Selon RFI, le masculinisme radical n’est plus un phénomène marginal cantonné aux recoins d’Internet. En France, au Royaume-Uni ou encore en Suisse, les services de renseignement multiplient les alertes face à l’émergence de profils de plus en plus jeunes et à une radicalisation accélérée. Autant dire que ce courant, autrefois limité à des cercles restreints, s’installe désormais durablement dans le paysage sociétal européen.

Ce qu'il faut retenir

  • Radicalisation accélérée : les services de renseignement en France, au Royaume-Uni et en Suisse constatent une augmentation des profils jeunes et engagés dans le masculinisme radical.
  • Phénomène transnational : le mouvement n’est plus confiné à Internet, mais s’étend à plusieurs pays européens.
  • Absence de réponse européenne coordonnée : les pays concernés peinent à définir une stratégie commune face à cette radicalisation.
  • Profils diversifiés : les nouveaux adhérents viennent de milieux sociaux variés, avec une tendance marquée chez les jeunes générations.

Une menace désormais tangible pour les services de renseignement

Les rapports des services de renseignement en Europe confirment que le masculinisme radical n’est plus une simple curiosité en ligne. « Ce mouvement évolue rapidement, avec des membres de plus en plus jeunes et une idéologie qui se durcit », a déclaré un responsable anonyme cité par RFI. En France, les services de la DGSI ont noté une augmentation des signalements liés à des discours incitant à la haine ou à la violence envers les femmes, ainsi qu’à des théories complotistes sur l’émancipation féminine.

Au Royaume-Uni, la MI5 a également tiré la sonnette d’alarme. Selon les informations recueillies, plusieurs groupes masculinsistes radicaux seraient en train de se structurer, avec des liens avérés avec des mouvements extrémistes connus. En Suisse, la Service de renseignement de la Confédération (SRC) a confirmé surveiller de près l’activité de ces groupes, notamment dans les cantons romands.

Des profils en mutation : la jeunesse au cœur de la radicalisation

Un des aspects les plus préoccupants pour les autorités est l’évolution des profils des adhérents. Autrefois réservés à des hommes d’âge mûr, souvent isolés et désœuvrés, les mouvements masculinistes radicaux attirent désormais des jeunes, parfois mineurs. « On observe une entrée en radicalité de plus en plus précoce, avec des discours qui se radicalisent via les réseaux sociaux », a expliqué une source proche des services de renseignement français.

Les plateformes comme Telegram, 4chan ou Reddit servent de vecteurs de recrutement et de diffusion de contenus extrémistes. Les algorithmes de ces réseaux amplifient les discours les plus violents, facilitant la propagation de l’idéologie masculiniste radicale. Certains groupes, comme MGTOW (Men Going Their Own Way) ou Incel, sont particulièrement surveillés pour leur rhétorique misogyne et leur potentiel violent.

Un vide juridique et politique face à l’émergence du phénomène

Face à cette montée en puissance, les États européens peinent à apporter une réponse adaptée. En France, aucune loi spécifique ne cible directement le masculinisme radical, contrairement aux mouvements djihadistes ou d’extrême droite. Les autorités s’appuient sur des textes existants, comme la loi contre les discours de haine ou celle sur l’apologie du terrorisme, mais ces outils montrent leurs limites.

En Suisse, une proposition de loi visant à mieux encadrer les discours incitant à la haine a été déposée en 2025, mais elle n’a pas encore abouti. Au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé un renforcement des moyens alloués à la lutte contre l’extrémisme en ligne, mais les résultats concrets tardent à se faire sentir. « Il y a un décalage entre l’urgence et les moyens mis en œuvre », a souligné un chercheur en sciences politiques interrogé par RFI.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient être décisifs pour les services de renseignement européens. Une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne est prévue pour septembre 2026, avec à l’ordre du jour la lutte contre l’extrémisme masculiniste. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, devraient proposer des mesures communes, comme un renforcement de la coopération judiciaire ou une meilleure régulation des plateformes en ligne. Reste à voir si ces initiatives suffiront à endiguer la radicalisation de ce mouvement.

Pour l’instant, les autorités restent prudentes. « On surveille de près l’évolution de ces groupes, mais il est encore trop tôt pour parler d’une menace comparable à l’extrémisme islamiste ou d’extrême droite », a tempéré une source gouvernementale française. Le risque, selon les experts, est que le masculinisme radical continue de gagner en influence, notamment auprès des jeunes générations, en l’absence d’une réponse politique et sociétale adaptée.

Le masculinisme radical est un courant idéologique qui prône la supériorité des hommes sur les femmes, souvent de manière violente ou misogyne. Il s’oppose aux mouvements féministes et peut prendre des formes extrêmes, comme l’incitation à la haine ou à la violence.