Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 8 juin 2026 dans plus de 160 villes de France pour protester contre les dysfonctionnements de la justice dans le traitement des violences sexuelles envers les enfants. Selon Franceinfo – Faits divers, ces rassemblements, organisés en réaction à la mort de la jeune Lyhanna, ont pris pour cible les tribunaux locaux et le ministère de la Justice à Paris.
Les associations féministes et spécialisées dans la protection de l'enfance, comme NousToutes, la Fondation des femmes, Face à l'inceste ou encore le Collectif Féministe contre le viol, avaient appelé dès l'après-midi à se mobiliser devant les palais de justice. À Paris, le rassemblement initialement prévu place Vendôme a été interdit par la préfecture de police pour « risque de trouble à l'ordre public », avant d'être déplacé place Lépine dans l'île de la Cité.
Ce qu'il faut retenir
- Des rassemblements ont eu lieu dans plus de 160 villes en France, avec des concentrations importantes à Agen, Auch, Marseille, La Rochelle et Saint-Brieuc.
- À Agen, au moins 1 000 manifestants, dont des enfants, se sont rassemblés devant le palais de justice pour dénoncer le manque de prise au sérieux de la parole des victimes.
- À Paris, 1 700 personnes se sont rassemblées place Lépine et 1 200 autres place Vendôme malgré l'interdiction, selon les chiffres de la préfecture.
- Les manifestants ont scandé des slogans comme « Justice pour nos filles », « Darmanin démission » ou « Procureure démission ».
- La chanteuse Lio et les actrices Anna Mouglalis, Judith Godrèche ou encore Coline Berry ont participé aux rassemblements.
Des rassemblements massifs dans toute la France pour dénoncer l'inaction judiciaire
Dès la fin de journée, des cortèges se sont formés dans des dizaines de villes, des grandes métropoles aux petites communes. À Agen, où le parquet est chargé de l'enquête sur la mort de Lyhanna, au moins 1 000 personnes se sont réunies devant le palais de justice. « La parole des enfants n'est pas du tout prise au sérieux, la justice met beaucoup plus en avant la présomption d'innocence que la parole des victimes », a dénoncé Lori Bess, l'une des organisatrices de ce rassemblement.
À Auch, dans le Gers, plusieurs centaines de personnes ont scandé « Lyhanna, plus jamais ça » devant le tribunal judiciaire. Des pancartes exigeaient « justice pour nos filles » ou réclamaient la démission du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, un slogan rapidement transformé en « procureure démission » par la foule.
Paris : des mobilisations malgré les interdictions et une forte présence médiatique
Dans la capitale, le rassemblement prévu place Vendôme a été interdit par la préfecture de police, qui craignait des « troubles à l'ordre public ». Il a finalement été déplacé place Lépine, où 1 700 manifestants se sont rassemblés selon les autorités. Pourtant, plusieurs centaines de personnes ont bravé l'interdiction pour se réunir devant la Chancellerie, protégée par des forces de l'ordre. « Qu'est-ce qu'il y a de plus dangereux, un gouvernement et une justice qui laissent des violeurs dans la nature ou une manifestation de pacifistes ? », s'est interrogée Flavie Flament, animatrice de télévision et figure du mouvement MeToo en France.
Plusieurs personnalités se sont exprimées lors de ces rassemblements. La chanteuse Lio a appelé à la démission de Gérald Darmanin, tandis que des militantes Femen se sont dénudées en criant « justice pour Lyhanna ». Anna Mouglalis, Judith Godrèche et Coline Berry, fille de Richard Berry, figuraient également parmi les manifestants.
« On n'a pas écouté la parole des victimes. C'est par ces gens qui s'indignent que les choses changeront. »
— Flavie Flament, animatrice de télévision
Lyon et d'autres villes en colère : des manifestants de tous âges dénoncent les failles de la justice
À Lyon, environ 800 personnes se sont rassemblées devant la cour d'appel du Rhône. « Je suis ici en tant que mamie, car cette situation est intolérable. J'ai peur pour mes petits-enfants. Il y a des grosses failles dans la justice en France », a témoigné Virginie Maurin, 68 ans, infirmière à la retraite. À Marseille, des centaines de manifestants ont scandé des slogans similaires, tandis que des rassemblements ont également eu lieu à La Rochelle, Saint-Brieuc et bien d'autres villes.
Les associations présentes lors de ces rassemblements ont rappelé que la mort de Lyhanna n'était pas un cas isolé. « Ces manifestations sont l'expression d'une colère légitime après des années de silence et d'inaction », a souligné Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. « De quoi ont-ils peur ? De la colère des femmes et des enfants ? », a-t-elle ajouté en réaction à l'interdiction du rassemblement place Vendôme.
Cette journée de mobilisation intervient alors que l'affaire Lyhanna, dont le parquet d'Agen a la charge, continue de susciter l'émotion. Les associations appellent désormais à une réforme en profondeur du système judiciaire pour mieux protéger les enfants victimes de violences sexuelles. « La justice doit changer de braquet », a résumé une militante présente à Paris.
Les manifestants dénoncent un système judiciaire qui ne prend pas suffisamment au sérieux la parole des enfants victimes de violences sexuelles. Selon eux, la présomption d'innocence est souvent privilégiée au détriment de la protection des mineurs, ce qui permettrait à des agresseurs de rester en liberté et de récidiver. L'affaire Lyhanna, dont le parquet d'Agen a la charge, est perçue comme un symbole de ces dysfonctionnements.