Selon Euronews FR, l’opérateur portugais Meo, filiale d’Altice Portugal, a engagé une action en justice contre l’État portugais pour obtenir une indemnisation de 81,7 millions d’euros. Cette démarche fait suite à l’exclusion des équipements Huawei de ses réseaux 5G, décidée par les autorités nationales en 2023. Le recours, déposé le 24 avril 2026 devant le Tribunal administratif du cercle de Lisbonne, cible notamment le ministère public et le Centre juridique de l’État.

Ce qu’il faut retenir

  • 81,7 millions d’euros : c’est le montant réclamé par Meo à l’État portugais pour préjudice subi après l’exclusion de Huawei des réseaux 5G.
  • Recours déposé le 24 avril 2026 au Tribunal administratif de Lisbonne contre l’État portugais et ses services juridiques.
  • Décision de 2023 : une délibération de la Commission d’évaluation de la sécurité avait exclu les équipements Huawei pour des raisons de « risque élevé » pour la sécurité nationale.
  • Meo utilisait massivement la technologie Huawei pour son réseau 5G avant cette interdiction.
  • Huawei avait déjà attaqué cette décision dès septembre 2023 devant le même tribunal.

Une exclusion des équipements Huawei motivée par des risques de sécurité

Au cœur du litige se trouve une décision adoptée au premier semestre 2023 par la Commission d’évaluation de la sécurité, relevant du Conseil supérieur de la sécurité du cyberespace portugais. Ce texte soulignait le « risque élevé » lié à l’utilisation d’équipements provenant de pays non membres de l’UE, de l’OTAN ou de l’OCDE, susceptibles d’être soumis à des pressions ou contrôles gouvernementaux étrangers. Sans nommer explicitement Huawei, cette mesure visait en pratique l’entreprise chinoise, comme dans plusieurs autres pays européens.

Selon les informations rapportées par l’agence Lusa, cette délibération évoquait également les risques d’ingérence ou de pression exercés par certains États sur leurs entreprises, notamment via leur ordre juridique national. Une logique qui s’inscrivait dans un mouvement plus large de précaution envers les acteurs technologiques chinois dans les infrastructures critiques.

Meo dénonce des « dommages spéciaux et anormaux »

Dans sa plainte, Meo estime avoir subi des préjudices consécutifs à cette exclusion, qu’elle qualifie de « décisions administratives » l’ayant lésée. L’opérateur, qui faisait partie des principaux utilisateurs de solutions Huawei pour son réseau 5G, souligne avoir dû revoir en urgence sa stratégie de déploiement, entraînant des coûts supplémentaires et des retards dans le développement de ses infrastructures. Les « dommages spéciaux et anormaux » évoqués dans le recours désignent, selon la jurisprudence portugaise, des préjudices qui excèdent les risques économiques normaux encourus par une entreprise.

Le montant de 81,7 millions d’euros réclamé correspond aux pertes financières et aux surcoûts engendrés par cette décision, d’après les estimations internes de l’opérateur. Ce chiffre a été transmis au tribunal via le portail Citius, plateforme judiciaire portugaise, où la procédure est désormais enregistrée.

Huawei et les concurrents de Meo avaient déjà réagi à cette exclusion

Huawei n’a pas attendu le recours de Meo pour contester cette décision. Dès septembre 2023, l’entreprise chinoise avait déposé un recours administratif devant le Tribunal administratif de Lisbonne, comme l’a rapporté Lusa. Neuf mois plus tard, en juin 2024, une source officielle de la Commission d’évaluation de la sécurité indiquait que la procédure suivait « son cours judiciaire », sans préciser d’échéance.

Les autres grands opérateurs portugais n’avaient pas non plus manqué de réagir à cette exclusion. En novembre 2023, Luís Lopes, président exécutif de Vodafone Portugal, qualifiait dans l’Expresso cette décision d’« agressive » par rapport à celles appliquées dans d’autres États membres de l’UE. « Ce n’est pas une très bonne décision », avait-il ajouté, sans pour autant remettre en cause la logique de sécurité sous-jacente.

De son côté, Miguel Almeida, directeur général de NOS, avait souligné lors du 33e Digital Business Congress de l’APDC en mai 2024, que la délibération allait « bien au-delà de ce qui s’est fait en Europe » en termes d’étendue des composants de réseau couverts. Une critique partagée par plusieurs acteurs du secteur, qui jugeaient la mesure excessive.

Un enjeu industriel et géopolitique au cœur du dossier

Cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la présence des équipementiers chinois dans les réseaux de télécommunications européens. Plusieurs pays, dont le Portugal, ont opté pour des restrictions partielles ou totales sur les équipements Huawei, invoquant des risques pour la souveraineté numérique. Ces choix s’inscrivent dans un contexte de montée des préoccupations liées à la cybersécurité et à l’influence étrangère dans les infrastructures critiques.

Pour Meo, l’enjeu est double : obtenir réparation pour les pertes subies, mais aussi faire valoir le caractère disproportionné de la mesure. L’opérateur pourrait s’appuyer sur des arguments juridiques liés à la proportionnalité des restrictions, un principe clé du droit européen. Cependant, le tribunal devra trancher entre les impératifs de sécurité nationale et les droits économiques des entreprises affectées.

Et maintenant ?

La procédure judiciaire pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années, le Tribunal administratif de Lisbonne devant examiner les arguments des deux parties avant de rendre un jugement. Si Meo obtient gain de cause, l’État portugais pourrait être contraint de verser une partie ou la totalité des 81,7 millions d’euros réclamés. À l’inverse, un rejet du recours pourrait renforcer la position des autorités portugaises sur ce dossier sensible.

Par ailleurs, d’autres opérateurs ayant subi des préjudices similaires pourraient être tentés de se joindre à la procédure ou d’engager leurs propres recours. La décision du tribunal sera donc scrutée de près par l’ensemble du secteur des télécommunications au Portugal.

Quant à Huawei, son recours administratif reste en suspens, et son issue pourrait influencer la stratégie juridique des autres acteurs du marché. Pour l’heure, l’entreprise maintient son opposition à l’exclusion de ses équipements, tout en continuant à développer des solutions alternatives pour les opérateurs européens.