Le Mali, autrefois présenté comme la locomotive de l’Alliance des États du Sahel (AES), traverse une crise sécuritaire sans précédent depuis septembre 2025. Selon Courrier International, le pays, dirigé par le colonel Assimi Goïta, subit des attaques coordonnées du JNIM (affilié à Al-Qaïda) et du Front de libération de l’Azawad (FLA), remettant en cause sa stabilité et son rôle de leader régional.
Ce qu'il faut retenir
- Le Mali, cœur historique de l’AES, subit une dégradation sécuritaire accélérée depuis septembre 2025, avec un blocus imposé par le JNIM autour de Bamako.
- L’offensive conjointe du JNIM et du FLA, lancée le 25 avril 2026, a coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et entraîné la perte symbolique de Kidal.
- La question identitaire de l’Azawad, non résolue, et l’affaiblissement structurel de l’État malien aggravent la crise, tandis que l’engagement russe montre ses limites.
- Les analystes soulignent l’échec des solutions purement militaires et l’urgence de réformes profondes pour briser le cycle de la violence.
Jusqu’à récemment, Bamako incarnait la stabilité au sein de l’AES, une alliance regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Assimi Goïta, moins médiatique que ses homologues burkinabè ou nigériens, était perçu comme un dirigeant sérieux, focalisé sur les défis sécuritaires. Pourtant, depuis l’automne 2025, la situation a radicalement changé. Les groupes armés, désormais alliés, multiplient les attaques sur l’ensemble du territoire, forçant les autorités à se recentrer sur la défense intérieure.
Le tournant est intervenu en septembre 2025, lorsque le JNIM a instauré un blocus économique autour de Bamako. Les axes routiers menant à la capitale ont été coupés, privant la ville de carburant et de vivres. Les images des files d’attente interminables devant les stations-service, ainsi que des camions-citernes incendiés par les terroristes, ont marqué les esprits. Cette stratégie d’asphyxie visait à fragiliser le régime en créant une crise humanitaire et logistique.
Le point d’orgue de cette offensive a été atteint le 25 avril 2026. Le JNIM et le FLA ont lancé une attaque coordonnée contre sept villes maliennes, dont Kidal, chef-lieu du nord-est du pays. La perte de cette ville, symbole de la présence étatique dans la région, a constitué un choc. Elle s’est accompagnée de la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et d’une tentative d’exfiltration d’urgence d’Assimi Goïta depuis la ville de Kati. Bien que le régime ait survécu à cette épreuve, l’humiliation reste cuisante : les quelque 400 mercenaires russes présents à Kidal ont dû être évacués sous la menace du FLA, illustrant l’incapacité des forces pro-gouvernementales à tenir le terrain.
Un conflit identitaire instrumentalisé par les groupes armés
Le Mali paie aujourd’hui le prix d’un conflit identitaire ancien et non résolu. Contrairement au Burkina Faso et au Niger, le pays est confronté à une question touarègue toujours ouverte. Cette fracture, qui oppose Bamako aux communautés du Nord, affaiblit l’unité nationale nécessaire pour lutter contre les djihadistes. Le JNIM en a fait un terreau fertile pour son recrutement, exploitant les sentiments d’exclusion et de marginalisation des populations touarègues.
Par ailleurs, l’État malien souffre d’une déliquescence avancée. Son incapacité à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire – du fleuve Niger aux frontières algériennes – a favorisé l’émergence d’autorités parallèles, qu’elles soient coutumières ou religieuses. Ces vides institutionnels ont permis la prolifération de réseaux criminels, engagés dans des trafics transfrontaliers (orpaillage illégal, armes, bétail, contrebande). Cette situation n’est pas nouvelle : elle plonge ses racines dans les faiblesses structurelles du pays, remontant aux mandats d’Amadou Toumani Touré (ATT). Pourtant, depuis le coup d’État de 2020, les autorités de transition n’ont pas su inverser la tendance, bien au contraire.
L’échec russe et l’impasse politique
Parmi les trois pays de l’AES, le Mali est celui qui a le plus misé sur l’aide russe pour restaurer la sécurité. Les mercenaires de Wagner (devenus Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine) étaient censés combler les lacunes des forces locales. Mais en pratique, leur intervention n’a pas permis de contenir la progression des groupes djihadistes. Pire : leurs méthodes brutales, incluant de nombreuses bavures contre les civils, ont nourri de nouveaux ressentiments, que les terroristes exploitent pour élargir leur base.
L’humiliation subie à Kidal le 25 avril 2026 en est la preuve la plus flagrante. Les images des mercenaires russes en fuite, sous escorte du FLA, ont marqué un tournant dans la perception de leur rôle. Plutôt que de renforcer la stabilité, leur présence est devenue un catalyseur de colère, alimentant la propagande des groupes armés. « L’échec russe au Mali est patent », résume un analyste cité par Courrier International. « Contrairement à la Centrafrique, où Wagner avait obtenu une accalmie précaire, le désert malien exige une autre approche, plus ancrée localement. »
Une réponse militaire insuffisante
Face à cette situation, les observateurs s’accordent sur un constat : une solution purement militaire est vouée à l’échec. Les causes profondes de l’instabilité malienne – frustrations socio-économiques, marginalisation politique, conflits identitaires – ne peuvent être résolues par les armes seules. « Sans réformes profondes dans la gouvernance des territoires, la justice locale et la gestion des ressources naturelles, les groupes armés continueront de recruter », explique un expert en sécurité.
Pourtant, le régime d’Assimi Goïta peine à initier ces réformes. Son attention est accaparée par la survie du pouvoir, et sa capacité à diagnostiquer – encore moins à résoudre – les problèmes structurels semble limitée. « Le Mali a besoin non seulement d’alliés militaires, mais d’un État qui gouverne, d’une économie dynamique et d’une politique inclusive », souligne Boubacar Sanso Barry, auteur de l’article. Une équation complexe, dans laquelle l’actuel gouvernement n’a pas encore démontré sa capacité à s’engager.
Une chose est sûre : la dégradation sécuritaire au Mali dépasse désormais le cadre national. Elle interroge la viabilité même de l’AES, dont les ambitions initiales semblent aujourd’hui bien lointaines. Dans un Sahel où chaque pays lutte pour sa survie, la chute du Mali pourrait devenir le maillon faible d’un front déjà fragilisé.
Selon Courrier International, cette offensive conjointe visait à maximiser l’impact psychologique et militaire en frappant simultanément plusieurs villes, dont Kidal, symbole de la présence étatique. Le choix de cette date pourrait aussi coïncider avec une période de faiblesse perçue du régime, après des mois de blocus économique autour de Bamako. Les groupes armés cherchaient ainsi à démontrer leur capacité à déstabiliser le pouvoir central.