Une frappe de missiles russes a réduit en cendres, dans la nuit du 23 au 24 mai 2026, le musée national de Tchernobyl situé dans le quartier de Podil à Kiev. L’établissement, rouvert seulement un mois plus tôt pour le quarantième anniversaire de la catastrophe nucléaire de 1986, abritait une exposition moderne retraçant l’histoire de l’accident et ses conséquences. Selon Courrier International, les dégâts s’élèvent à près de 40 % des éléments exposés, bien que la réserve ait pu être entièrement évacuée.
Ce qu'il faut retenir
- Une frappe russe dans la nuit du 23 au 24 mai 2026 a détruit le musée national de Tchernobyl à Kiev, rouvert le 26 avril 2026 pour le 40e anniversaire de la catastrophe.
- Près de 40 % des objets exposés ont été perdus, mais la réserve, elle, a été intégralement sauvée.
- L’exposition permanente comptait plus de 1 000 éléments, dont des objets authentiques, des copies, des réimpressions et des modèles 3D des réacteurs.
- Les parties les plus touchées étaient celles dédiées à l’ethnographie de la Polésie et à l’histoire de la ville de Tchernobyl, avec des objets cultuels et des manuscrits probablement irrécupérables.
- Une enquête pour crime de guerre a été ouverte, tandis que les juristes analysent les conséquences juridiques des frappes.
- La directrice du musée, Vitalina Martynovska, assure que la priorité reste la préservation du bâtiment historique, avant d’envisager une future exposition.
Un musée rouvert après des années de restauration
Le musée national de Tchernobyl était installé dans une ancienne caserne de pompiers, elle-même classée comme monument architectural et restaurée dans la rue Khoryva à Kiev. Il s’étendait sur trois niveaux : un rez-de-chaussée avec bibliothèque, espace de coworking et salles multimédias, un premier étage dédié à l’exposition permanente, et un deuxième étage réservé aux conférences et à la conservation de documents historiques. La réouverture, le 26 avril 2026, marquait le quarantième anniversaire de la catastrophe de 1986, survenue le 26 avril 1986. L’exposition permanente, entièrement repensée, comptait plus de 1 000 éléments mêlant objets authentiques, copies, réimpressions et modèles tactiles en 3D des réacteurs n°3 et n°4 avant et après l’accident.
Parmi les pièces exposées figuraient également des œuvres d’artistes inspirés par la zone d’exclusion, comme les tableaux de Mariya Prymatchenko ou les jeux vidéo de la série S.T.A.L.K.E.R., ainsi que des créations musicales comme l’opéra Chornobyldorf. Ces éléments, symboles de la mémoire collective ukrainienne, ont été en partie détruits par la frappe.
Des pertes irréversibles, mais une réserve préservée
Dès l’annonce de la frappe, une opération d’évacuation a été lancée par les sauveteurs, policiers et employés du musée. Si certains objets ont pu être sauvés — dont un tableau de Mariya Prymatchenko et le drapeau ukrainien hissé sur la centrale en 2022 après sa libération —, près de 40 % de l’exposition permanente a été perdu. Selon les premières évaluations, les parties les plus endommagées étaient celles consacrées à l’ethnographie de la Polésie et à l’histoire de la ville de Tchernobyl. « Il y avait une grande collection d’objets ethnographiques, des objets de culte, de vieux manuscrits, des icônes et d’autres éléments de décor apportés d’une église située dans la zone d’exclusion. Ces objets sont probablement perdus à cause de la destruction d’une énorme couche de béton », a déclaré Vitalina Martynovska, directrice du musée.
Les responsables soulignent que la réserve, où étaient conservés les documents et objets non exposés, a été entièrement évacuée. Cependant, une grande partie de la collection n’avait pas été numérisée, contrairement à d’autres musées. Seules les pièces préalablement scannées pourront être reconstituées sous forme de copies numériques. « La réserve a pu être évacuée totalement », a précisé Martynovska, tempérant l’ampleur des pertes par cette bonne nouvelle.
Une enquête pour crime de guerre ouverte
Dès les premières heures suivant la frappe, les autorités ukrainiennes ont engagé une procédure judiciaire. Une enquête pour crime de guerre a été ouverte, tandis que les juristes analysent les conséquences juridiques de l’attaque. Les frappes russes ciblées sur des sites culturels et historiques ukrainiens, comme le musée de Tchernobyl, s’inscrivent dans une stratégie plus large de destruction du patrimoine national ukrainien, dénoncée par Kiev et ses alliés. « En parallèle, les juristes analysent les conséquences des frappes et une enquête pour crime de guerre est déjà ouverte », confirme la directrice du musée.
Malgré l’ampleur des dégâts, Vitalina Martynovska se veut optimiste quant à la reconstruction. « Actuellement, la question décisive, c’est l’état du bâtiment. […] La priorité, ce sont les travaux de préservation du bâtiment historique après cette catastrophe. Ensuite, on envisagera la création d’une nouvelle exposition », a-t-elle expliqué. La restauration de l’ancienne caserne de pompiers, déjà endommagée par les bombardements précédents, sera un défi technique et financier majeur.
Cette attaque rappelle, une fois de plus, la vulnérabilité des institutions culturelles en temps de guerre. Le musée de Tchernobyl n’était pas seulement un lieu de mémoire : il incarnait la résilience ukrainienne face à la catastrophe de 1986 et symbolisait l’effort national pour préserver l’histoire malgré les destructions. Son anéantissement rappelle aussi que la guerre ne se limite pas aux champs de bataille, mais s’étend aux symboles identitaires d’un pays.
Le musée national de Tchernobyl était un lieu central pour comprendre l’histoire de la catastrophe nucléaire de 1986 et ses conséquences. Il abritait une exposition permanente de plus de 1 000 objets, dont des éléments authentiques, des œuvres d’artistes inspirés par la zone d’exclusion et des modèles 3D des réacteurs. Sa réouverture en avril 2026, pour le 40e anniversaire, en faisait un symbole de la mémoire ukrainienne face à la tragédie.
Les priorités immédiates sont le déblaiement des gravats, l’audit complet des pertes et la préservation du bâtiment historique. Une enquête pour crime de guerre a été ouverte, et les juristes évaluent les recours possibles. La reconstruction du musée dépendra de l’évolution du conflit et des financements disponibles.