juin 2026, ce musée s’inscrit dans la continuité d’un engagement de plusieurs décennies. Quentin Blake, anobli en 2005 pour services rendus à l’illustration, a reçu le prix Children’s Laureate en 1999-2001, une distinction britannique qui récompense les auteurs et illustrateurs pour la jeunesse. C’est à cette occasion qu’il a imaginé la création d’un espace dédié à l’art de l’illustration, sous toutes ses formes.

Ce qu'il faut retenir

  • Un musée unique au monde : premier espace entièrement consacré à l’art de l’illustration, avec trois espaces d’exposition et cinq expositions annuelles.
  • Un projet porté par Quentin Blake, illustrateur britannique de 93 ans, anobli et auteur de plus de 300 livres, dont 18 illustrés pour Roald Dahl.
  • Un lieu historique réhabilité : une ancienne station hydraulique du XVIIIe siècle, située à Clerkenwell, restaurée par le cabinet Tim Ronalds Architects pour un coût de 14,5 millions d’euros.
  • Cinq expositions prévues chaque année, dont une permanente dédiée à Quentin Blake, renouvelée annuellement.
  • Un accès limité pour les enfants : les escaliers raides et les sols durs rendent le site peu adapté aux plus jeunes, malgré la présence d’un chariot d’éveil sensoriel.

Un projet né il y a plus de vingt ans

L’idée d’un musée dédié à l’illustration remonte à l’attribution du prix Children’s Laureate à Quentin Blake en 1999. À l’époque, l’artiste avait esquissé le projet d’un lieu qui mettrait en lumière le rôle de l’illustration dans la narration visuelle. Ce n’est qu’en 2014 que la Maison de l’illustration, ancêtre du centre actuel, a vu le jour dans des locaux éphémères à King’s Cross. Elle a finalement trouvé son écrin définitif dans l’ancienne station hydraulique de Clerkenwell, un quartier du centre de Londres marqué par son histoire industrielle.

La directrice du musée, Lindsey Glen, souligne la singularité des lieux : « C’est un endroit qui regorge d’histoires, même le chemin pour y accéder ressemble à un passage sorti d’un conte. » En effet, pour rejoindre le musée depuis la station de métro Angel, il faut emprunter Myddelton Passage, une ruelle étroite menant à un portail discret. Les bâtiments, dont l’un abritait autrefois un moulin à vent, ont été restaurés avec soin par le cabinet Tim Ronalds Architects, qui a su conserver l’aspect brut des lieux tout en les rendant fonctionnels.

Un espace conçu pour les amateurs d’art et d’histoire

Le Centre Quentin-Blake se distingue par son architecture industrielle préservée. À l’intérieur, une lanterne projette un rayon de lumière sur des murs en brique brute, tandis qu’un jardin, actuellement en cours d’aménagement, abrite des plantes utilisées traditionnellement pour fabriquer des encres et des teintures. Lindsey Glen, qui espère attirer les visiteurs vers l’illustration botanique, précise : « À Islington, il y a moins d’espaces verts par habitant que dans toute autre localité du pays. Par une journée caniculaire, ce lieu devient une oasis. »

Le musée comprend plusieurs espaces : une bibliothèque ouverte à tous, proposant des éditions rares de la Folio Society, des bandes dessinées, des fanzines et des romans graphiques ; un café où l’on peut déguster une boisson sous une frise murale retraçant l’histoire de la New River, autrefois alimentée par la station ; et trois galeries d’exposition. L’accès aux expositions est payant, mais la bibliothèque et le café sont en libre accès.

Des expositions variées, entre hommage et exploration

Parmi les expositions prévues, l’une sera consacrée en permanence à Quentin Blake, mais renouvelée chaque année. À l’étage, une galerie explore la « théâtralité » de son œuvre, mettant en lumière des influences comme le théâtre de guignol ou une commande pour illustrer En attendant Godot de Samuel Beckett. Lindsey Glen confie avoir été émue par Clown, une histoire méconnue en France où un jouet en porcelaine, Pierrot, est jeté puis trouve un nouveau foyer.

Parallèlement, le musée propose une analyse des techniques d’illustration. Quentin Blake a expliqué à The Times que son approche a évolué après une conversation avec l’éditeur Tom Maschler (1933-2020), qui lui a enseigné l’importance du rythme dans la narration visuelle : « Le suspense doit grandir sur la page de droite, et il faut tourner la page pour faire retomber la tension. » Une leçon qui a transformé sa manière de concevoir les illustrations.

D’autres expositions mettent en avant des artistes contemporains, comme Murugiah, illustrateur d’origine britannique et sri-lankaise dont les motifs kaléidoscopiques ont inspiré des collaborations avec Louis Vuitton. En bas du bâtiment, l’exposition Queer as Comics présente quatre-vingts ans de bandes dessinées et romans graphiques créés par des artistes LGBTQ+, abordant des thèmes souvent tabous à travers des œuvres initialement diffusées clandestinement. Une exposition destinée aux adultes, comme le précise un avertissement apposé à l’entrée.

Un musée moins adapté aux enfants, mais ouvert à tous

Contrairement à d’autres musées jeunesse, le Centre Quentin-Blake n’a pas été conçu pour attirer spécifiquement les enfants. Les escaliers sont raides, les sols durs et les marches inégales. Lindsey Glen précise : « Les enfants sont les bienvenus, mais nous leur proposons quelque chose de plus poussé qu’une aire de jeu sécurisée. » Un chariot d’éveil sensoriel est cependant mis à disposition pour les plus jeunes visiteurs. Le musée mise sur une approche plus exigeante, où l’on peut s’essayer à l’illustration botanique ou découvrir des techniques de dessin dans la bibliothèque.

Quentin Blake lui-même, présent lors de l’inauguration, a salué la concrétisation de ce projet. À 93 ans, l’artiste, connu pour avoir illustré près de 300 livres et 18 œuvres de Roald Dahl, a reçu de nombreuses distinctions, dont le titre de chevalier en 2005. Pourtant, comme il l’a confié avec humour, il lui manquait « un musée permanent mettant à l’honneur l’art de l’illustration ». Pari tenu.

Et maintenant ?

Le Centre Quentin-Blake prévoit cinq expositions par an, dont une permanente dédiée à l’illustrateur. Les responsables du musée espèrent attirer un public varié, des amateurs d’art aux passionnés de littérature, en passant par les familles. Les résidences d’artistes et ateliers prévus dans les locaux devraient également enrichir l’offre culturelle du quartier. Reste à voir si ce nouveau lieu, unique en son genre, parviendra à s’imposer comme une référence mondiale dans le domaine de l’illustration.

Le centre, situé au 2 William Patten House, Myddelton Passage, Londres EC1R 1EY, est ouvert au public. Les tarifs et horaires sont disponibles sur son site officiel.

Le musée est installé dans une ancienne station hydraulique du XVIIIe siècle, un bâtiment classé qui présente des contraintes architecturales. Bien que des aménagements aient été réalisés pour faciliter l’accès, les escaliers raides et les sols durs peuvent rendre la visite difficile pour les personnes à mobilité réduite. Il est conseillé de se renseigner auprès du musée avant de s’y rendre.

Non, le Centre Quentin-Blake n’est pas une galerie commerciale. Les expositions sont temporaires et les œuvres présentées ne sont pas à vendre. Cependant, la boutique propose des reproductions, des livres et des objets dérivés liés à Quentin Blake et à l’illustration.