Le Mexique a enregistré en avril 2026 un excédent commercial record de 4,52 milliards de dollars, selon BFM Business. Ce chiffre, jamais atteint depuis le début de la collecte des données en 1980, s’inscrit dans une dynamique de croissance sans précédent des exportations mexicaines, tirées notamment par les échanges avec les États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • Excédent commercial record : 4,52 milliards de dollars en avril 2026, un niveau jamais enregistré depuis 1980
  • Exportations en hausse de 32,6 % depuis le début de l’année, atteignant 72 milliards de dollars
  • 83 % des exportations manufacturières destinées aux États-Unis, avec une forte progression dans l’automobile, l’électronique et l’agroalimentaire
  • Droits de douane ciblés : les produits respectant les règles de l’ACEUM évitent les surtaxes, tandis que les biens non conformes subissent des tarifs pouvant atteindre 25 %
  • Importations en hausse de 24,1 %, portées par les biens intermédiaires américains
  • Secteurs porteurs : automobile (près de deux voitures sur trois aux États-Unis assemblées au Mexique), mines (+71 % pour les pierres précieuses), et agroalimentaire (avocats, tomates, bières)

Un retournement spectaculaire après les menaces de Donald Trump

Il y a un an, l’administration américaine, dirigée par Donald Trump, avait menacé d’imposer des droits de douane massifs — jusqu’à 25 % sur la quasi-totalité des importations mexicaines. Ces sanctions devaient cibler trois dossiers majeurs : la migration, le trafic de fentanyl et le déficit commercial américain. Pourtant, en avril 2026, le Mexique affiche un excédent commercial historique, tandis que ses exportations ont bondi de 32,06 % sur un an, selon BFM Business.

Cette inversion de tendance s’explique en partie par un changement de stratégie de Washington. Face au risque de désorganiser les chaînes industrielles nord-américaines, l’administration Trump a adopté une approche plus mesurée. Désormais, seuls les produits non conformes aux règles de l’ACEUM (Accord Canada-États-Unis-Mexique) sont soumis à des droits de douane, tandis que les autres bénéficient d’un accès privilégié au marché américain.

L’ACEUM comme levier de régulation commerciale

L’ACEUM, entré en vigueur en 2020 et révisé en 2026, impose que les produits manufacturés soient majoritairement assemblés en Amérique du Nord et intègrent une part minimale de composants locaux. Un véhicule produit au Mexique peut ainsi continuer à entrer aux États-Unis sans droits de douane s’il respecte ces critères. En revanche, les modèles utilisant trop de pièces importées de Chine, par exemple, perdent leur statut préférentiel et subissent des surtaxes pouvant atteindre 25 %.

Les États-Unis ont également durci leur politique sur certains secteurs stratégiques. Les droits de douane sur l’acier et l’aluminium ont été relevés jusqu’à 50 %, poussant les industriels à relocaliser davantage leur production dans la région. Cette stratégie vise à renforcer l’autonomie industrielle nord-américaine avant la prochaine révision de l’ACEUM, prévue cette année.

L’industrie mexicaine en pleine expansion

Le secteur manufacturier mexicain, souvent présenté comme « l’usine secondaire » des États-Unis, est le principal bénéficiaire de cette dynamique. Près de deux voitures sur trois vendues aux États-Unis sont aujourd’hui assemblées au Mexique, où les grands constructeurs (General Motors, Ford, Toyota) ont massivement investi. L’électronique et les machines industrielles suivent la même tendance, avec une demande américaine en forte croissance.

L’industrie minière connaît également un essor remarquable. Les exportations de pierres précieuses ont bondi de 71 % sur un an, tandis que l’agroalimentaire mexicain gagne des parts de marché aux États-Unis. Les avocats, les tomates et les bières (comme Corona ou Modelo) figurent parmi les produits les plus exportés. Cette diversification montre la résilience d’une économie de plus en plus intégrée à la chaîne de valeur nord-américaine.

Des importations en hausse, mais un solde positif

Si les exportations mexicaines ont connu une progression fulgurante, les importations ont également augmenté de 24,1 % sur un an. Cette hausse s’explique par l’afflux de biens intermédiaires américains, essentiels à la production de biens finis réexportés vers les États-Unis. Les machines-outils, les composants électroniques et les pièces automobiles transitent massivement par le Mexique, avant d’être réexpédiés vers le marché américain.

Cette interdépendance illustre la complexité des échanges transfrontaliers. Les produits assemblés au Mexique intègrent souvent des composants fabriqués aux États-Unis ou au Canada, ce qui permet de bénéficier des avantages de l’ACEUM. En revanche, les biens entièrement importés d’Asie, sans valeur ajoutée locale, sont pénalisés par les droits de douane.

« La stratégie américaine a évolué vers un ciblage précis des secteurs non conformes à l’ACEUM, tout en maintenant un accès privilégié pour les produits nord-américains. Résultat : le Mexique profite de cette nouvelle donne pour renforcer sa position industrielle. »

— Analyse de BFM Business

Et maintenant ?

La révision de l’ACEUM, prévue en 2026, pourrait encore modifier les règles du jeu. Les États-Unis pourraient durcir les critères de contenu local ou étendre les droits de douane à de nouveaux secteurs. Par ailleurs, l’élection présidentielle américaine de novembre 2026 pourrait entraîner un nouveau revirement de politique commerciale, selon les observateurs.

Pour le Mexique, l’enjeu sera de maintenir cette croissance tout en diversifiant ses partenaires commerciaux. La Chine, par exemple, pourrait chercher à contourner les droits de douane en s’implantant davantage au Mexique pour exporter vers les États-Unis. Une stratégie que Washington surveillera de près.

Cette performance mexicaine soulève une question centrale : dans quelle mesure cette dynamique est-elle durable, alors que les tensions commerciales persistent et que l’ACEUM reste un accord fragile ?

Face au risque de désorganiser les chaînes industrielles nord-américaines, notamment dans l’automobile et l’électronique, l’administration Trump a privilégié une approche ciblée. Les droits de douane massifs auraient pu entraîner des pénuries et une hausse des coûts pour les consommateurs américains, affectant la compétitivité des entreprises locales.

Le secteur automobile domine largement, avec près de deux tiers des voitures vendues aux États-Unis assemblées au Mexique. L’électronique, les machines industrielles, l’agroalimentaire (avocats, tomates, bières) et l’industrie minière (pierre précieuses) enregistrent également des croissances records.