Les divergences au sein du Mercosur sur la mise en œuvre de l’accord commercial avec l’Union européenne ont dominé le 68ème sommet des chefs d’État du bloc, organisé mardi à Asuncion, au Paraguay. Selon BFM Business, le président paraguayen Santiago Peña a vivement critiqué les « asymétries » internes qui, selon lui, désavantagent les pays les moins industrialisés du Mercosur dans le partage des bénéfices de l’accord signé en janvier 2025 et entré en vigueur en mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Paraguay dénonce des déséquilibres internes au Mercosur dans la répartition des avantages de l’accord avec l’UE, selon Santiago Peña.
  • L’accord UE-Mercosur, signé en janvier 2025 et appliqué depuis mai 2026, doit encore être ratifié par certains États membres.
  • Le sommet a également marqué la passation de présidence du Mercosur de Santiago Peña (Paraguay) à Yamandú Orsi (Uruguay).
  • Les dirigeants ont exprimé leur solidarité avec le Venezuela, frappé par des séismes la semaine dernière, et soutenu le gouvernement bolivien face à des blocages routiers.
  • Un accord de libre-échange avec le Japon a été lancé, tandis que les négociations techniques avec l’UE ont été abordées.

Un sommet marqué par les tensions sur l’accord UE-Mercosur

Réunis pour le 68ème sommet des chefs d’État du Mercosur à Luque, en banlieue d’Asuncion, les dirigeants du bloc sud-américain ont dû gérer deux dossiers sensibles : la mise en œuvre de l’accord commercial avec l’Union européenne, et les crises internes dans certains de ses membres. Selon BFM Business, le président paraguayen Santiago Peña a ouvert les débats en dénonçant des « déséquilibres au goût amer » dans la répartition des avantages tirés de l’accord avec Bruxelles.

« Le terrain n’est pas égal pour tout le monde. Nous n’avons ni le même marché, ni les mêmes industries, ni la même logistique », a-t-il déclaré, soulignant que trente-cinq ans après la création du Mercosur en 1991, les inégalités persistantes remettaient en cause l’équité du bloc. « À quoi bon négocier avec l’Europe si l’accès à de nouveaux marchés ne sert pas à développer ceux qui ne le sont pas encore ? » a-t-il interrogé, insistant sur la nécessité de résultats concrets pour corriger ces disparités.

Santiago Peña a qualifié la situation de « question de justice », affirmant qu’un Mercosur « sans justice, c’est tout sauf un bloc fraternel ». « Voulons-nous un Mercosur où le plus fort piétine le plus faible ? » a-t-il lancé à ses homologues, avant d’ajouter : « Si le Mercosur veut être crédible à l’extérieur, il doit d’abord être juste à l’intérieur. »

Un accord UE-Mercosur qui divise encore les membres

L’accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne, signé en janvier 2025 après plus de vingt ans de négociations, prévoit des contingents d’importation assortis d’avantages douaniers. Cependant, selon Santiago Peña, la répartition de ces avantages entre les membres du bloc ne reflète pas les capacités économiques de chacun. « L’UE offre des avantages que le Mercosur se répartit entre membres, mais certains en bénéficient bien davantage que d’autres », a-t-il pointé du doigt.

Ce déséquilibre pose question alors que l’accord est entré en vigueur en mai 2026, mais doit encore être ratifié par certains États membres. Les discussions techniques autour de sa mise en œuvre ont donc été au cœur des échanges lors du sommet, alors que les dirigeants doivent désormais trouver un terrain d’entente pour éviter que les pays les moins industrialisés, comme le Paraguay ou l’Uruguay, ne soient marginalisés.

Solidarité avec le Venezuela et soutien à la Bolivie

Autre sujet majeur abordé lors du sommet : la situation au Venezuela, frappé par une série de séismes la semaine dernière. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a ouvert la séance en exprimant la solidarité du Mercosur avec le peuple et le gouvernement vénézuélien. « Je veux commencer en exprimant ma solidarité au peuple et au gouvernement du Venezuela face aux pertes incalculables, humaines et matérielles, causées par les séismes de la semaine dernière », a-t-il déclaré, avant d’inviter les dirigeants à observer une minute de silence en hommage aux victimes.

Le président uruguayen Yamandú Orsi a annoncé que les autorités de gestion des risques des pays du Mercosur s’étaient réunies pour coordonner des actions conjointes d’aide au Venezuela, bien que les détails concrets de cette assistance n’aient pas été précisés. Par ailleurs, Santiago Peña a réaffirmé le soutien du Mercosur au gouvernement bolivien de Rodrigo Paz, légitimement élu selon lui, après plusieurs semaines de blocages routiers réclamant sa démission. « Nous exprimons notre ferme rejet de toute tentative de déstabilisation de la sœur République de Bolivie », a-t-il affirmé, tandis que Rodrigo Paz a reconnu que son pays traversait « des moments complexes », avec des « menaces contre l’ordre constitutionnel ».

L’Argentine absente, le Chili et l’Équateur présents

Parmi les dirigeants présents à Asuncion figuraient Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil), Rodrigo Paz (Bolivie) et Yamandú Orsi (Uruguay), ainsi que José Antonio Kast (Chili) et Daniel Noboa (Équateur), invités en tant que pays associés. En revanche, le président argentin Javier Milei, initialement annoncé, a finalement annulé sa participation en raison de la crise politique qui secoue son pays après la démission de son chef de cabinet, mis en cause pour enrichissement illicite présumé.

Côté discours, José Antonio Kast, élu en mars 2026 sur un programme axé sur la lutte contre la criminalité, a mis en garde contre un « deuxième séisme, plus lent, plus silencieux, qui peut finir par faire davantage de victimes… Ce séisme, c’est le crime organisé », a-t-il lancé, soulignant l’urgence de lutter contre la délinquance dans la région.

De nouvelles négociations commerciales et une présidence qui change de mains

Outre les tensions sur l’accord avec l’UE, le sommet a été l’occasion de lancer officiellement des négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le Japon. Les dirigeants ont également débattu des détails techniques issus de l’accord avec l’UE, entré en vigueur en mai 2026, tout en préparant la passation de présidence du Mercosur.

Santiago Peña, hôte du sommet et président sortant, a transmis la présidence du bloc à son homologue uruguayen Yamandú Orsi. Ce dernier devra désormais piloter le Mercosur dans un contexte marqué par les divisions internes et les défis commerciaux à venir. « C’est une responsabilité lourde, mais nous sommes déterminés à travailler pour un Mercosur plus équitable et plus uni », a-t-il déclaré en clôture de la réunion.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances attendent désormais le Mercosur. D’abord, la ratification définitive de l’accord avec l’UE par les parlements nationaux, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Ensuite, la mise en place concrète des mécanismes de solidarité interne pour corriger les déséquilibres dénoncés par le Paraguay, sous peine de voir s’aggraver les tensions entre les membres. Enfin, les négociations avec le Japon devraient s’accélérer, tandis que le bloc devra aussi gérer les crises politiques en Bolivie et au Venezuela. Reste à voir si les dirigeants parviendront à transformer ces défis en opportunités pour un Mercosur plus cohésif.

En conclusion, ce sommet d’Asuncion a révélé les fractures persistantes au sein du Mercosur, entre ceux qui souhaitent une intégration plus équitable et ceux qui en profitent davantage. Alors que l’accord avec l’UE entre dans sa phase de mise en œuvre, la question n’est plus seulement de savoir si le Mercosur parviendra à parler d’une seule voix à l’international, mais aussi s’il saura garantir la justice entre ses propres membres.

Selon les termes de l’accord signé en janvier 2025, les principaux bénéficiaires sont les pays les plus industrialisés du Mercosur, comme le Brésil et l’Argentine, qui disposent d’une capacité exportatrice plus importante vers l’Union européenne. Le Paraguay et l’Uruguay, moins industrialisés, craignent d’être marginalisés dans la répartition des quotas d’exportation et des avantages douaniers.