La Commission européenne a présenté, ce jeudi 4 juin 2026, un vaste paquet législatif visant à renforcer la souveraineté technologique du continent. Selon Euronews FR, ce dispositif s’articule autour de quatre axes majeurs : le cloud, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les technologies open source. L’objectif affiché est clair : réduire la dépendance européenne aux géants américains et chinois, qui dominent actuellement près de 80 % du marché numérique continental.
Cette initiative intervient dans un contexte géopolitique tendu, où les tensions commerciales entre les superpuissances et l’UE se sont intensifiées ces derniers mois. Comme le rappelle Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, « nous vivons dans un monde où géopolitique et technologie sont indissociables. Ceux qui seront à l’avant-garde de l’innovation technologique façonneront l’avenir, et nous devons faire en sorte que l’Europe y joue un rôle de premier plan ».
Ce qu'il faut retenir
- La Commission européenne propose un paquet législatif pour renforcer la souveraineté technologique de l’UE, axé sur le cloud, les puces, l’IA et l’open source, selon Euronews FR.
- Les géants américains (Google, Microsoft, Apple) et chinois (Alibaba, ByteDance) contrôlent 80 % du marché numérique européen.
- Le projet introduit quatre niveaux de souveraineté numérique pour les marchés publics, avec une exclusion des entreprises non européennes pour les secteurs sensibles comme la défense ou la santé.
- L’UE compte sur son quasi-monopole dans les machines de production de puces (via ASML) et sur une stratégie open source pour combler son retard technologique.
- Les risques de représailles de Washington ou Pékin, bien réels, sont contrebalancés par des signes d’apaisement récents, notamment via l’accord de Turnberry.
- L’objectif est d’obtenir des résultats concrets d’ici 2030, un délai jugé réaliste par les responsables européens.
Un marché numérique largement dominé par l’étranger
Selon les données compilées par Euronews FR, l’Union européenne importe plus de 80 % de ses services et produits technologiques. Cette dépendance s’explique par la domination de géants américains comme Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, qui se partagent 80 % du marché européen du cloud. Côté matériel, les semi-conducteurs – piliers de l’IA et des objets connectés – proviennent majoritairement de Taïwan (TSMC) ou de Corée du Sud (Samsung), tandis que les concepteurs américains (Nvidia, Intel) imposent leurs standards.
Les entreprises chinoises, quant à elles, ont conquis des parts de marché significatives via des stratégies agressives. Le rapport de Mario Draghi, ancien président du Conseil italien, souligne que « la majeure partie de l’écart récent de croissance du PIB entre l’UE et les États-Unis s’explique par les technologies numériques ». Une situation qui a poussé Bruxelles à agir, d’autant que l’IA représente aujourd’hui la prochaine révolution industrielle.
Le paquet technologique de la Commission : une feuille de route en quatre volets
Le projet législatif dévoilé par Bruxelles repose sur quatre piliers principaux. Le premier concerne le cloud, avec une réforme des marchés publics. Dès maintenant, les autorités devront classer leurs besoins en quatre niveaux de souveraineté numérique. Pour les secteurs sensibles – défense, santé, énergie –, l’accès aux marchés publics sera réservé aux fournisseurs européens. « Bâtir une véritable souveraineté européenne en matière de cloud et d’IA aurait dû être fait depuis longtemps », estime Axel Voss, eurodéputé allemand (PPE).
Deuxième axe : les semi-conducteurs. Malgré l’échec du premier Chips Act, qui n’a pas réussi à relocaliser significativement la production de puces, la Commission mise désormais sur la demande. Les secteurs clés comme l’automobile seront incités à diversifier leurs fournisseurs pour éviter les risques liés au dumping chinois. « Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre de producteurs subventionnés par Pékin », a rappelé un responsable européen sous couvert d’anonymat.
Troisième pilier : l’intelligence artificielle. Avec un marché dominé par OpenAI, Anthropic ou DeepSeek, l’UE cherche à soutenir ses acteurs locaux, comme Mistral AI. Une préférence dans les contrats de défense pourrait leur donner un coup de pouce décisif. Enfin, le quatrième volet porte sur les technologies open source, perçues comme un moyen de contourner le paysage fragmenté du numérique européen.
Des défis structurels persistants
Malgré ces ambitions, l’UE part avec un retard considérable. D’abord sur les infrastructures : les centres de données nécessaires pour soutenir l’essor de l’IA se heurtent à des freins administratifs, des coûts énergétiques élevés et un manque de terrains disponibles. « L’Europe ne peut pas se sortir de la dépendance technologique uniquement par la régulation », a souligné Matthias Ecke, eurodéputé allemand (S&D), lors d’une conférence de presse. « Elle doit développer ses propres capacités et rétablir un véritable choix pour les entreprises et les consommateurs. »
Autre obstacle : la dépendance aux États-Unis. L’UE a annoncé son intention de rejoindre Pax Silica, une initiative américaine visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en puces. Un paradoxe pour Bruxelles, qui cherche précisément à réduire sa dépendance. « Nvidia a tendance à construire un écosystème fermé, dont il est difficile de s’extraire », ont alerté plusieurs régulateurs européens. Une réalité qui illustre la complexité du défi : même en voulant s’affranchir des superpuissances, l’Europe reste contrainte par leurs acteurs.
Des représailles de Washington ou Pékin à craindre ?
La question des sanctions est au cœur des débats. L’histoire récente a montré que les États-Unis n’hésitent pas à utiliser leur domination technologique comme levier géopolitique. En 2023, après l’émission d’un mandat d’arrêt par la Cour pénale internationale contre le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, Washington avait sanctionné plusieurs responsables de la CPI, les privant d’accès à des services comme Visa ou Amazon. Un rappel brutal de la vulnérabilité européenne.
Pourtant, selon plusieurs sources au sein de la Commission, les tensions avec les États-Unis se sont apaisées ces dernières semaines. L’accord de Turnberry, signé en mars 2026, pencherait en faveur de Washington, mais les discussions en coulisses seraient plus constructives qu’en apparence. Côté chinois, les relations avec Bruxelles sont au plus bas, avec des menaces de conflit commercial qui pèsent sur l’ensemble des échanges. « Aucune des deux superpuissances ne peut se permettre de perdre l’accès au marché européen, l’un des plus lucratifs au monde », analyse l’expert en géopolitique Mark Leonard. Une dépendance réciproque qui limite – pour l’instant – les risques d’escalade.
« 80 % des technologies viennent de l’extérieur de l’Europe. Nous ne changerons pas cela du jour au lendemain », a tempéré Henna Virkkunen. Reste à savoir si ce plan, bien que tardif, suffira à inverser la tendance. Une chose est sûre : dans la course technologique mondiale, chaque année compte.
Selon Euronews FR, cette démarche s’explique par des raisons géopolitiques et économiques. D’une part, les tensions commerciales et les sanctions unilatérales (comme celles imposées par les États-Unis à la Cour pénale internationale) ont révélé la vulnérabilité de l’Europe face à des dépendances considérées comme stratégiques. D’autre part, l’écart de croissance du PIB entre l’UE et les États-Unis s’explique en grande partie par un retard dans les technologies numériques, notamment l’intelligence artificielle, dominée par des acteurs américains et chinois.
Plusieurs freins structurels persistent. D’abord, la domination des géants américains et chinois sur les infrastructures clés (cloud, puces, IA). Ensuite, les retards accumulés dans la construction de centres de données, en raison de procédures administratives lentes et de coûts énergétiques élevés. Enfin, l’absence d’un marché unique européen véritablement intégré et l’accès limité aux capitaux, qui poussent les start-up à s’expatrier. Malgré ces défis, l’UE mise sur des atouts comme ASML (machines de production de puces) et les technologies open source pour combler son retard.