La Commission européenne a proposé, dans le cadre de son « paquet Réseaux », d’instaurer une validation automatique des étapes intermédiaires des procédures d’autorisation des projets énergétiques en cas de silence prolongé des États membres. Une mesure qui vise à réduire les délais administratifs, souvent pointés comme un frein majeur à la transition énergétique, mais qui suscite des tensions entre Bruxelles et plusieurs capitales nationales, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Bruxelles propose une approbation tacite automatique des permis intermédiaires si les États membres ne répondent pas dans un délai de 2 à 3 ans, selon la complexité des projets.
- Les projets d’électricité nécessitent actuellement 3,5 à 10 ans pour aboutir, dont plus de la moitié est imputable aux lenteurs administratives.
- La proposition inclut une présomption d’intérêt public majeur pour les projets de réseaux électriques, sauf preuve contraire.
- La présidence chypriote tente de concilier accélération de la transition énergétique et préservation des compétences nationales, avec un accord visé pour le 26 juin 2026.
- Plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, s’opposent à une validation tacite obligatoire, craignant une perte de souveraineté.
Une mesure pour briser l’impasse administrative
Face à l’urgence climatique et aux objectifs fixés par le Pacte vert européen, la Commission européenne a présenté en décembre 2025 un « paquet Réseaux » visant à moderniser et accélérer le déploiement des infrastructures électriques dans l’Union. Parmi les mesures phares figure l’introduction d’une validation tacite des étapes intermédiaires des procédures d’autorisation. Concrètement, si un État membre ne se prononce pas dans un délai de deux à trois ans — selon la complexité du projet —, les permis ou actes administratifs intermédiaires pourraient être automatiquement approuvés, comme le rapporte Euronews FR.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte où les délais actuels pour les projets d’électricité s’avèrent particulièrement longs : entre 3,5 et 7,5 ans pour les réseaux de distribution, et jusqu’à 10 ans pour les réseaux de transport. L’étude d’impact de la Commission, publiée en décembre 2025, révèle que plus de la moitié de ces retards est imputable aux procédures administratives. Les énergies renouvelables ne sont pas épargnées : certains parcs éoliens voient leur raccordement reporté de plusieurs années, tandis que les interconnexions transfrontalières peinent à avancer en raison de la complexité des autorisations.
Une présomption d’intérêt public pour les projets de réseaux
Pour contourner ces blocages, la Commission propose d’accorder une présomption d’intérêt public majeur aux projets liés aux réseaux électriques. Cette mesure signifie que ces projets seraient automatiquement considérés comme relevant de l’intérêt général, sauf si un État membre ou une entité peut apporter la preuve contraire. L’objectif affiché est de faciliter le déploiement des infrastructures nécessaires à la transition énergétique, tout en limitant les recours juridiques qui ralentissent les procédures.
Cependant, cette approche suscite des réserves, voire une opposition ferme, dans plusieurs États membres. Certains pays redoutent que cette validation tacite ne fragilise les contrôles environnementaux ou ne remette en cause leurs compétences nationales en matière d’aménagement du territoire. « Les États membres ont exprimé des préoccupations quant à cette approche et indiqué qu’une plus grande flexibilité pourrait être nécessaire », précise un document officiel consulté par Euronews FR.
Un clivage entre États partisans et opposants à la mesure
Les négociations en cours au sein du Conseil de l’UE révèlent des positions très divergentes. D’un côté, des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, la Pologne ou la Slovénie jugent la proposition raisonnable et nécessaire pour accélérer la transition énergétique. De l’autre, la France et l’Allemagne s’opposent frontalement à l’idée d’une validation tacite obligatoire pour les décisions administratives et les permis de nouveaux projets énergétiques.
Une troisième voie émerge parmi certains États, qui souhaitent laisser chaque pays de l’UE décider si l’approbation tacite doit être obligatoire ou facultative. Cette option, soutenue par la présidence chypriote, pourrait servir de base à un compromis. « La Commission voudrait que ce soit obligatoire pour tout, tandis que la présidence a proposé que cela ne s’applique qu’à la décision finale (pour les projets demandant un permis) », a déclaré à Euronews FR un diplomate de l’UE sous couvert d’anonymat.
Les pays baltes, eux, réclament des garanties supplémentaires pour préserver la sécurité nationale, tandis que des pays comme l’Autriche et l’Allemagne — où la planification territoriale relève d’une compétence nationale fortement protégée — redoutent des répercussions politiques internes. Dans ces États, les projets perçus comme imposés par Bruxelles pourraient en effet alimenter des tensions politiques, notamment en raison de leur impact sur la propriété foncière ou de l’opposition locale aux infrastructures.
La présidence chypriote en quête d’un compromis
Face à ces divergences, la présidence chypriote de l’UE joue un rôle central dans les négociations en cours. Son ambition : trouver un équilibre entre l’accélération indispensable de la transition énergétique et le respect des souverainetés nationales. Elle espère aboutir à un accord politique lors de la prochaine réunion des ministres de l’Énergie, prévue le 26 juin 2026 à Bruxelles. Cet accord permettrait de définir la position du Conseil de l’UE avant d’engager des discussions plus approfondies avec le Parlement européen au second semestre 2026.
« La présidence chypriote tente désormais de concilier deux impératifs de plus en plus difficiles à aligner : accélérer la transition énergétique tout en préservant la souveraineté des États membres »
Quoi qu’il en soit, la modernisation des réseaux électriques reste un enjeu clé pour l’indépendance énergétique de l’UE et la réalisation de ses objectifs climatiques. La capacité des institutions européennes à trouver un terrain d’entente avec les États membres déterminera en grande partie l’efficacité des mesures à venir.
La Commission estime que les délais administratifs actuels, pouvant atteindre jusqu’à 10 ans pour certains projets, freinent trop la transition énergétique. La validation tacite vise à réduire ces retards en accélérant les procédures d’autorisation lorsque les États membres ne répondent pas dans les temps impartis.
Les opposants, dont la France et l’Allemagne, craignent une perte de souveraineté nationale, une fragilisation des contrôles environnementaux, et des répercussions politiques internes, notamment dans des pays où l’aménagement du territoire relève d’une compétence strictement nationale.