« C’est une aberration. Un violon n’est pas un bagage de confort, c’est un outil de travail, un patrimoine. » Julien Moquet, violoniste et directeur artistique du festival d’Autan, dénonce sur Facebook les pratiques de certaines compagnies aériennes qui imposent aux musiciens de voyager avec leur instrument en cabine… mais sans étui, relégué en soute. Selon BFM Business, cette situation, vécue à bord d’un vol de Volotea, illustre un problème récurrent pour les professionnels de la musique.
L’artiste raconte avoir dû monter à bord d’un appareil de la compagnie low cost avec son violon et ses archets, tandis que les étuis – indispensables à la protection de l’instrument – étaient placés en soute. « Aujourd’hui, situation absurde à l’embarquement. Pour pouvoir voyager, nous avons dû monter dans l’avion avec le violon et les archets… mais laisser les étuis en soute. Oui, vous avez bien lu », écrit-il. Julien Moquet précise que cette contrainte, bien que vécue avec Volotea, n’est « plus un cas isolé » et touche d’autres compagnies aériennes, notamment low cost.
Ce qu’il faut retenir
- Un violoniste dénonce sur Facebook le fait d’avoir dû voyager avec son instrument en cabine… mais sans étui, placé en soute, selon BFM Business.
- Les étuis des instruments, souvent fragiles et irremplaçables, sont manipulés dans l’urgence en soute, ce qui expose les violons anciens à des risques de dommages.
- Certaines compagnies, comme Volotea, imposent aux musiciens de réserver un deuxième siège si l’étui dépasse les dimensions maximales autorisées pour un bagage cabine (55 x 40 x 20 cm).
- La Fédération internationale des musiciens alerte depuis longtemps l’IATA sur ce problème, mais sans succès notable, notamment pour les vols low cost.
- Des solutions existent, comme certaines compagnies européennes (Lufthansa depuis mars 2026) qui acceptent désormais les étuis de violons et d’altos en cabine.
Des règles incohérentes et dangereuses pour les instruments
Julien Moquet, qui voyage régulièrement pour des festivals ou des concerts, souligne que les règles appliquées par les compagnies aériennes sont « variables d’un vol à l’autre, parfois d’un agent à l’autre ». Pour lui, le problème dépasse le simple inconfort : il met en péril des instruments souvent irremplaçables. « Des instruments anciens, fragiles, manipulés dans l’urgence au milieu de procédures qui semblent totalement déconnectées de la réalité du métier d’artiste musicien », explique-t-il. Les étuis, conçus pour protéger ces violons Stradivarius ou autres instruments de valeur, ne sont pas des bagages comme les autres. Ils sont indispensables au transport sécurisé des instruments.
Sur son vol avec Volotea, l’artiste a été contraint de laisser son étui en soute, une pratique qu’il juge « absurde ». La compagnie, comme beaucoup d’autres, propose une alternative : réserver un billet supplémentaire pour l’instrument si son étui dépasse les dimensions autorisées pour un bagage cabine. Une solution qui, pour les musiciens, revient à payer deux fois – une fois pour le musicien, une fois pour son outil de travail.
Des compagnies divisées, des solutions inégales
Les règles varient considérablement d’une compagnie à l’autre. Certaines, comme Lufthansa depuis mars 2026, acceptent désormais les étuis de violons et d’altos en cabine, à condition qu’ils respectent les dimensions d’un bagage standard. D’autres, comme Volotea, imposent des contraintes strictes : l’étui doit être enregistré en soute si sa taille dépasse celle d’un bagage cabine. « Plusieurs musiciens européens se tournent désormais vers les compagnies qui autorisent les étuis en cabine et conservent une capture écran de leur politique sur leur téléphone, au cas où », rapporte un musicien interrogé par BFM Business.
Cette disparité de traitement crée une insécurité juridique pour les musiciens, qui ne peuvent jamais être certains que leur instrument sera accepté en cabine. La Fédération internationale des musiciens (FIM) tente depuis des années de sensibiliser l’IATA, l’association internationale du transport aérien, à ce problème. Malgré des alertes répétées, peu de progrès concrets ont été enregistrés. « Les musiciens voyagent en permanence pour faire vivre la culture, les festivals, les orchestres… et se retrouvent confrontés à des règles incohérentes », déplore Julien Moquet.
Un problème qui dépasse l’avion : le cas des trains
Les contraintes imposées aux musiciens ne se limitent pas au transport aérien. En France, la SNCF a déjà été pointée du doigt pour ses règles jugées abusives concernant le transport d’instruments de grandes tailles, comme les contrebasses. Plusieurs musiciens avaient rapporté avoir subi des amendes ou des refus d’embarquement, déclenchant une vague de protestations. Après une médiatisation du problème et des négociations entre la compagnie ferroviaire, le ministère de la Culture et les associations de musiciens, une solution avait finalement été trouvée. Pourtant, cette histoire rappelle que les professionnels de la musique doivent souvent batailler pour faire reconnaître leurs besoins spécifiques.
Ces difficultés illustrent un enjeu plus large : la reconnaissance du statut particulier des musiciens, dont les instruments ne sont pas de simples bagages, mais des outils de travail et parfois des œuvres d’art. Leur transport sécurisé est essentiel à la pérennité de leur activité, qu’il s’agisse de concerts, de tournées ou d’enseignements.
La question reste entière : les compagnies aériennes parviendront-elles à concilier les impératifs de sécurité et les réalités du métier de musicien ? Ou faudra-t-il attendre qu’un instrument inestimable soit endommagé pour que les choses bougent ? Autant dire que le débat est loin d’être clos.
Plusieurs compagnies européennes ont assoupli leurs règles, comme Lufthansa depuis mars 2026. D’autres, comme Air France ou KLM, autorisent aussi les étuis en cabine sous conditions. Il est conseillé de consulter les sites officiels des compagnies avant de voyager, car les politiques varient.
Les compagnies aériennes ne sont généralement pas responsables des dommages subis par les instruments en soute, sauf preuve de négligence avérée. Les musiciens doivent donc souscrire une assurance spécifique pour couvrir les risques liés au transport de leurs instruments.