Les importations de gaz russe vers l’Union européenne ont augmenté au cours des premiers mois de 2026, alors que le bloc entame un retrait historique de ces approvisionnements, selon le dernier rapport de l’Agence des régulateurs de l’énergie de l’UE (ACER), publié mercredi 8 juillet. Cette tendance, qui contraste avec les objectifs affichés de l’UE, s’explique principalement par l’accélération des livraisons contractuelles avant l’entrée en vigueur de restrictions plus strictes.
Ce qu'il faut retenir
- Les importations de gaz russe par gazoduc ont progressé de 7 % sur un an, et celles de GNL de 11 %, avec une accélération de 17 % après mars 2026
- L’UE a interdit les nouveaux contrats de GNL russe à partir de janvier 2027, mais maintient des exceptions pour la Hongrie et la Slovaquie
- Les pays les plus dépendants, comme la Hongrie et la Slovaquie, reçoivent encore entre 70 % et 80 % de leur gaz de Russie
- L’ACER souligne que cette hausse ne reflète pas un échec des sanctions, mais une anticipation des restrictions par les acteurs du marché
- Les nouvelles dépendances de l’UE, notamment envers les États-Unis et le Qatar, soulèvent des tensions sur les règles environnementales
Une hausse des importations malgré les interdictions progressives
L’Union européenne a officiellement engagé un retrait historique du gaz naturel russe, avec une interdiction progressive des importations de GNL russe à partir de janvier 2027 et des livraisons par gazoduc à partir de septembre 2027. Pourtant, selon le rapport de l’ACER, les importations de gaz russe ont augmenté au cours des premiers mois de 2026. Les livraisons par gazoduc ont progressé de 7 % sur un an, tandis que celles de GNL ont augmenté de 11 %, avec une accélération notable de 17 % après l’entrée en vigueur des premières restrictions en mars 2026.
Cette hausse s’explique par la maximisation des livraisons prévues dans le cadre des contrats existants, avant l’entrée en vigueur des restrictions plus strictes. « Les importateurs semblent plutôt maximiser les livraisons avant les futures restrictions et réagir aux incertitudes sur l’offre mondiale », précise le rapport de l’ACER. L’agence ajoute que les perturbations du commerce de GNL au Moyen-Orient, liées à la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ont également joué un rôle dans cette dynamique.
Une dépendance résiduelle concentrée dans quelques pays
Si le gaz russe ne représente plus qu’environ 12 % de la demande totale de l’UE, cette dépendance n’est plus répartie de manière uniforme à travers le continent. La plupart des États membres ont drastiquement réduit leurs achats depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à l’exception notable de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Grèce. Ces trois pays, enclavés pour certains, continuent de recevoir du gaz russe par gazoduc, principalement via le corridor TurkStream.
Selon l’ACER, la Hongrie et la Slovaquie devraient encore s’approvisionner à 70–80 % en gaz russe en 2026, tandis que la Grèce importe entre 50 % et 55 % de son gaz de Russie. Le principal défi pour ces pays réside désormais dans la nécessité de trouver des alternatives avant l’échéance de 2027. « La dépendance résiduelle au gaz russe reste répartie de façon inégale entre les États membres ; si la plupart des pays ont nettement réduit leur exposition, un petit nombre de pays la maintient », relève le rapport.
Les contrats autorisés et les nouvelles règles
L’UE a autorisé des exceptions pour certains pays, comme la Hongrie et la Slovaquie, qui pourront continuer à importer du gaz russe en cas de rupture d’approvisionnement, en raison de leur situation géographique. Les contrats autorisés de GNL russe représentent entre 20 et 32 milliards de mètres cubes (bcm) par an, entrant dans l’UE via quatre États membres : l’Espagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas. Les contrats de long terme pour le gaz acheminé par gazoduc restent également autorisés en Hongrie, en Slovaquie et en Grèce.
À ce stade, les contrats autorisés couvrent une capacité d’approvisionnement annuelle comprise entre 45 et 55 bcm, contre 150 à 157 bcm que Moscou exportait vers l’UE avant la guerre en Ukraine. Les nouveaux contrats de gaz russe sont interdits depuis mars 2026, tandis que les anciens accords de long terme sont progressivement laissés à leur échéance jusqu’en 2027, afin d’éviter des perturbations du marché.
Les nouvelles dépendances et les tensions géopolitiques
L’ACER souligne que l’Europe est mieux préparée qu’en 2022 pour faire face à une éventuelle rupture des approvisionnements russes, grâce à une diversification accrue de son marché du gaz. Cependant, cette stratégie s’accompagne de nouvelles dépendances, notamment envers les États-Unis, l’Algérie et le Qatar. Ces pays exercent actuellement des pressions sur l’UE pour qu’elle assouplisse ses règles sur le méthane, qui obligeraient les producteurs de pétrole et de gaz à payer pour la pollution liée à leur activité.
« Si les choses (les règles sur le méthane) restent telles qu’elles sont aujourd’hui, il est presque certain qu’elles réduiront les flux d’énergie des États-Unis vers l’Europe », a déclaré le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, lors d’un point presse le 25 juin. « Je pense que cela entraînera des problèmes très importants pour l’UE, qui souffre déjà de prix de l’énergie bien supérieurs à la moyenne mondiale. »
Le rôle clé des infrastructures et des stocks
Au-delà des questions d’approvisionnement, l’ACER met en lumière un autre défi : la nécessité de disposer d’infrastructures suffisantes pour acheminer des fournitures alternatives vers les marchés enclavés d’Europe centrale. La Hongrie et la Slovaquie, par exemple, dépendent fortement du gaz russe via le corridor TurkStream, et leur transition vers d’autres sources dépendra de leur capacité à développer des réseaux de transport adaptés.
L’agence souligne que la disponibilité globale du gaz n’est plus un problème majeur, mais que la répartition inégale des dépendances résiduelles pourrait créer des tensions entre États membres. Certains pays, comme la Pologne ou les États baltes, ont déjà réduit leur exposition au gaz russe à moins de 5 %, tandis que d’autres, comme la Hongrie, restent fortement dépendants.
« Confrontés à des perturbations de l’offre mondiale de GNL, les acteurs européens du marché se sont tournés vers d’autres sources disponibles de GNL, en exploitant sans doute pleinement la flexibilité dont ils disposent dans leurs volumes contractuels existants. »
— Ronald Pinto, analyste spécialisé dans le GNL au sein du cabinet Kpler, interviewé par Euronews FR
L’augmentation des importations s’explique principalement par l’accélération des livraisons prévues dans le cadre des contrats existants avant l’entrée en vigueur des restrictions plus strictes. Les entreprises maximisent leurs approvisionnements pour éviter des perturbations du marché, selon le rapport de l’ACER.