Alors que l’Arménie se prépare à des élections législatives décisives prévues dimanche 8 juin 2026, la Commission européenne a apporté son soutien explicite au Premier ministre arménien Nikol Pachinian, tout en annonçant un plan d’aide économique pour contrer les sanctions russes imposées à Erevan, d’après Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE annonce un paquet d’aide de plus de 50 millions d’euros, incluant des mesures pour soutenir les exportations agroalimentaires arméniennes touchées par les restrictions russes.
- Moscou a restreint ses importations de produits arméniens (vin, brandy, fruits, fleurs, eau minérale) et menace de réduire les livraisons de gaz, dont l’Arménie dépend à plus de 80 %.
- La Russie a rappelé son ambassadeur en Arménie et menace de suspendre l’adhésion de ce pays à l’Union économique eurasiatique d’ici décembre 2026.
- Nikol Pachinian exclut une « guerre des mots » avec la Russie, tout en réaffirmant son engagement à défendre les intérêts arméniens et à poursuivre sa stratégie de rapprochement avec l’UE et les États-Unis.
- Le Premier ministre arménien justifie l’abandon du Karabakh comme un choix stratégique pour éviter une perte d’indépendance et de prospérité.
Bruxelles s’engage aux côtés de l’Arménie face à la pression économique russe
Dans un communiqué publié jeudi 5 juin 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a réaffirmé que l’UE « soutient fermement » Nikol Pachinian, soulignant que Moscou instrumentalise les relations économiques pour exercer une pression politique. « Nous connaissons trop bien ce mode opératoire. C’est pourquoi l’Europe se tient fermement aux côtés de l’Arménie », a-t-elle déclaré. Selon Euronews FR, von der Leyen a précisé que ce soutien se traduira par une aide financière initiale de plus de 50 millions d’euros, susceptible d’être augmentée, ainsi que par des mesures concrètes pour faciliter les échanges commerciaux entre l’UE et l’Arménie.
Parmi les premières mesures annoncées, un envoi de 10 000 fleurs est attendu vendredi 6 juin en Lettonie. D’autres initiatives sont prévues pour renforcer les liens économiques, notamment dans le cadre du plan de résilience et de croissance UE-Arménie signé en 2024. Ce plan a déjà permis d’aider 7 000 entreprises et de créer plus de 20 000 emplois. La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a confirmé la mise en place d’une task-force conjointe UE-Arménie pour superviser la mise en œuvre de ces mesures.
L’Arménie sous pression économique : entre dépendance à la Russie et recherche de nouveaux marchés
Depuis plusieurs semaines, la Russie a intensifié ses restrictions commerciales contre l’Arménie, bloquant ou limitant les importations de vins, brandys, eaux minérales, fruits, légumes, fleurs et produits de la pêche. Ces sanctions menacent un secteur clé : en 2025, l’Arménie a exporté pour 2,5 milliards d’euros de biens vers la Russie, soit un tiers de ses exportations totales. La Russie absorbe à elle seule 72 % des exportations de vin arménien, tandis que le brandy arménien y a atteint des records de ventes l’an dernier. Pourtant, la demande européenne pour ces produits est en hausse, offrant une alternative aux producteurs locaux.
Nikol Pachinian a assuré que son gouvernement avait trouvé de nouveaux débouchés pour les produits arméniens en Europe et au-delà. « Aucun produit ne restera invendu », a-t-il affirmé mardi 3 juin, précisant que des délégations commerciales sont déjà à l’œuvre et que les premiers envois de roses et de légumes ont été expédiés. « Une fois arrivés, je préciserai de quels pays il s’agit », a-t-il ajouté. Les produits arméniens, comme les fraises, abricots, pêches, grenades ou encore la truite endémique du lac Sevan, trouvent naturellement preneur sur les marchés européens, grâce à leur compétitivité prix.
Un contexte géopolitique tendu à l’approche du scrutin
La déclaration de soutien de l’UE coïncide avec une prise de position américaine. Lors d’une audition au Congrès mercredi 4 juin 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a indiqué qu’il existait des éléments suggérant que la Russie souhaitait la défaite de Pachinian aux élections, en raison de son rapprochement croissant avec Washington. Rubio a lié ces propos au soutien apporté par le président américain Donald Trump à Pachinian en vue du scrutin. Moscou est régulièrement accusé d’ingérence dans la campagne électorale arménienne, en faveur de l’opposition pro-russe, qui prône un retour de l’Arménie dans l’orbite de la Russie.
Cette tension s’inscrit dans un contexte déjà marqué par le rappel, le 29 mai 2026, de l’ambassadeur russe en Arménie pour « consultations ». Lors d’un sommet de l’Union économique eurasiatique (UEE) à Astana la semaine dernière, la Russie et ses partenaires ont lancé un réexamen formel de l’adhésion de l’Arménie, menaçant de la suspendre d’ici décembre 2026. Parallèlement, le Kremlin a menacé de réduire ses livraisons de pétrole et de gaz à l’Arménie, qui dépend à plus de 80 % du gaz russe pour ses besoins énergétiques.
« Nous ne nous lancerons pas dans une guerre des mots avec la Russie, nous défendrons calmement les positions de l’Arménie. Nous n’agirons pas contre les intérêts de la Russie, mais nous n’agirons pas non plus contre nos propres intérêts. »
— Nikol Pachinian, lors d’un meeting de campagne à Martouni, le 5 juin 2026.
Pachinian assume l’abandon du Karabakh et défend un recentrage stratégique
Face à ses détracteurs, qui l’accusent d’avoir « trahi » l’Arménie en abandonnant le Karabakh, Nikol Pachinian a assumé cette décision lors d’un rassemblement de campagne. « L’abandon du Karabakh a été mon plus grand service rendu à l’Arménie, car nous étions pris au piège. Si nous avions continué sur cette voie, nous aurions perdu l’Arménie et son État », a-t-il déclaré. Il a réaffirmé que la page du Karabakh était tournée, l’Arménie ayant choisi de se tourner vers un avenir pacifique avec l’Azerbaïdjan et la région.
« Je savais qu’ils me traiteraient de traître, de vend-patrie. Mais aujourd’hui, je suis heureux d’avoir trouvé cette force, d’avoir affronté la vérité et d’avoir sorti l’Arménie de ce piège », a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité de transmettre la paix aux générations futures. Pachinian a également réaffirmé que l’Arménie restait ouverte à une coopération avec la Russie, tout en développant ses relations avec l’UE et les États-Unis. « Les relations avec la Russie sont dans une phase de transformation, mais ce processus est positif », a-t-il conclu.
Dans un contexte marqué par les tensions entre l’Arménie et la Russie, mais aussi par les espoirs de développement économique et de stabilité régionale, la capacité de Pachinian à maintenir ce fragile équilibre sera déterminante pour l’avenir du pays. Les prochaines semaines diront si l’Arménie peut effectivement devenir un « hub stratégique » entre l’Europe, le Caucase du Sud et l’Asie centrale, comme le souhaite l’UE, ou si elle restera prisonnière des rivalités entre ses voisins et ses alliés traditionnels.
Les sanctions russes ciblent principalement le vin, le brandy, l’eau minérale, les fruits et légumes frais, les fleurs et les produits de la pêche. Ces secteurs représentent une part majeure des exportations arméniennes vers la Russie, qui absorbe environ un tiers des ventes extérieures du pays.