Une étude publiée le 7 avril 2026 dans la revue Nature Astronomy, relayée par Numerama, identifie le cratère Haworth, situé près du pôle Sud lunaire, comme le site le plus prometteur pour découvrir des réserves significatives de glace d’eau. Cette découverte pourrait s’avérer décisive pour les futures missions habitées, notamment celles du programme Artémis, dont l’objectif est d’établir une présence humaine durable sur la Lune d’ici la fin de la décennie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cratère Haworth, près du pôle Sud lunaire, est considéré comme le meilleur réservoir potentiel de glace d’eau sur la Lune, selon une étude parue dans Nature Astronomy.
  • Les scientifiques ont utilisé le spectromètre ultraviolet LAMP de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) pour cartographier les zones d’ombre permanente où la glace pourrait se conserver.
  • Ces résultats orienteront le choix des sites d’atterrissage des missions Artémis, l’accès à l’eau étant un enjeu majeur pour une base habitée.
  • Le cratère Haworth n’a pas été exposé au Soleil depuis au moins 3 milliards d’années, offrant des conditions idéales pour préserver la glace.
  • Les États-Unis et la Chine prévoient des missions habitées vers le pôle Sud lunaire, respectivement d’ici 2028 et 2030.

Une glace d’eau préservée dans l’ombre éternelle

La Lune ne possède pas d’atmosphère pour protéger sa surface des radiations solaires, ce qui rend la présence d’eau sous forme liquide ou gazeuse très improbable. En revanche, des dépôts de glace d’eau pourraient subsister dans des zones perpétuellement à l’ombre, comme au fond de certains cratères polaires. Selon les auteurs de l’étude, ces réserves seraient protégées de la sublimation par le froid extrême qui y règne, jusqu’à -250°C, et ce depuis des milliards d’années. Numerama souligne que ces conditions en font des cibles prioritaires pour les explorateurs lunaires.

Pour identifier ces zones, les chercheurs ont analysé les données du spectromètre LAMP, embarqué à bord de la sonde LRO, lancée en 2009 par la NASA. Cet instrument, capable de détecter les rayonnements ultraviolets, permet d’observer des régions lunaires normalement invisibles, car non éclairées par le Soleil. « LAMP a permis de cartographier des dépôts de glace dans des zones que les autres instruments ne pouvaient pas atteindre », explique l’un des co-auteurs de l’étude.

Le cratère Haworth, un candidat de choix

Parmi les sites étudiés, le cratère Haworth, situé à proximité immédiate du pôle Sud, se distingue par son âge et sa stabilité thermique. Selon les modèles climatiques lunaires, cette dépression n’a pas reçu de lumière solaire directe depuis au moins 3 milliards d’années. Les signaux radar reçus par la sonde LRO suggèrent en outre qu’il pourrait contenir d’importantes quantités de glace, accumulées au fil du temps. Numerama précise que cette eau aurait pu être apportée par des impacts de comètes ou de météorites, ou provenir de l’activité volcanique ancienne de la Lune.

Les auteurs de l’étude ont également émis l’hypothèse selon laquelle des vents solaires pourraient avoir contribué à la formation d’eau en apportant de l’hydrogène, réagissant avec l’oxygène présent dans le sol lunaire. « Ces mécanismes restent à confirmer, mais ils ouvrent des pistes pour comprendre comment l’eau s’est distribuée sur la Lune », a déclaré un chercheur impliqué dans les travaux. Bref, le cratère Haworth cumule tous les atouts pour devenir une cible majeure des prochaines missions.

Artémis et les ambitions chinoises dans la course à l’eau lunaire

La NASA a déjà sélectionné plusieurs sites potentiels pour les alunissages des missions Artémis, toutes destinées à se poser près du pôle Sud lunaire. L’accès à une source d’eau locale est un impératif pour les scientifiques, car elle permettrait de produire de l’oxygène, de l’eau potable et même du carburant pour fusée. La mission Artémis IV, prévue pour 2028, devrait être la première à bénéficier de ces ressources. Numerama rappelle que la Chine, de son côté, prévoit également une mission habitée vers la même région d’ici 2030, avec des objectifs similaires.

Cette compétition pour la Lune s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Les États-Unis et leurs partenaires, dont l’Agence spatiale européenne (ESA), cherchent à établir une base lunaire durable dans le cadre du programme Artémis. La présence d’eau faciliterait grandement cette entreprise, réduisant les coûts de transport depuis la Terre. « Sans eau locale, une présence humaine permanente sur la Lune serait extrêmement coûteuse et complexe », a souligné un expert en exploration spatiale.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à affiner les analyses du cratère Haworth et des autres sites prometteurs, notamment grâce à des missions robotiques comme VIPER, un rover de la NASA dont le lancement est prévu pour 2027. Ce véhicule sera chargé de prospecter les dépôts de glace et d’évaluer leur accessibilité. Par ailleurs, les échantillons lunaires rapportés par les missions habitées, dont Artémis III en 2026, pourraient fournir des réponses définitives sur l’origine et la quantité d’eau disponible. Enfin, les agences spatiales devront trancher entre plusieurs sites candidats d’ici 2025, afin de préparer les alunissages des années suivantes.

Pour l’heure, ces découvertes renforcent l’idée que la Lune pourrait jouer un rôle bien plus important que prévu dans l’exploration spatiale future. Que ce soit pour soutenir des bases permanentes ou servir de tremplin vers Mars, les ressources lunaires, et en particulier l’eau, sont devenues un enjeu stratégique. Comme le souligne Numerama, « la course à la Lune est aussi une course aux ressources » — une compétition dont les premiers résultats pourraient bien être connus d’ici la fin de la décennie.

L’eau lunaire serait une ressource cruciale pour plusieurs raisons. Elle pourrait être utilisée pour produire de l’oxygène respirable, de l’eau potable, et même du carburant pour fusées via l’électrolyse. Son extraction sur place réduirait considérablement les coûts logistiques des missions habitées, car transporter de l’eau depuis la Terre revient extrêmement cher. Selon les estimations de la NASA, chaque kilogramme d’eau envoyé sur la Lune coûte environ 10 000 dollars en carburant.

Les instruments comme le spectromètre LAMP ne détectent pas directement la molécule d’eau (H₂O), mais identifient des signatures spectrales caractéristiques de la glace d’eau pure ou mélangée à d’autres composés. Les signaux radar, quant à eux, permettent d’estimer l’épaisseur et la répartition des dépôts. Pour confirmer la présence d’eau, il faudra attendre des analyses en laboratoire, soit via des missions robotiques comme VIPER, soit grâce aux échantillons ramenés par les astronautes d’Artémis.