Selon BFM Bourse, le cours de l’or a enregistré un repli de plus de 10 % depuis l’éclatement du conflit en Iran à la fin du mois de février 2026. Une performance qui contraste avec le rôle traditionnel de valeur refuge attribué au métal jaune, alors que le Moyen-Orient traverse une période de tensions géopolitiques majeures.

Après une année 2025 marquée par une progression fulgurante de +64,6 %, l’or semble aujourd’hui plus que jamais dépendant des évolutions liées à ce conflit. Pourtant, les analystes soulignent que cette baisse, bien que significative, ne remet pas en cause le statut de l’or comme actif de couverture à long terme. Explications.

Ce qu’il faut retenir

  • L’or a chuté de plus de 10 % depuis le début de la guerre en Iran fin février 2026, avec un repli hebdomadaire record de 10,5 % en mars.
  • Cette baisse s’explique par la hausse des prix de l’énergie et des anticipations de maintien des taux d’intérêt, pénalisant les actifs non productifs de revenus.
  • Les banques centrales restent un pilier structurel de la demande, avec des achats soutenus malgré quelques ventes ponctuelles pour des besoins de liquidités.
  • Les experts prévoient une remontée du cours de l’or vers 5 000 ou 5 500 dollars l’once d’ici la fin de l’année, sous réserve de l’évolution des tensions géopolitiques.

Un recul paradoxal pour un actif refuge

Selon BFM Bourse, le métal jaune a enregistré son plus fort repli hebdomadaire depuis les années 1980 en mars 2026, avec une chute de 10,5 %. Deutsche Bank et CNN évoquent respectivement 1980 et 1983 comme dernières périodes comparables. Pourtant, le conflit en Iran, source d’aversion au risque, aurait dû logiquement soutenir la demande pour l’or, perçu comme une valeur refuge.

Les stratégistes d’ING rappellent que l’or remplit traditionnellement ce rôle en période de crise financière ou de ralentissement économique, lorsque les rendements réels baissent et que le dollar s’affaiblit. UBS précisait en mars dernier que « l’or protège avant tout contre les risques monétaires tels que la dévaluation des devises, l’augmentation des déficits et les ralentissements économiques, qui peuvent découler de conflits géopolitiques ».

L’impact des tensions énergétiques et des taux d’intérêt

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 avait déjà illustré ce mécanisme : après un rebond initial, l’or avait subi des pressions en raison de la hausse des prix de l’énergie, entraînant des pressions inflationnistes et une remontée des rendements obligataires. « L’impact inflationniste de la hausse des prix de l’énergie avait conduit à une hausse des rendements et du dollar », analysent les économistes d’ING.

Cette dynamique s’est répétée en 2026, mais de manière plus rapide. La hausse des taux d’intérêt pénalise en effet l’or, car ce dernier ne génère aucun revenu (contrairement aux obligations ou aux actions). Les investisseurs privilégient alors des placements rémunérateurs, ce qui pèse sur le cours du métal jaune. Par ailleurs, la hausse du dollar – devise dans laquelle l’or est coté – réduit son attractivité pour les investisseurs non américains.

L’or comme liquidité d’urgence

Malgré sa baisse, l’or conserve un rôle clé en tant que liquidité de dernier recours. Sa grande négociabilité en fait un actif mobilisable rapidement pour couvrir des pertes ailleurs, notamment via des appels de marge sur les marchés financiers. Les opérateurs vendent alors de l’or pour dégager des liquidités, comme l’a observé WisdomTree.

Les banques centrales peuvent également y recourir. Par exemple, la banque centrale de Turquie a mobilisé 58 à 60 tonnes d’or en deux semaines début 2026, en partie via des swaps, afin de soutenir la livre turque. « Une partie de cette activité a pris la forme de swaps sur l’or plutôt que de ventes fermes, constituant une intervention de change adossée à des garanties », explique WisdomTree. Ces opérations renforcent le statut de l’or comme actif de réserve liquide et de confiance.

Les banques centrales, piliers de la demande mondiale

Si les banques centrales vendent parfois de l’or pour des besoins immédiats, elles restent un « pilier structurel » de la demande mondiale. ING cite l’exemple de la Banque populaire de Chine, qui a repris ses achats en avril 2026 avec 8,1 tonnes, portant ses réserves à 2 305 tonnes. Cette acquisition s’inscrit dans une série de 15 mois consécutifs d’achats, la plus longue depuis décembre 2024.

De son côté, la Banque nationale de Pologne a augmenté ses réserves de 31 tonnes au premier trimestre, atteignant 582 tonnes. Malgré des déclarations évoquant une éventuelle vente partielle, la banque centrale semble déterminée à atteindre son objectif de 700 tonnes. « Cela indique une tendance positive, la diversification des réserves continuant de soutenir l’or à moyen terme », souligne ING.

Un potentiel de hausse à 5 000 ou 5 500 dollars l’once

Dans ce contexte, faut-il considérer que l’or a perdu son statut de valeur refuge ? Les observateurs de marché estiment que les pressions inflationnistes actuelles pourraient maintenir les taux d’intérêt à un niveau élevé, limitant ainsi la hausse immédiate du métal jaune. ING table néanmoins sur un cours de 5 000 dollars l’once d’ici la fin de l’année, sous réserve que les pourparlers de paix ne s’enlisent pas.

WisdomTree va plus loin en évoquant un potentiel de 5 500 dollars l’once en 2026, soit une progression de 10 à 20 % par rapport au cours actuel, estimé à 4 550 dollars. « Le risque géopolitique devrait rester un facteur de soutien pour l’or au cours de l’année à venir », affirme la société d’investissement. Les élections de mi-mandat aux États-Unis pourraient également influencer les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient influencer l’évolution du cours de l’or dans les prochains mois. D’abord, l’issue des pourparlers de paix en Iran et la stabilité des prix de l’énergie. Ensuite, la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, dont les décisions sur les taux d’intérêt pèseront directement sur le métal jaune. Enfin, les achats ou ventes d’or par les banques centrales, qui pourraient soit soutenir, soit fragiliser la demande. Les prochaines réunions de la Fed, prévues en juin et septembre 2026, seront particulièrement scrutées.

Les analystes s’accordent à dire que le rôle de l’or comme valeur refuge n’est pas remis en cause. Cependant, à court terme, son cours reste soumis à des forces macroéconomiques, comme les rendements réels et la politique du dollar. « Une fois que ces vents contraires commenceront à s’atténuer, le soutien sous-jacent de l’or devrait se réaffirmer », estime ING.

Par ailleurs, la diversification des réserves des banques centrales, notamment leur volonté de réduire leur exposition au dollar, pourrait continuer à jouer en faveur de l’or. Saxo Bank souligne que « les gestionnaires de réserves sont de plus en plus méfiants face à une surexposition aux actifs libellés en dollars », dans un contexte de déficits fiscaux américains croissants et de charges de dette élevées.

L’or, avec sa faible corrélation aux obligations et sa liquidité, conserve donc une place centrale dans les stratégies de diversification. Il offre également une protection contre les sanctions ou restrictions financières, un atout non négligeable en période de tensions géopolitiques persistantes.

L’or subit actuellement deux pressions majeures : d’abord, la hausse des prix de l’énergie qui génère des tensions inflationnistes, incitant les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés. Ensuite, la remontée du dollar, qui rend le métal jaune moins attractif pour les investisseurs étrangers. Ces facteurs macroéconomiques priment, pour l’instant, sur le rôle de valeur refuge de l’or.

Les banques centrales sont un pilier structurel de la demande mondiale d’or. Bien qu’elles puissent vendre ponctuellement de l’or pour des besoins de liquidités (comme la Turquie en début d’année), elles restent globalement acheteuses. La Chine et la Pologne ont ainsi augmenté leurs réserves ces derniers mois, confirmant leur stratégie de diversification.