Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi 15 mai 2026 sur l’ampleur de la violence liée au narcotrafic, évoquant une situation « totalement débridée ». Selon BFM - Faits Divers, il a souligné l’association entre une consommation « massive » de stupéfiants et des règlements de comptes d’une brutalité inédite, illustrée par plusieurs fusillades meurtrières en une semaine, à Nice et Nantes.

Ce qu'il faut retenir

  • La part des mineurs condamnés pour trafic de stupéfiants à Nice est passée de 9 % en 2014 à 29 % en 2024.
  • Le marché de la drogue en France représentait près de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, dont la moitié pour la cocaïne.
  • En 2023, 9,4 % des adultes français avaient déjà consommé de la cocaïne, contre 5,6 % en 2017.
  • Une fusillade à Nice le 12 mai 2026 a fait deux morts et six blessés, dont certains sans lien avec le trafic.
  • À Nantes, un adolescent de 15 ans a été tué le 9 mai 2026 lors d’une fusillade liée au narcotrafic.

Une violence croissante et un marché en expansion

Pour Damien Martinelli, la lutte contre le narcotrafic reste « un combat difficile et de très long terme ». Comme il l’a expliqué sur RTL, BFM - Faits Divers rapporte qu’il a mis en avant « une violence totalement débridée, associée au fonctionnement des trafics de stupéfiants ». Cette affirmation intervient après une série d’événements tragiques : deux morts et six blessés lors d’une fusillade à Nice lundi 12 mai, et un adolescent de 15 ans tué à Nantes jeudi 9 mai dans un contexte similaire. Dans cette dernière affaire, deux autres mineurs ont également été blessés, dont un jeune de 13 ans toujours entre la vie et la mort.

Selon le parquet, ces violences s’inscrivent dans une lutte pour le contrôle des points de deal. Pourtant, parmi les victimes de la fusillade de Nice, seuls trois hommes blessés étaient connus des services de police pour des faits de trafic. Ce chiffre illustre la porosité entre milieux criminels et population générale, où les innocents peuvent être pris pour cible.

Un rajeunissement alarmant des acteurs du trafic

Le magistrat a pointé un « phénomène de rajeunissement très fort » des personnes impliquées dans le narcotrafic. Les données du parquet niçois sont sans appel : entre 2014 et 2024, la part des mineurs condamnés pour trafic de stupéfiants est passée de 9 % à 29 %. Une évolution qui reflète l’attractivité croissante des réseaux pour les jeunes, souvent attirés par des gains rapides et un sentiment d’impunité. À Nice, comme dans d’autres grandes villes françaises, les dealers de moins de 18 ans sont de plus en plus visibles dans les quartiers sensibles.

Damien Martinelli a également rappelé que la consommation de stupéfiants, et notamment de cocaïne, progresse fortement en France. « Le marché est porté par la cocaïne », a-t-il souligné, citant des chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies : en 2023, 9,4 % des adultes avaient déjà consommé de la cocaïne, contre 5,6 % en 2017. Cette hausse de la demande alimente mécaniquement les violences entre réseaux, mais aussi les risques pour les riverains.

La responsabilité des consommateurs mise en avant

Face à cette situation, le procureur de Nice a appelé à une lutte simultanée contre les points de deal et la « narco-livraison », une pratique qui consiste à livrer directement des stupéfiants aux consommateurs. « Il y a très clairement une responsabilité des consommateurs », a-t-il affirmé, rappelant que chaque achat de drogue finance indirectement les violences et les trafics. « On ne peut pas venir donner de l’argent à un réseau de trafic dans un quartier comme celui des Moulins, où il y a eu autant de morts, sans se poser la question de sa responsabilité. »

Damien Martinelli a insisté sur la nécessité d’une approche globale, combinant répression et prévention. Selon lui, la lutte contre la consommation de masse est aussi cruciale que la démantèlement des réseaux. « La semaine écoulée l’illustre tragiquement », a-t-il conclu, soulignant l’urgence d’agir à tous les niveaux.

« Nous avons tout à la fois une consommation qui est massive et une violence totalement débridée, qui est associée au fonctionnement des trafics de stupéfiants. »
Damien Martinelli, procureur de la République de Nice

Un marché juteux et des chiffres qui inquiètent

Le chiffre d’affaires du marché de la drogue en France était estimé à près de 7 milliards d’euros en 2023, selon le ministère de l’Intérieur. La cocaïne représente à elle seule la moitié de ce montant, confirmant son rôle central dans l’économie illicite. Cette manne financière explique en partie la multiplication des violences, les réseaux cherchant à étendre leur emprise sur des territoires de plus en plus larges. À Nice, comme dans d’autres métropoles, les règlements de comptes entre clans rivaux se soldent souvent par des victimes collatérales, y compris parmi les jeunes générations.

Les autorités locales et nationales s’inquiètent de cette escalade. Les fusillades récentes, qu’elles visent ou non des membres actifs des réseaux, créent un climat d’insécurité durable dans certains quartiers. Les riverains, souvent pris au piège, subissent les conséquences d’un trafic qui n’épargne plus personne, pas même les adolescents.

Et maintenant ?

Le procureur de Nice a indiqué que des opérations ciblées contre les points de deal et les réseaux de livraison devaient être renforcées dans les prochaines semaines. Une réunion interministérielle est prévue début juin 2026 pour évaluer les moyens à déployer, notamment en matière de prévention et de répression. Par ailleurs, des associations locales appellent à des campagnes de sensibilisation renforcées auprès des jeunes, afin de limiter leur recrutement par les trafiquants. Reste à voir si ces mesures parviendront à inverser la tendance, alors que le marché de la drogue continue de se structurer et de s’étendre.

En conclusion, la situation décrite par Damien Martinelli illustre les défis auxquels sont confrontées les autorités face à un narcotrafic en constante mutation. Entre rajeunissement des trafiquants, consommation massive et violences accrues, le combat s’annonce long et complexe. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l’efficacité des actions mises en place.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, les réseaux criminels ciblent les jeunes en raison de leur vulnérabilité et de leur méconnaissance des risques juridiques. Ensuite, les gains financiers rapides et visibles (voitures de luxe, vêtements de marque) attirent une frange de la jeunesse désœuvrée. Enfin, l’absence de perspectives professionnelles dans certains quartiers favorise l’adhésion à ces activités illicites, perçues comme une solution facile.