Le cours de l’or a connu une chute marquée ces derniers mois, passant de plus de 5 500 dollars l’once en début d’année à moins de 4 000 dollars actuellement. Cette baisse s’explique principalement par le durcissement des politiques monétaires anticipé des banques centrales, dans un contexte où les risques inflationnistes liés à la guerre au Moyen-Orient pèsent sur les économies. Selon BFM Business, cette tendance s’est particulièrement accentuée au deuxième trimestre 2026, avec une chute des investissements en lingots, pièces ou produits financiers adossés à l’or (ETF).
Ce qu'il faut retenir
- Le cours de l’or est passé de 5 595,47 dollars l’once en début d’année à environ 4 000 dollars aujourd’hui, selon BFM Business.
- Les investissements en or physique et en ETF ont chuté de 262,2 tonnes au deuxième trimestre 2026, contre 539,2 tonnes au premier trimestre.
- Les banques centrales, elles, ont maintenu une demande soutenue, compensant partiellement le recul des investisseurs privés.
- La Réserve fédérale américaine (Fed), sous la direction de Kevin Warsh, a renforcé les anticipations de hausse des taux, pesant sur le métal précieux.
- Les achats d’or en Asie sur le marché de gré à gré (OTC) restent difficiles à évaluer mais pourraient représenter des volumes importants.
Une relation historique entre taux d’intérêt et cours de l’or
Le métal jaune, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, voit son attractivité diminuer lorsque les taux d’intérêt augmentent. Comme l’explique Krishan Gopaul, expert du Conseil mondial de l’or (CMO), « il existe historiquement une relation négative entre les taux d’intérêt et l’or ». Quand les banques centrales durcissent leur politique monétaire pour lutter contre l’inflation, l’or perd en compétitivité face aux placements rémunérateurs comme les obligations ou les comptes d’épargne.
Cette corrélation s’est vérifiée ces derniers mois, avec une hausse des anticipations de taux dans un contexte où l’inflation reste élevée, notamment en raison du conflit au Moyen-Orient. Les investisseurs, de plus en plus prudents, ont réduit leurs positions sur l’or, que ce soit sous forme de lingots, de pièces ou via des ETF. Selon le rapport du CMO, les volumes d’achats ont ainsi chuté de plus de 50 % en un an, passant de 486,8 tonnes au deuxième trimestre 2025 à 262,2 tonnes sur la même période en 2026.
La Fed et les banques centrales, acteurs clés de cette dynamique
La politique monétaire de la Réserve fédérale américaine joue un rôle central dans cette baisse. Depuis sa nomination par Donald Trump, le nouveau patron de la Fed, Kevin Warsh, a adopté une posture plus stricte face à l’inflation. Ses interventions récentes ont surpris les marchés, qui tablaient initialement sur une baisse des taux. Or, Warsh a clairement affiché sa priorité : lutter contre la hausse des prix, même au risque de freiner la croissance économique.
Cette orientation a renforcé l’anticipation d’un durcissement des conditions financières, ce qui a directement impacté le cours de l’or. Pourtant, malgré ce repli des investisseurs privés, la demande globale pour le métal jaune est restée presque stable. Le CMO souligne que « les banques centrales ont tendance à opérer sur des horizons temporels bien plus longs que les investisseurs privés » et que « leurs motivations sont généralement très stratégiques ». Leur demande, souvent liée à des réserves de change ou à des stratégies géopolitiques, a ainsi compensé une partie du recul enregistré sur les marchés privés.
Des achats massifs en Asie, mais difficiles à quantifier
Un autre élément intrigue les analystes : les achats d’or en Asie, notamment sur le marché de gré à gré (OTC), qui ne sont pas directement observables. Selon Krishan Gopaul, il y aurait eu « des volumes énormes d'achats d'or en Asie sur le marché de gré à gré ». Ces transactions, réalisées hors des places boursières classiques, ne sont estimées que de manière indirecte, via des indicateurs résiduels. Leur ampleur réelle reste donc incertaine, mais elles pourraient représenter un facteur de soutien pour le cours du métal jaune à moyen terme.
En excluant ces échanges opaques, la demande d’or a reculé de 14 % en glissement annuel et de 7 % par rapport au premier trimestre 2026. Cette baisse structurelle reflète un changement de stratégie des investisseurs, désormais plus sensibles aux rendements des actifs sans risque que par le passé.
Pour conclure, la chute du cours de l’or illustre la défiance croissante des investisseurs envers les actifs refuges traditionnels, dans un environnement où les rendements sans risque deviennent plus attractifs. Si le métal jaune conserve une place dans les portefeuilles, son rôle de valeur refuge semble aujourd’hui moins automatique qu’auparavant.
L’or ne produit pas de revenus (dividendes, intérêts) contrairement aux obligations ou aux placements monétaires. Quand les taux augmentent, ces derniers deviennent plus attractifs, ce qui réduit l’attrait pour le métal jaune, qui n’offre pas de rendement. C’est cette relation historique qui explique la corrélation négative entre les deux, comme l’a rappelé Krishan Gopaul du Conseil mondial de l’or.