Au Mali, la situation sécuritaire s’est encore dégradée ces derniers jours avec une multiplication des offensives menées par les groupes armés djihadistes, notamment le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM). Selon France 24, ces groupes ont pris le contrôle de plusieurs localités ces derniers jours, exploitant les faiblesses des dispositifs militaires en place. La junte malienne, dirigée par le colonel Assimi Goïta, se trouve ainsi sous une pression accrue, alors que les combats s’étendent au-delà des zones traditionnellement touchées par l’insurrection.
Dans ce contexte, Wassim Nasr, journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes, a analysé les évolutions récentes. Comme il l’explique, les mercenaires russes du groupe Africa Corps, présents au Mali depuis plusieurs mois, ont opéré un repli stratégique depuis le nord du pays. Ce mouvement, confirmé par plusieurs sources, marque un recentrage des forces russes autour de Bamako, la capitale, où elles semblent désormais se concentrer sur la protection de la junte plutôt que sur des opérations militaires actives.
Ce qu'il faut retenir
- Le FLA et le JNIM ont mené des attaques ayant abouti à la prise de plusieurs villes ces derniers jours, selon les informations rapportées par France 24.
- Les mercenaires russes du groupe Africa Corps ont quitté le nord du Mali sans engagement direct, recentrant leurs effectifs sur Bamako.
- Cette stratégie pourrait indiquer des arrangements tacites entre la junte et certains groupes armés, comme le suggère l’analyse de Wassim Nasr.
Une junte sous pression face à l’avancée des groupes djihadistes
Les dernières semaines ont été marquées par une recrudescence des violences dans plusieurs régions du Mali, notamment dans le nord et le centre du pays. Les groupes armés, en particulier le JNIM, affilié à Al-Qaïda, et le FLA, un mouvement indépendantiste touareg, profitent des divisions internes et de la fragilité des forces maliennes pour étendre leur emprise territoriale. Selon les observateurs, ces offensives reflètent une stratégie de guérilla visant à épuiser les ressources de l’État malien et à fragiliser davantage la junte.
La junte, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2020 puis consolidée en 2021, peine à rétablir une stabilité durable. Malgré le soutien de forces étrangères, comme les mercenaires russes d’Africa Corps, les autorités maliennes peinent à contenir la menace djihadiste. La décision des mercenaires russes de se replier vers Bamako interroge, alors que leur présence était initialement justifiée par la lutte contre les groupes armés.
Un repli des mercenaires russes qui intrigue
L’annonce du retrait des mercenaires russes du nord du Mali a suscité de nombreuses interprétations. Wassim Nasr, spécialiste reconnu des mouvements djihadistes, a indiqué que ce mouvement pourrait révéler des accords informels entre la junte et certains groupes armés. « Les soldats russes se sont retirés sans affrontement, ce qui laisse penser à des arrangements tacites avec des factions locales », a-t-il précisé. Cette hypothèse, bien que non confirmée officiellement, s’inscrit dans un contexte où la junte cherche à consolider son pouvoir, quitte à négocier avec des acteurs qu’elle combattait auparavant.
Cette stratégie, si elle est avérée, marquerait un tournant dans la gestion de la crise malienne. Elle soulève cependant des questions sur la viabilité à long terme d’une telle approche, alors que les groupes djihadistes restent actifs et déterminés à imposer leur vision radicale. Par ailleurs, cette situation pourrait aussi influencer les relations du Mali avec ses partenaires internationaux, notamment la France et les pays de la CEDEAO, qui ont longtemps soutenu Bamako dans la lutte antiterroriste.
La communauté internationale, quant à elle, observe avec attention ces développements. Une réunion des partenaires du Mali est attendue dans les prochains jours, selon des sources diplomatiques, pour évaluer l’évolution de la crise et les moyens d’y répondre. Reste à savoir si les acteurs régionaux et internationaux parviendront à proposer une offre politique nouvelle, capable de briser l’impasse actuelle.