La banque d’investissement américaine Morgan Stanley a revu à la hausse sa recommandation sur l’action du groupe franco-néerlandais Air France-KLM, passant d’une simple « pondération en ligne » à un conseil « surpondérer », ce qui équivaut, dans sa terminologie, à une recommandation d’achat. Cette décision intervient alors que le titre a été fortement pénalisé depuis le début du conflit au Moyen-Orient, en raison notamment de la flambée des prix du kérosène. Selon BFM Bourse, Morgan Stanley estime que la baisse récente du cours limite les risques et présente désormais une opportunité d’investissement, la valorisation du groupe appearing « bon marché » comparée à ses concurrents.

Ce qu'il faut retenir

  • Morgan Stanley a relevé son conseil sur Air France-KLM de « pondération en ligne » à « surpondérer », soit un passage à l’achat.
  • Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse de 80,5 % du prix du jet fuel sur un an, selon l’IATA.
  • Air France-KLM anticipe un surcoût carburant de 2,4 milliards de dollars en 2026 par rapport à 2025, dont 1,1 milliard au T2 2026.
  • L’action a perdu près de 10 % depuis le début du conflit, mais gagne 2,1 % à Paris après l’annonce de Morgan Stanley.
  • Le consensus des analystes sur le bénéfice par action 2026 a été révisé à la baisse de 26 % pour Air France-KLM, contre 13 % pour IAG et 22 % pour Lufthansa.

Un conflit au Moyen-Orient qui pèse lourd sur les comptes des compagnies aériennes

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les compagnies aériennes subissent de plein fouet les conséquences de la hausse des prix de l’énergie. Le jet fuel, carburant indispensable aux avions, a vu son cours s’envoler de 80,5 % sur un an, selon les données de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Cette flambée s’explique en partie par la structure même du raffinage : le kérosène ne représente que 9 % de la production de produits raffinés, ce qui le rend moins prioritaire pour les raffineurs et accentue sa volatilité en période de crise.

Pour Air France-KLM, cette hausse des coûts se traduit par un alourdissement considérable de sa facture énergétique. À la fin du mois d’avril, le groupe avait déjà revu à la hausse ses prévisions pour l’exercice 2026, tablant sur un coût total du carburant de 9,3 milliards de dollars. Cela représente une augmentation de 2,4 milliards de dollars par rapport à 2025, dont 1,1 milliard de dollars attendus dès le deuxième trimestre 2026. Une pression financière qui s’ajoute à celle exercée par la baisse de la demande dans certaines zones géographiques.

Une valorisation jugée attractive par Morgan Stanley malgré le pessimisme ambiant

Face à ce contexte difficile, le cours de l’action Air France-KLM a reculé de près de 10 % depuis le début du conflit. Pourtant, c’est précisément cette baisse qui a retenu l’attention de Morgan Stanley. Dans une note publiée ce mardi 26 mai, la banque américaine a justifié son revirement en expliquant que le consensus des analystes avait été trop pessimiste. « Le marché intègre déjà des résultats moins probants pour Air France-KLM, ce qui limite les risques de baisse supplémentaires », a souligné l’établissement dans sa publication.

Le consensus sur le bénéfice par action (BPA) pour 2026 a ainsi été révisé à la baisse de 26 % pour Air France-KLM, une correction bien plus marquée que celle observée chez ses principaux concurrents. IAG, maison mère de British Airways, voit son BPA ajusté de 13 %, tandis que Lufthansa subit une baisse de 22 %. La génération de trésorerie d’Air France-KLM, elle, a été réduite de 86 %, contre 18 % pour IAG et 33 % pour Lufthansa. Autant dire que le marché a déjà anticipé une dégradation significative des performances du groupe franco-néerlandais.

Un second semestre 2026 sous le signe d’une « configuration favorable »

Malgré ces ajustements, Morgan Stanley mise sur un rebond des performances d’Air France-KLM dès la seconde moitié de l’année. La banque estime que le groupe devrait bénéficier d’une « configuration favorable » en matière de coûts unitaires, de recettes unitaires et de facture carburant. « Les risques de baisse sur le titre s’avèrent désormais limités, et l’action présente un couple rendement-risque attrayant », peut-on lire dans la note de Morgan Stanley.

Cependant, la banque maintient sa préférence pour IAG, saluant la résilience de sa génération de trésorerie et sa discipline en matière de coûts. Un choix qui reflète les différences structurelles entre les deux groupes, IAG ayant su mieux résister à la crise actuelle grâce à une gestion plus rigoureuse de ses dépenses.

Et maintenant ?

À court terme, l’attention des investisseurs se portera sur l’évolution des prix du carburant, dont dépendra en grande partie la rentabilité des compagnies aériennes. La publication des résultats du premier semestre 2026, attendue pour la fin du mois de juillet, devrait également apporter des éclairages sur la capacité d’Air France-KLM à absorber le choc des coûts. Enfin, les prochaines annonces stratégiques du groupe, notamment en matière de restructuration ou de réduction de capacité, pourraient influencer la perception du titre par le marché.

Pour l’heure, l’action Air France-KLM a réagi positivement à la recommandation de Morgan Stanley, gagnant 2,1 % à la Bourse de Paris vers 15h30 ce 26 mai. Une réaction qui confirme, si besoin était, l’importance des signaux envoyés par les grandes banques d’investissement dans l’évaluation des valeurs du secteur aérien.

Le kérosène, carburant utilisé par les avions, représente une faible part de la production totale des raffineries (9 % selon l’IATA). En période de crise, les raffineurs privilégient les produits à plus haute marge ou prioritaires, ce qui réduit l’offre de kérosène et fait mécaniquement monter son prix. De plus, les tensions géopolitiques dans les régions productrices de pétrole (comme le Moyen-Orient) perturbent les chaînes d’approvisionnement, amplifiant encore la volatilité des cours.