Le miel, produit plébiscité des Français pour ses vertus gustatives et santé, fait l’objet d’une consommation massive qui dépasse largement la production nationale. Selon Franceinfo - Santé, quelque 40 000 tonnes de miel sont consommées chaque année en France, contre seulement 20 000 tonnes produites localement. Un écart qui oblige le pays à importer massivement ce produit, tout en maintenant une traçabilité parfois floue pour les consommateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • 40 000 tonnes de miel consommées par an en France, soit environ 700 grammes par habitant, un chiffre jugé « peu » comparé à d’autres pays européens comme l’Allemagne.
  • 20 000 tonnes produites localement en 2025, une récolte qualifiée de « bonne année » par les apiculteurs français.
  • Trois pots sur quatre** vendus en France sont importés, souvent sous forme de mélanges dont l’origine exacte reste floue.
  • Près de 8 Français sur 10** ignorent la provenance réelle d’un pot de miel, alors que c’est leur premier critère d’achat.
  • À partir du 14 juin 2026**, une directive européenne imposera de détailler sur l’étiquette la provenance des miels mélangés, avec les pourcentages correspondants.
  • Les Nations unies ont désigné le 20 mai** comme la Journée mondiale des abeilles, soulignant leur rôle crucial dans la pollinisation et la biodiversité.

Un produit star aux origines floues

Avec 93 % des Français** consommant régulièrement du miel, ce produit occupe une place centrale dans les habitudes alimentaires du pays. Selon Franceinfo - Santé, son attrait repose avant tout sur son goût, cité par 64 % des consommateurs, mais aussi sur ses vertus supposées : 58 % l’utilisent pour soulager certains maux, et 55 % lui attribuent des effets bénéfiques sur la santé en général. Pourtant, malgré cette popularité, l’origine des miels achetés en supermarché reste souvent un mystère pour une majorité de Français.

Une enquête de l’institut Flashs, réalisée du 23 au 28 avril 2026 auprès de 2 000 personnes âgées de 18 ans et plus, révèle en effet que près de huit Français sur dix** ne parviennent pas à identifier la provenance réelle d’un pot de miel. Pourtant, cette information constitue leur premier critère d’achat. « Des conditionneurs, pour répondre à la demande et mettre en grande distribution, font ce qu’on appelle « des miels de mélange ». Ils ajoutent du miel d’Ukraine avec de l’argentin, avec de l’italien. Et sur ces miels-là, il y avait ‘UE’ ou ‘Hors UE’ », explique Henri Clément, porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).

Des mélanges opaques qui posent question

Pour combler le déficit entre production et consommation, les importations jouent un rôle clé. Trois quarts des pots vendus en France proviennent de l’étranger, souvent sous forme de mélanges où plusieurs origines se côtoient. « Sur l’étiquette, on pouvait lire ‘UE’ ou ‘Hors UE’, mais sans plus de détails. C’est un vrai problème, car les consommateurs ont le droit de savoir d’où vient le miel qu’ils achètent », souligne Henri Clément. Cette opacité concerne notamment les miels importés d’Ukraine, d’Argentine ou d’Italie, qui sont ensuite conditionnés et vendus en France sous une étiquette générique.

L’Unaf, qui milite pour une meilleure transparence, a longtemps alerté sur cette situation. « Quand on achète un pot de miel, on devrait pouvoir connaître le pourcentage de miel ukrainien, argentin ou italien qu’il contient. C’est une question de confiance et de respect du consommateur », ajoute le porte-parole. Cette pratique, bien que légale, a contribué à brouiller la perception des Français sur la provenance réelle de leur miel.

Une réglementation européenne plus stricte à venir

Face à ces critiques, l’Union européenne a décidé d’agir. À partir du 14 juin 2026**, une nouvelle directive entrera en vigueur, obligeant les producteurs à indiquer sur l’étiquette la provenance exacte des miels mélangés, ainsi que les pourcentages correspondants. Une avancée saluée par l’Unaf, même si des exceptions subsistent. « Les pots de miels qui ne mentionnent que l’origine ‘UE’ ou ‘Hors UE’ pourront continuer à être vendus, mais cette mesure marque un premier pas vers plus de transparence », se réjouit Henri Clément.

Cette réglementation s’inscrit dans un contexte où la production française de miel, bien qu’en hausse en 2025 et 2026, reste insuffisante pour couvrir la demande nationale. « En France, nous produisons environ 20 000 tonnes par an, ce qui est une bonne année, mais c’est loin d’être suffisant », précise Henri Clément. Pour comparaison, en Allemagne, la consommation annuelle atteint près de 1,4 kg par habitant, soit presque le double de la France. « Nous avons encore du chemin à parcourir pour atteindre ce niveau », reconnaît-il.

Les abeilles, victimes collatérales d’une production en tension

Derrière la question de la provenance du miel se cache un enjeu bien plus large : la survie des abeilles. Ces insectes pollinisateurs, essentiels à la biodiversité et à la production agricole, sont menacés par plusieurs facteurs, dont les pesticides, la monoculture et le changement climatique. L’Unaf rappelle que la disparition des abeilles aurait des conséquences dramatiques, non seulement pour la production de miel, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème.

Pour sensibiliser le public à leur importance, les Nations unies ont fait du 20 mai** la Journée mondiale des abeilles. Une occasion de rappeler que ces petits insectes sont à l’origine de 80 % de la pollinisation des plantes à fleurs, et donc de 35 % de la production alimentaire mondiale. « Sans abeilles, notre alimentation serait radicalement différente », alerte Henri Clément. L’Unaf milite donc pour des politiques publiques plus ambitieuses en faveur de la protection des abeilles, notamment en limitant l’usage des pesticides et en soutenant les pratiques apicoles durables.

Et maintenant ?

À partir du 14 juin 2026, les consommateurs pourront enfin connaître l’origine exacte des miels mélangés achetés en supermarché. Une avancée significative, même si des lacunes subsisteront, comme la possibilité de continuer à vendre des pots étiquetés « UE » ou « Hors UE » sans plus de détails. L’Unaf compte sur cette mesure pour inciter les industriels à plus de transparence, tout en poursuivant son plaidoyer pour une meilleure protection des abeilles. Reste à voir si cette réglementation suffira à rétablir la confiance des Français dans la provenance de leur miel.

En attendant, les apiculteurs français espèrent que la production locale continuera à progresser, afin de réduire la dépendance aux importations. « Une belle production en 2025, et 2026 commence bien, mais il faut aller plus loin », insiste Henri Clément. Pour les consommateurs, la règle d’or reste de privilégier les miels locaux et les circuits courts, quand cela est possible.

Les miels importés en France proviennent principalement d’Europe (Espagne, Italie, Allemagne), mais aussi d’Ukraine, d’Argentine et de Chine. Les mélanges, souvent conditionnés en France, peuvent combiner plusieurs origines sans que le consommateur puisse les identifier.

Un miel français de qualité doit porter une étiquette indiquant clairement son origine « France ». Privilégiez les mentions « miel de France » ou « produit en France » et les circuits courts (marchés, producteurs locaux). Méfiez-vous des prix trop bas, souvent synonymes de mélanges importés.