En 2025, le marché de la restauration en France a enregistré une croissance de son chiffre d’affaires de 4,3 %, atteignant 128 milliards d’euros, selon BFM Business. Pourtant, cette performance contraste avec une fréquentation en hausse de seulement 1 %, soit le plus faible niveau depuis la période post-Covid. Une étude du cabinet Gira conseil, publiée mardi 26 mai 2026, qualifie cette année de « bascule » et de « sélection naturelle » pour un secteur en pleine mutation.

Ce qu'il faut retenir

  • Croissance du chiffre d’affaires : +4,3 % en 2025, soit 128 milliards d’euros pour l’ensemble du marché.
  • Fréquentation atone : +1 % seulement, la plus faible hausse depuis la sortie de la crise sanitaire.
  • Concurrence accrue : 415 500 points de vente en 2025, en hausse de 2,1 %, mais polarisation marquée entre les acteurs performants et ceux en difficulté.
  • Baisse de la part des restaurants traditionnels : 44 % du chiffre d’affaires captés par les établissements avec service à table, contre 56 % pour la vente au comptoir (restauration rapide, collective, etc.).
  • Pouvoir d’achat en jeu : L’inflation et la baisse du pouvoir d’achat des Français depuis mi-2025 redessinent les habitudes de consommation.

Un marché en pleine polarisation

Le secteur de la restauration traverse une phase de profonde mutation, marquée par une compétition exacerbée. Selon Bernard Boutboul, directeur du cabinet Gira conseil, « ce n’est pas une année de crise, ce n’est pas une année de reprise. C’est une année de bascule très importante et même de sélection naturelle ». Sur les quelque 415 500 points de vente recensés en 2025, la fréquentation stagne, tandis que les acteurs se divisent en deux catégories : 60 % surperforment avec une hausse de fréquentation comprise entre 8 % et 15 %, tandis que les 40 % restants subissent des reculs allant de -10 % à -30 %.

Cette situation s’explique en partie par l’ouverture de 130 nouveaux établissements pour 100 fermetures annuelles. « On est aujourd’hui sur un marché saturé, mais cette saturation ne touche pas les restaurants traditionnels avec service à table, qui ne se développent pas », précise Bernard Boutboul. En réalité, ce sont les formules rapides et les commerces alimentaires alternatifs qui tirent leur épingle du jeu, profitant d’un contexte inflationniste qui pèse sur le pouvoir d’achat des Français.

La restauration rapide et les boulangeries en tête des parts de marché

La répartition du chiffre d’affaires reflète cette recomposition du secteur. Toujours selon l’étude de Gira conseil, la restauration commerciale (chaînes, groupes, indépendants, bars-brasseries) capte 58,7 % du marché, devant les commerces alimentaires alternatifs (boulangeries, stations-services, grandes surfaces) avec 19,8 %. La restauration collective arrive en troisième position (17,3 %), suivie par la restauration hôtelière (3,9 %) et la restauration automatique (0,2 %).

Au sein de la restauration hors domicile, les établissements traditionnels avec service à table ne représentent plus que 44 % du chiffre d’affaires, contre 56 % pour la vente au comptoir, incluant la restauration rapide et collective. Bernard Boutboul relève d’ailleurs que « le leader du déjeuner des actifs en France, c’est la boulangerie du coin, que vous soyez en milieu rural ou à Paris ». Ces commerces ont su diversifier leur offre en proposant des plats cuisinés, des quiches, des pizzas ou des salades composées, répondant ainsi aux nouvelles attentes des consommateurs en quête de praticité et de prix maîtrisés.

Des acteurs traditionnels résilients face à la concurrence

Malgré ce paysage concurrentiel, certains restaurants traditionnels parviennent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas des bouillons ou des tables bistronomiques, qui attirent une nouvelle clientèle, notamment les jeunes générations. Leur succès repose sur une offre alliant qualité, accessibilité tarifaire et expérience conviviale, un modèle qui contraste avec la standardisation des chaînes de restauration rapide.

Pour autant, Bernard Boutboul rappelle que cette diversité cache une réalité économique contrastée : « Il y a 100 restaurants qui ferment par an et il y en a 130 qui ouvrent ». Cette dynamique illustre la volatilité du secteur, où l’innovation et l’adaptation au marché deviennent des critères de survie essentiels.

Un contexte économique et social déterminant

L’inflation et la dégradation du pouvoir d’achat des Français depuis le milieu de l’année 2025 jouent un rôle clé dans cette transformation. Les ménages privilégient désormais les solutions les moins onéreuses, comme les boulangeries ou les enseignes de snacking des grandes surfaces. « La hausse des prix des dernières semaines intervient alors que le pouvoir d’achat des Français avait déjà commencé à décrocher », souligne Bernard Boutboul. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de recherche de valeur, où le prix devient un critère de choix aussi important que la qualité ou le service.

Et maintenant ?

Pour 2026, les prévisions restent prudentes. Le cabinet Gira conseil estime que la polarisation du marché devrait s’accentuer, avec une poursuite de la croissance des acteurs performants, tandis que les établissements fragiles pourraient continuer à fermer. La capacité des restaurants traditionnels à se différencier, notamment par une offre créative ou un ancrage local fort, sera déterminante. Reste à voir si la reprise du pouvoir d’achat, attendue pour la fin d’année 2026, permettra un rééquilibrage des habitudes de consommation.

Au-delà des chiffres, cette « année de bascule » interroge sur l’avenir d’un secteur qui, depuis des décennies, incarnait à la fois un pilier de l’économie locale et un symbole de convivialité. La question n’est plus seulement de savoir qui survivra, mais comment le modèle de la restauration, dans sa diversité, saura évoluer pour répondre aux défis économiques et sociaux de demain.

Ce sont principalement les commerces alimentaires alternatifs (boulangeries, stations-services, grandes surfaces) et les chaînes de restauration rapide qui captent la majorité des parts de marché. Ces acteurs représentent désormais 56 % du chiffre d’affaires de la restauration hors domicile, contre 44 % pour les restaurants traditionnels avec service à table.

La stagnation de la fréquentation s’explique par une combinaison de facteurs : l’inflation qui réduit le pouvoir d’achat des Français, la saturation du marché avec une offre pléthorique, et un changement des habitudes de consommation privilégiant des solutions plus rapides et moins chères, comme les boulangeries ou les enseignes de snacking.