L’Union européenne pourrait basculer dans une « phase de conflit » avec la Chine d’ici l’automne 2026 si Pékin ne consent pas à réduire son déficit commercial avec le Vieux Continent, selon les déclarations de Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), recueillies par Euronews FR dans l’émission Europe Today.
Cette mise en garde survient alors que la Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, multiplie les signaux d’un durcissement de sa politique commerciale vis-à-vis de Pékin. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a confirmé lundi que Bruxelles table sur un accord avec la Chine d’ici octobre 2026 pour corriger les déséquilibres commerciaux, jugés « insoutenables » par plusieurs États membres. « Nous devons revoir en profondeur notre approche de la Chine », a-t-il souligné, ajoutant que « les règles de concurrence équitables s’imposent, et que les subventions chinoises n’ont pas leur place dans une économie de marché libre ».
Ce qu'il faut retenir
- L’UE menace la Chine d’une « phase de conflit » commercial si un accord n’est pas trouvé d’ici octobre 2026 pour réduire le déficit commercial, selon Manfred Weber (PPE), cité par Euronews FR.
- Bruxelles exige des résultats concrets face à la surcapacité industrielle chinoise, qui menace des secteurs européens comme les voitures électriques ou les biens de consommation bon marché.
- La Commission prépare de nouveaux outils de défense commerciale, tandis que les dirigeants de l’UE réfléchissent à des mécanismes de diversification et de solidarité pour réduire la dépendance à la Chine.
- Les positions divergent au sein de l’UE : l’Allemagne, principale économie du bloc, et la France prônent une ligne plus ferme, tandis que l’Espagne défend une approche partenariale.
- Octobre 2026 pourrait marquer un tournant, soit par un rééquilibrage des échanges, soit par l’adoption de mesures de rétorsion que Pékin interpréterait comme une faiblesse.
Un déficit commercial qui cristallise les tensions
Le déficit commercial de l’UE avec la Chine s’est creusé ces dernières années, atteignant des niveaux jugés « insoutenables » par plusieurs capitales européennes. Selon les données de la Commission, la balance commerciale entre les deux blocs reste structurellement déficitaire pour l’Europe, notamment en raison de la surcapacité industrielle chinoise. « La Chine inonde le marché européen de produits à bas coût, des textiles aux panneaux solaires en passant par les véhicules électriques, ce qui menace notre industrie et nos emplois », a expliqué Manfred Weber à Euronews FR.
Les craintes d’un « choc chinois 2.0 » – rappelant la crise des années 2010 où la concurrence asiatique avait fragilisé des pans entiers de l’industrie européenne – se renforcent. « Nous ne pouvons plus accepter cette situation », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de « règles du jeu équitables ». Bruxelles reproche notamment à Pékin de subventionner massivement ses entreprises, faussant ainsi la concurrence.
« Les Chinois doivent comprendre que nous ne tolérerons pas plus longtemps cette concurrence déloyale. Sinon, l’UE basculera dans une phase de conflit. »
Manfred Weber, président du PPE, à Euronews FR
Les outils en préparation pour protéger le marché unique
Pour faire face à cette situation, la Commission européenne envisage plusieurs mesures destinées à renforcer la résilience du marché unique. Parmi les pistes étudiées figurent un mécanisme de diversification, visant à inciter les entreprises européennes à réduire leur dépendance aux fournisseurs chinois, ainsi qu’un mécanisme de solidarité pour soutenir les secteurs les plus exposés à la concurrence chinoise ou ceux risquant des représailles de Pékin.
Ces propositions s’inscrivent dans une stratégie plus large de réindustrialisation et d’autonomie stratégique prônée par plusieurs États membres, dont la France. Lors du sommet européen de mai 2026, les chefs d’État et de gouvernement ont demandé à Ursula von der Leyen de revoir les instruments de défense commerciale de l’UE, sans pour autant citer explicitement la Chine – un signe des divergences persistantes entre États membres sur la manière de gérer la relation avec Pékin.
L’Allemagne, première économie de l’UE et principal pôle industriel du continent, joue un rôle clé dans cette équation. Berlin, traditionnellement ouvert au commerce avec la Chine, est désormais sous pression pour adopter une ligne plus ferme, notamment en raison des difficultés rencontrées par son industrie automobile face à la concurrence des véhicules électriques chinois. « L’Allemagne sera le pays décisif dans la détermination de l’ampleur du durcissement européen envers la Chine », analyse un diplomate bruxellois.
Des divisions européennes sur la stratégie à adopter
Les positions au sein de l’UE restent partagées. Si l’Allemagne et la France prônent une approche plus offensive, certains pays, comme l’Espagne, défendent une relation partenariale avec Pékin. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’est rendu à plusieurs reprises en Chine ces deux dernières années et continue de plaider pour un dialogue renforcé. « La Chine est un partenaire économique majeur, et il est essentiel de maintenir des canaux de communication ouverts », a-t-il récemment déclaré.
À l’inverse, Paris insiste pour une « préférence européenne » dans les secteurs stratégiques, comme les technologies vertes ou la défense. « Nous ne pouvons plus dépendre de la Chine pour des technologies aussi sensibles que les batteries ou les semi-conducteurs », a rappelé un haut responsable français sous couvert d’anonymat. Ces divergences compliquent l’adoption d’une position unifiée, alors que la Commission cherche à éviter une escalade incontrôlée.
« L’UE marche sur une ligne de crête entre deux impératifs : éviter une guerre commerciale aux conséquences imprévisibles et protéger ses industries d’une concurrence jugée déloyale », résume un analyste économique basé à Bruxelles. Pour l’instant, les sanctions ciblées et les enquêtes antidumping restent privilégiées, mais l’option d’un conflit ouvert n’est plus exclue.
La prochaine réunion des ministres du Commerce de l’UE, prévue en septembre 2026, pourrait donner un premier aperçu des décisions à venir. En attendant, les entreprises européennes, en particulier celles des secteurs automobile et énergétique, sont invitées à anticiper d’éventuelles perturbations dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Une chose est sûre : la question commerciale sino-européenne ne sera plus abordée à la légère. Après des années de dialogue stérile, l’UE semble déterminée à passer à l’action – ou à en payer le prix.
Selon la Commission européenne, les secteurs les plus exposés sont l’industrie automobile (notamment les véhicules électriques), les énergies renouvelables (panneaux solaires, batteries), les biens de consommation (textile, électronique grand public) et certains segments de la sidérurgie. Ces industries subissent une pression à la baisse sur les prix et des parts de marché en raison de la surcapacité industrielle chinoise et des subventions massives accordées par Pékin à ses entreprises.
Les outils envisagés incluent des droits de douane supplémentaires sur certains produits chinois, des enquêtes antidumping accélérées et des restrictions à l’exportation de technologies sensibles. La Commission pourrait aussi activer des mécanismes de sauvegarde pour protéger des secteurs clés, ainsi que des mesures de diversification pour réduire la dépendance aux fournisseurs chinois. Une suspension partielle des accords commerciaux préférentiels est également évoquée.