Trois mois après la disparition de Nathan Allman, fondateur et ancien PDG d’Ondo Finance, sa mère, Kathleen Allman, engage une procédure judiciaire pour récupérer le contrôle du protocole spécialisé dans la tokenisation d’actifs du monde réel. Selon Cryptoast, elle accuse l’actuel PDG, Ian De Bode, d’avoir illégalement pris les rênes de l’entreprise en s’autoproclamant à la tête d’Ondo sans validation du conseil d’administration.

Ce qu'il faut retenir

  • Nathan Allman, fondateur et unique administrateur d’Ondo Finance, est décédé en mai 2026, laissant l’entreprise sans direction officielle.
  • Kathleen Allman, représentante légale de sa succession, demande la révocation d’Ian De Bode, qu’elle accuse d’avoir pris le contrôle illégalement.
  • Trois documents judiciaires ont été déposés auprès de la Cour de chancellerie du Delaware pour trancher le différend sur la gouvernance d’Ondo.
  • Le token ONDO s’échange à 0,35 $, en baisse de 7,2 % sur 24 heures, tandis que la capitalisation du projet atteint 1,7 milliard de dollars.
  • Parmi les investisseurs d’Ondo figurent Founders Fund de Peter Thiel, Coinbase Ventures et Tiger Global, qui avaient participé à une levée de fonds de 20 millions de dollars en 2022.

Un vide juridique exploité par le président en place

La disparition de Nathan Allman, qui cumulait les fonctions de PDG, d’administrateur unique et d’actionnaire de contrôle, a plongé Ondo Finance dans une situation de gouvernance instable. Ses droits de vote ont été intégrés à sa succession, en attendant la nomination d’un représentant légal. C’est dans ce contexte que Ian De Bode, alors président du protocole, s’est autoproclamé PDG sans validation du conseil d’administration, selon les documents déposés auprès de la justice américaine.

Il aurait également tenté de s’imposer comme unique administrateur via un accord de vote, avant de prendre des décisions structurantes : recrutement de conseillers, attribution de primes de performance et nomination d’un nouvel administrateur. Ces manœuvres ont conduit Kathleen Allman, désignée représentante légale de la succession par un tribunal d’Hawaï le 26 juin 2026, à engager une procédure pour faire valoir ses droits.

Kathleen Allman réclame la direction et la révocation du PDG en place

Kathleen Allman affirme désormais détenir une participation votante de contrôle, bien que le montant exact de cette participation reste caviardé dans les documents publics. Après avoir tenté une transition coopérative, elle a élargi le conseil d’administration et voté, le 24 juillet 2026, la révocation de Ian De Bode de toutes ses fonctions. Elle s’est ensuite nommée présidente et PDG par intérim, dans l’attente d’une décision judiciaire définitive.

La plainte déposée par sa succession demande également à la justice d’empêcher toute opération ou décision majeure jusqu’à ce que le différend soit tranché. L’incertitude sur la gouvernance actuelle d’Ondo pourrait en effet perturber contrats, dépenses et émissions de titres, soulignent les documents judiciaires. Pour l’heure, seule la version de la succession Allman a été rendue publique, sans que la défense de Ian De Bode n’ait encore été exposée en détail.

« Les revendications de Mme Allman sont sans fondement et cela apparaîtra clairement au tribunal. L’entreprise continue de bénéficier du soutien de ses principaux actionnaires, y compris ses investisseurs de premier plan et la Fondation Ondo. »
— Ian De Bode, PDG d’Ondo Finance

Un écosystème fragilisé par l’incertitude politique

Ondo Finance, qui se positionne comme un leader de la tokenisation d’actifs réels (RWA), traverse une période délicate. Le protocole a récemment lancé son propre réseau dédié aux marchés financiers on-chain et commercialise des tokens adossés à des bons du Trésor américain, comme l’USDY et l’OUSG. Ces produits visent à créer un pont entre la finance traditionnelle et la blockchain, un secteur en pleine expansion mais confronté à des régulations encore floues.

Sur les marchés, le token ONDO affiche une capitalisation boursière de 1,7 milliard de dollars, loin de son sommet historique de 1,93 milliard atteint en décembre 2024. La baisse de 7,2 % sur 24 heures et de 14,7 % sur une semaine reflète l’inquiétude des investisseurs face à l’instabilité actuelle de la gouvernance. Le protocole doit désormais faire face à deux enjeux majeurs : la résolution rapide du conflit interne et la préservation de la confiance de ses partenaires historiques.

Un soutien des investisseurs historiques, mais une issue judiciaire incertaine

Parmi les principaux actionnaires d’Ondo figurent des fonds de capital-risque de premier plan, tels que Founders Fund de Peter Thiel, Coinbase Ventures, Tiger Global et Wintermute. Ces investisseurs, qui avaient participé à la levée de 20 millions de dollars en Series A en 2022, ont réaffirmé leur soutien à l’entreprise malgré la crise actuelle. Leur position pourrait jouer un rôle clé dans la résolution du conflit, en influençant la décision des juges ou en facilitant un compromis interne.

Cependant, la procédure judiciaire, engagée devant la Cour de chancellerie du Delaware, pourrait s’étendre sur plusieurs mois. La justice devra trancher sur la légitimité des actions de Ian De Bode et déterminer si Kathleen Allman est bien habilitée à représenter la succession de son fils. En attendant, les deux parties ont des intérêts divergents : l’une cherche à stabiliser la gouvernance, l’autre à défendre sa position au sommet de l’entreprise.

Et maintenant ?

La prochaine étape judiciaire reste la plus attendue : la Cour de chancellerie du Delaware devrait examiner les arguments des deux parties dans les prochaines semaines. Une audience accélérée a été réclamée par le conseil d’administration dirigé par Kathleen Allman, afin d’éviter tout impact négatif sur les opérations courantes d’Ondo Finance. Par ailleurs, les investisseurs historiques pourraient jouer un rôle de médiateur pour trouver une solution négociée, bien que leur intervention ne soit pas encore confirmée. Enfin, le marché du token ONDO restera sous surveillance, son cours dépendant largement de la résolution de cette crise de gouvernance.

En conclusion, la bataille pour le contrôle d’Ondo Finance illustre les défis liés à la gouvernance des entreprises blockchain, où les fondateurs charismatiques laissent souvent place à des luttes de pouvoir internes. Alors que le protocole tente de s’imposer comme un acteur majeur de la tokenisation d’actifs réels, l’issue de ce conflit déterminera non seulement son avenir, mais aussi la crédibilité d’un secteur encore en quête de maturité.

La tokenisation d’actifs réels (RWA, Real World Assets) consiste à représenter des actifs traditionnels — comme des immobilisations, des actions ou des obligations — sous forme de tokens sur une blockchain. Ce procédé permet d’améliorer la liquidité, la transparence et l’accessibilité de ces actifs, tout en les intégrant à l’écosystème décentralisé. Des protocoles comme Ondo Finance misent sur cette technologie pour créer un pont entre la finance traditionnelle et la blockchain.