Alors que l’insécurité alimentaire persiste à Madagascar, 1,8 million de personnes se trouvent actuellement dans une « situation très préoccupante » selon les dernières estimations rapportées par RFI. Cette crise touche principalement les régions du Sud et du Sud-Est du pays, où les récoltes sont régulièrement perturbées par les aléas climatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 1,8 million de personnes en insécurité alimentaire grave dans le Sud et le Sud-Est de Madagascar
  • Les récoltes sont retardées par les effets du changement climatique dans ces zones historiquement négligées
  • Les acteurs humanitaires subissent une baisse des financements internationaux
  • La situation s’inscrit dans un contexte de précarité structurelle pour les populations locales

Selon les déclarations de Tania Goossens, représentante du Programme alimentaire mondial (PAM) à Madagascar, cette situation reflète une tendance récurrente, alimentée par des retards agricoles liés aux variations climatiques. « Les populations du Sud et du Sud-Est subissent de plein fouet les conséquences des sécheresses prolongées et des précipitations irrégulières », a-t-elle précisé. Ces phénomènes, aggravés par l’isolement géographique de ces territoires, rendent l’accès à la nourriture encore plus difficile pour des milliers de ménages.

Les régions concernées, déjà marquées par un historique de sous-investissement public, voient leurs moyens de subsistance s’éroder. Les cultures de base, comme le manioc ou le maïs, voient leurs rendements chuter, plongeant les communautés dans une vulnérabilité accrue. Les acteurs locaux, souvent dépendants de l’aide extérieure, peinent à compenser ces pertes. « Les financements internationaux, déjà en baisse, ne suffisent plus à couvrir l’ensemble des besoins », a souligné Tania Goossens.

Un cercle vicieux alimenté par le changement climatique

Le changement climatique joue un rôle central dans l’aggravation de cette crise. Les météorologues locaux enregistrent une augmentation des épisodes de sécheresse dans le Grand Sud malgache, où les sols, fragilisés, ne parviennent plus à retenir l’humidité nécessaire aux cultures. « Les habitants des zones rurales n’ont plus les marges de manœuvre pour absorber ces chocs », explique un rapport interne du PAM consulté par RFI. Les stocks alimentaires s’amenuisent, et les prix flambent, rendant l’accès à la nourriture encore plus difficile pour les populations les plus pauvres.

Les régions du Sud et du Sud-Est, souvent qualifiées de « zones grises » en raison de leur enclavement, subissent un double désavantage : l’éloignement des centres économiques et une faible couverture des services publics. Les infrastructures routières défaillantes compliquent davantage l’acheminement de l’aide humanitaire, déjà ralentie par les restrictions budgétaires des bailleurs de fonds internationaux.

Des acteurs humanitaires sous pression

Les organisations humanitaires, dont le PAM, tentent de pallier cette situation, mais elles font face à un environnement financier de plus en plus tendu. « La baisse des contributions des États et des donateurs limite notre capacité d’intervention », a indiqué Tania Goossens. En 2025, le PAM a dû réduire ses rations alimentaires dans plusieurs districts du Sud, faute de ressources suffisantes. Cette décision a touché des centaines de milliers de personnes, selon les estimations internes.

Les appels à l’aide internationale se multiplient, mais les réponses restent inégales. Certains pays donateurs, confrontés à leurs propres crises économiques, réduisent leurs engagements. D’autres, comme l’Union européenne, maintiennent des programmes ciblés, mais ceux-ci ne couvrent qu’une partie des besoins. « On assiste à une fragmentation de l’aide, ce qui complique la coordination sur le terrain », a relevé un responsable d’ONG basé à Antananarivo.

Et maintenant ?

Pour les prochains mois, la situation devrait rester critique si aucune mesure d’urgence n’est prise. Le PAM a prévu de lancer de nouveaux appels à financements d’ici juin 2026, mais leur succès dépendra de la mobilisation des bailleurs. Côté malgache, le gouvernement a annoncé des plans de résilience climatique, sans préciser cependant les financements alloués à ces projets. Autant dire que les populations les plus vulnérables ne verront pas de changement immédiat.

Les prochaines récoltes, attendues à partir d’avril-mai 2026, seront déterminantes. Si les conditions météorologiques s’améliorent, une amélioration partielle de la situation pourrait être observée. Dans le cas contraire, l’insécurité alimentaire pourrait s’étendre à d’autres régions du pays.

Cette crise illustre une fois de plus les défis posés par le changement climatique dans les pays les moins responsables de ses effets, mais les plus touchés. Alors que les mécanismes de solidarité internationale peinent à suivre, la question reste entière : jusqu’à quand les populations malgaches pourront-elles compter sur une aide extérieure pour survivre ?

Les régions du Sud et du Sud-Est du pays, notamment les zones rurales de l’Androy, du Atsimo-Andrefana et de l’Anosy, sont les plus affectées. Ces territoires, historiquement délaissés par les pouvoirs publics, subissent des sécheresses récurrentes et un accès limité aux infrastructures.