Les États-Unis restent-ils un modèle économique incontesté à l’ère de la rivalité sino-américaine et des remises en question européennes ? C’est la question au cœur du débat organisé ce lundi 6 juillet dans l’émission Les Experts sur BFM Business. Autour de Raphaël Legendre, trois économistes – Patrick Artus, Emmanuel Combe et Erwan Le Noan – ont analysé la résilience du géant américain, tout en interrogeant les stratégies européennes de relance industrielle.
Ce qu'il faut retenir
- Les États-Unis conservent une domination économique mondiale, malgré la montée en puissance de la Chine, avec une capacité d’innovation et une attractivité des capitaux qui restent sans équivalent.
- L’Europe tente de répondre à ce modèle par une relance des fusions-acquisitions, signe d’une volonté de consolidation industrielle face à la concurrence internationale.
- Les débats ont aussi porté sur la fiscalité des plus fortunés aux États-Unis, entre la nécessité de redresser les comptes publics et les risques d’une fiscalité punitive pour l’investissement.
- La puissance américaine s’accompagne de fragilités structurelles, notamment dans sa dépendance aux marchés financiers et à la consommation intérieure.
- Le modèle européen, souvent présenté comme une alternative, peine encore à s’imposer comme une référence face à l’hyperpuissance américaine.
Une puissance économique encore incontestée, mais à quel prix ?
Selon Patrick Artus, conseiller économique de la société de gestion Ossiam, les États-Unis maintiennent un avantage compétitif grâce à leur écosystème technologique et leur capacité à attirer les talents. « Leur domination reste indéniable, que ce soit en matière d’innovation, de capitalisation boursière ou d’influence sur les normes économiques mondiales », a-t-il souligné. Ce constat rejoint celui dressé lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, où d’autres experts, comme Alexandra Roulet (INSEAD), ont rappelé que la Chine, malgré sa progression, peine encore à égaler l’hégémonie américaine en matière de soft power économique.
Pour autant, cette puissance s’accompagne de déséquilibres persistants. Emmanuel Combe, professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Skema Business School, a pointé du doigt la dépendance des États-Unis à leur déficit commercial et à leur endettement public, deux faiblesses qui pourraient, à terme, éroder leur leadership. « Autant dire que leur modèle, bien que résilient, n’est pas exempt de risques », a-t-il précisé.
L’Europe face au défi de la consolidation industrielle
Face à cette domination, l’Europe tente de se repositionner. L’un des leviers identifiés par les experts est la relance des fusions-acquisitions, un phénomène en hausse depuis le début de l’année 2026. Erwan Le Noan, fondateur d’AKA Strategy, a expliqué que cette dynamique reflète une volonté de renforcer les champions industriels européens pour mieux rivaliser avec les géants américains et chinois. « Ces opérations permettent de mutualiser les ressources, d’accélérer l’innovation et de peser davantage sur la scène internationale », a-t-il commenté.
Pourtant, cette stratégie bute sur des obstacles structurels. Les différences réglementaires entre États membres, les lenteurs bureaucratiques et la fragmentation des marchés limitent encore l’efficacité de ces mouvements. « L’Europe a les moyens de ses ambitions, mais elle manque cruellement de cohérence dans sa mise en œuvre », a regretté Emmanuel Combe.
Fiscalité des plus fortunés : un dilemme politique et économique
Un autre volet du débat a concerné la fiscalité des plus fortunés, un sujet particulièrement sensible dans le contexte de redressement des comptes publics. Aux États-Unis, comme en Europe, la question divise : faut-il instaurer de nouvelles taxes ciblées ou privilégier une mobilisation volontaire des grandes fortunes ? Patrick Artus a rappelé que les États-Unis ont déjà expérimenté des hausses d’impôts sur les hauts revenus sous l’administration Biden, sans que cela ne suffise à résorber leur déficit chronique.
En France, où le sujet est régulièrement évoqué dans le débat politique, Emmanuel Combe a mis en garde contre les risques d’un « mécénat forcé », qui pourrait dissuader l’investissement et favoriser l’exil fiscal des contribuables aisés. « Taxer les plus riches est tentant politiquement, mais cela peut se révéler contre-productif économiquement », a-t-il averti.
Quelles leçons pour l’Europe ?
Les experts présents dans l’émission ont souligné que le modèle américain, bien que performant, n’est pas transposable tel quel en Europe. Erwan Le Noan a pointé la nécessité pour l’UE de réformer son marché unique pour en faire un véritable levier de croissance. « Les États-Unis bénéficient d’un marché intérieur unifié, d’un système financier intégré et d’une politique industrielle coordonnée. L’Europe, elle, doit encore franchir ces étapes », a-t-il analysé.
Pour Patrick Artus, la clé réside dans une alliance entre innovation et régulation. « Les États-Unis excellent dans la création de licornes, mais ils peinent à encadrer leurs excès, comme en témoignent les crises financières répétées. L’Europe pourrait, elle, trouver un équilibre entre dynamisme économique et protection sociale », a-t-il proposé.
Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance. Pour l’instant, les États-Unis conservent une longueur d’avance, mais leur modèle n’est pas à l’abri des secousses géopolitiques ou des crises internes. Quant à l’Europe, son réveil tarde à se concrétiser.
Leur domination repose sur plusieurs piliers : une culture de l’innovation inégalée, un marché financier profond et liquide, et une attractivité pour les talents et les capitaux. Malgré des déficits commerciaux et une dette publique élevée, leur capacité à rebondir après les crises et à financer leur croissance reste sans équivalent, selon Patrick Artus.