Emmanuel Macron et Donald Tusk se retrouvent ce lundi à Gdansk, en Pologne, pour un sommet bilatéral visant à concrétiser un rapprochement stratégique entre les deux pays. Selon Le Figaro, cette rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par des incertitudes croissantes sur la solidarité transatlantique et à un an d’échéances électorales cruciales dans les deux nations.
Ce qu'il faut retenir
- Les deux dirigeants doivent signer des partenariats militaires, dont des accords sur la dissuasion nucléaire française, élargie à huit pays européens.
- Ce sommet s’appuie sur le traité franco-polonais d’amitié et de coopération renforcée signé le 9 mai 2025 à Nancy.
- La Pologne, bien que très attachée à sa relation avec les États-Unis, renoue avec la France après des années de tensions sous le gouvernement du PiS.
- Les discussions portent aussi sur des partenariats concrets, comme des satellites de communication militaire et une centrale nucléaire polonaise.
- À un an des élections en France et en Pologne, ce rapprochement pourrait être perturbé par l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans les deux pays.
Un sommet placé sous le signe de la souveraineté européenne
Ce déplacement à Gdansk n’est pas anodin : Donald Tusk a choisi sa ville natale, symbole des bouleversements européens du XXe siècle, pour accueillir Emmanuel Macron. Entre l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939 et la naissance du syndicat Solidarnosc dans les chantiers navals, cette ville incarne à elle seule la résilience du pays. Les deux dirigeants doivent y sceller une « proximité renforcée », comme l’a qualifiée l’Élysée, à travers des accords concrets.
L’un des axes majeurs de cette rencontre concerne la dissuasion nucléaire française. Emmanuel Macron a proposé d’associer huit pays européens à ce dispositif, dont la Pologne, sous différents formats. Cependant, la décision finale d’emploi de l’arme atomique restera toujours française. « Le président Macron et moi avons des points de vue très proches sur la manière de construire la force de l’Europe (...) la souveraineté de la Pologne, de la France et de l’Europe, et sur la façon de coopérer en matière de sécurité, y compris en utilisant le potentiel nucléaire de la France », a déclaré Donald Tusk vendredi.
Une coopération militaire renforcée face aux menaces extérieures
Les enjeux de sécurité européenne n’ont jamais été aussi pressants. Entre les doutes sur la cohésion de l’Otan, exacerbés par les tensions avec Donald Trump sur la question iranienne, et la menace militaire russe aux portes du continent, après quatre ans de guerre en Ukraine, la nécessité d’une défense européenne autonome s’impose. L’Élysée évoque une « intimité stratégique renforcée », tandis que la France propose une dissuasion « avancée », incluant la participation conventionnelle de forces alliées aux activités nucléaires françaises, comme des exercices conjoints de frappes.
« L’un des objectifs de ce sommet sera de poursuivre cette discussion », a confirmé l’Élysée. Cet « épaulement conventionnel » pourrait porter sur « l’alerte avancée, la défense aérienne et les frappes dans la profondeur ». À un an de la fin de son mandat, Emmanuel Macron fait de la souveraineté européenne une priorité, face aux crises internationales récurrentes, de l’Ukraine au Moyen-Orient.
La Pologne entre fidélité à l’Amérique et rapprochement avec la France
Bien que la Pologne ait renoué avec la France après des années de glaciation sous le gouvernement nationaliste du PiS, son attachement aux États-Unis reste profond. « Elle reste fondamentalement très attachée à la relation avec les États-Unis », souligne un diplomate européen cité par l’AFP. Varsovie a en effet engagé une modernisation massive de ses armées, avec des commandes pharaoniques d’avions de combat F-35, d’hélicoptères d’attaque Apache, de missiles Patriot et de chars Abrams, tous américains.
Pour autant, la France mise sur des partenariats concrets. Plusieurs accords devraient être signés lundi, notamment sur les satellites de communication militaire. Le groupe EDF espère également plaider sa cause dans l’appel d’offres pour une deuxième centrale nucléaire polonaise, où il est en compétition avec l’américain Westinghouse, le sud-coréen KHNP et le canadien AtkinsRéalis.
Un sommet stratégique à l’aube d’élections déterminantes
Ce sommet prend une dimension particulière à un an de l’élection présidentielle française et des législatives polonaises. Ces scrutins pourraient voir l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir à Paris et le retour des nationalistes à Varsovie. « En Pologne, il y a le sentiment qu’il faut faire le plus possible dans la relation franco-polonaise et créer une certaine quantité de faits très accomplis parce que dans un an le climat peut changer », explique Lukasz Maslanka, chercheur au Centre for Eastern Studies (OSW) à Varsovie.
Pour Donald Tusk, afficher sa proximité avec la France, « à un moment où le couplage de sécurité transatlantique est quand même très branlant », peut aussi constituer « un argument de campagne », selon un diplomate cité par Le Figaro. Le Premier ministre polonais mise sur ce rapprochement pour consolider sa position face à Viktor Orbán, dont la défaite récente en Hongrie a été saluée par Paris.
Pour Emmanuel Macron, ce sommet s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de l’Europe de la défense, face à un contexte international toujours plus incertain. La question reste entière : ces partenariats survivront-ils aux changements politiques à venir ?
Huit pays européens sont associés à la dissuasion nucléaire française, dont la Pologne. Emmanuel Macron a proposé ce partenariat dans le cadre d’une dissuasion « avancée », incluant une participation conventionnelle de forces alliées aux activités nucléaires françaises.
Le traité franco-polonais d’amitié et de coopération renforcée a été signé le 9 mai 2025 à Nancy (est de la France). Ce texte a rehaussé la Pologne au niveau des plus proches alliés de la France, aux côtés de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne.
