Plus de 200 signalements de faux médecins pratiquant des injections esthétiques illégalement ont été enregistrés par l’Ordre des médecins en 2025, selon Franceinfo - Santé. Une pratique en forte croissance, alimentée par les réseaux sociaux, qui expose les patients à des risques sanitaires majeurs, allant jusqu’à des nécroses, des infections graves, voire le décès. Les autorités sanitaires alertent sur l’ampleur du phénomène, alors que les produits comme le botox ou l’acide hyaluronique ne sont réservés qu’aux médecins habilités.
Ce qu'il faut retenir
- 200 signalements en un an pour exercice illégal de la médecine esthétique, selon l’Ordre des médecins.
- Deux décès récents en France liés à des injections clandestines.
- Des victimes rapportent des infections, nécroses et séquelles irréversibles après des interventions réalisées par des non-professionnels.
- Les réseaux sociaux servent de vitrine à des pseudo-praticiens proposant des tarifs attractifs et des créneaux quotidiens.
- Le botox et l’acide hyaluronique ne peuvent être injectés légalement que par des médecins diplômés.
Une pratique en plein essor, portée par les réseaux sociaux
Les plateformes comme Instagram ou TikTok regorgent de publicités pour des injections esthétiques à bas coût, réalisées hors cadre médical. Des offres promotionnelles alléchantes, des photos « avant/après » retouchées et des témoignages flatteurs attirent des milliers de clients en quête de résultats rapides et peu onéreux. Pourtant, la loi est claire : seuls les médecins sont autorisés à pratiquer ces actes en France. « La situation devient alarmante, car les victimes sont de plus en plus nombreuses et les conséquences dramatiques », alerte un représentant de l’Ordre des médecins.
Certains pseudo-praticiens n’hésitent pas à organiser des rendez-vous dans des lieux improvisés, comme des appartements ou des salons non médicalisés. Une investigation de Franceinfo - Santé a révélé que certaines injectrices opèrent sans aucun diplôme, affirmant exercer depuis des années. « Aucune n’a de diplôme dans ce domaine, car seuls les médecins sont légitimes. Tout ce qu’on a vu, ce sont des formations en ligne, souvent sans valeur », confie l’une d’elles sous couvert d’anonymat.
Des victimes aux séquelles physiques et psychologiques
Sarah, 30 ans, en témoigne douloureusement. Après avoir subi des injections pour raffermir sa poitrine et ses hanches dans un cabinet clandestin, elle a développé une infection grave, accompagnée de nécrose. « J’ai toute cette partie infectée qui est en train de nécroser. Toucher, c’est granuleux, ce n’est vraiment pas joli. Intimement, c’est un enfer », déclare-t-elle. Son témoignage, recueilli par Franceinfo - Santé, illustre le parcours des victimes de ces pratiques : une prise en charge tardive, des complications médicales persistantes et une détresse psychologique profonde.
Les urgences sont de plus en plus sollicitées pour des cas similaires. Deux femmes sont décédées ces derniers mois en France après des injections réalisées par des non-professionnels. « Les produits utilisés sont souvent de qualité douteuse, voire interdits. Les risques d’allergies, d’embolies ou d’infections sont réels », explique un chirurgien plasticien interrogé par la rédaction. Les victimes doivent parfois subir des interventions chirurgicales correctrices, avec des coûts et des souffrances supplémentaires.
Un marketing agressif et des tarifs attractifs
Les pseudo-praticiens misent sur un marketing coloré et des tarifs défiant toute concurrence. Des offres « nuit spéciale » ou des réductions pour des réservations immédiates sont monnaie courante. Une publication repérée par Franceinfo - Santé proposait jusqu’à 10 créneaux par jour, sans aucune vérification des antécédents médicaux. « Quand nous nous sommes rendus sur place pour un faux rendez-vous, nous avons découvert une salle improvisée dans un appartement. Aucune stérilisation, aucun matériel conforme. La personne était prête à nous injecter sur-le-champ », relate un journaliste ayant mené l’enquête.
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités sanitaires appellent à la vigilance. « Les patients doivent systématiquement vérifier les qualifications du praticien et exiger un certificat médical. Un acte esthétique, même minime, n’est pas anodin », rappelle le Dr. Martin Dupont, membre du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Des conséquences juridiques et des appels à l’action
Cinq mille médecins ont récemment interpellé la ministre de la Santé dans une tribune, demandant des mesures urgentes : « Combien de morts faudra-t-il encore avant que des actions concrètes soient mises en place ? » Les autorités promettent des contrôles renforcés, mais les associations dénoncent un manque de moyens et un flou juridique persistant. « Les peines encourues pour exercice illégal de la médecine sont insuffisantes. Les faux praticiens prennent des risques calculés », souligne un juriste spécialisé.
Parallèlement, des plaintes sont déposées chaque mois contre des salons d’esthétique clandestins. À Nice, une femme de 25 ans est décédée en 2025 après une injection dans un institut non agréé. Trois personnes ont été placées en garde à vue, mais les procédures traînent en longueur, faute de moyens humains et financiers dédiés.
Les victimes, elles, réclament justice et réparation. Sarah, toujours en cours de traitement, espère que son témoignage contribuera à alerter l’opinion publique : « Je ne veux pas que d’autres subissent ce que j’ai vécu. Ces gens jouent avec la santé des gens, et ça, c’est inacceptable. »
En attendant, les autorités appellent à signaler toute activité suspecte via la plateforme Signalement Santé ou auprès des conseils départementaux de l’Ordre des médecins.
En France, seuls les médecins sont autorisés à injecter du botox (toxine botulique) et de l’acide hyaluronique. Ces substances, bien que couramment utilisées en médecine esthétique, présentent des risques si elles sont mal administrées. D’autres produits, comme les fillers permanents ou les injections de graisse, sont également réservés aux professionnels de santé.
Le patient peut demander à consulter le diplôme de médecin du praticien et vérifier son inscription à l’Ordre des médecins via le site conseil-national.medecin.fr. Une salle de consultation conforme, des produits certifiés et un devis détaillé sont également des signes de sérieux. Méfiez-vous des offres trop alléchantes ou des rendez-vous organisés dans des lieux non médicaux.