La NASA vient de lancer une opération de sauvetage inédite pour tenter de sauver le télescope spatial Swift, actuellement en train de perdre rapidement de l’altitude en raison d’une activité solaire intense. Une mission privée, développée en collaboration avec la société Katalyst Space, devrait décoller fin juin 2026 depuis l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, selon Numerama.

Ce qu'il faut retenir

  • Le télescope Swift a vu son orbite chuter de près de 200 km en quelques années, passant de 585-604 km à 373-378 km.
  • Une mission robotisée, Link, sera lancée depuis un avion Lockheed L-1011 TriStar avec une fusée Pegasus XL pour tenter de le capturer et de le remonter.
  • Le coût du contrat accordé à Katalyst Space s’élève à 30 millions de dollars, pour un développement réalisé en moins d’un an.
  • Si l’opération réussit, Swift pourrait voir sa mission prolongée d’au moins dix ans.
  • Le lancement est prévu pour la fin du mois de juin 2026, avec une fenêtre de tir très précise.

Un télescope en fin de vie, mais toujours essentiel

Lancé en 2004, le télescope spatial Swift – officiellement nommé Neil Gehrels Swift Observatory – est un outil clé pour l’étude des sursauts gamma, ces phénomènes cosmiques parmi les plus violents de l’Univers. Conçu pour une mission de deux ans, il a finalement permis près de vingt ans d’observations, offrant aux astronomes une vision unique de ces explosions d’énergie encore mal comprises. Pourtant, depuis plusieurs mois, son orbite se dégrade inexorablement, victime d’une atmosphère terrestre qui se densifie à basse altitude, selon les observations de la NASA.

Les dernières données, communiquées par l’agence spatiale américaine le 15 juin 2026, confirment que l’activité solaire récente a accéléré cette descente. « Une récente poussée d’activité solaire a amplifié cet effet sur Swift, et son orbite s’est abaissée plus rapidement que prévu », a indiqué la NASA dans un communiqué. À l’origine, le télescope évoluait entre 585 et 604 km d’altitude. Aujourd’hui, il se situe entre 373 et 378 km, une altitude où la friction de l’air devient critique. Sans intervention, il risquerait de se désintégrer dans l’atmosphère d’ici quelques mois.

Une mission de sauvetage robotisée et audacieuse

Pour éviter ce scénario, la NASA a confié à Katalyst Space, une entreprise spécialisée dans la maintenance orbitale, la conception d’un véhicule robotisé capable de capturer Swift et de le remonter à une orbite plus sûre. Baptisé Link, ce vaisseau a été développé en un temps record : le contrat de 30 millions de dollars a été signé en septembre 2025, laissant à peine neuf mois à l’entreprise pour concevoir, assembler et tester la sonde. Katalyst Space disposait toutefois d’une base conceptuelle depuis l’été 2025, ce qui a permis d’accélérer le processus.

Le défi technique est de taille : Swift n’a jamais été conçu pour être manipulé ou capturé en orbite. Pour y parvenir, Link est équipé de trois bras robotisés qui devront s’agripper à l’observatoire avec une précision extrême, après une inspection visuelle préalable. Une fois capturé, le vaisseau utilisera trois propulseurs ioniques pour effectuer une poussée progressive sur plusieurs mois, afin de ramener Swift vers une orbite proche de son altitude initiale. L’opération devra être menée avec une extrême prudence pour éviter d’endommager l’instrument scientifique.

Une campagne de préparation déjà en cours

Avant même le lancement de Link, la NASA a pris des mesures pour ralentir la chute de Swift. Depuis quelques semaines, la majorité des observations scientifiques du télescope ont été suspendues, et son orientation a été modifiée afin de réduire la surface exposée au flux atmosphérique. Ces ajustements visent à minimiser la traînée et à gagner un peu de temps, car si Swift descend en dessous d’une certaine altitude, même une tentative de sauvetage pourrait devenir illusoire.

Parallèlement, la NASA a déjà acheminé l’avion Lockheed L-1011 TriStar – surnommé Stargazer – et la fusée Pegasus XL de Northrop Grumman jusqu’à l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall. Le décollage est prévu pour la fin du mois de juin 2026. Si la mission réussit, Swift pourrait voir sa carrière opérationnelle prolongée d’au moins dix ans, permettant ainsi de poursuivre l’étude des sursauts gamma et d’autres phénomènes cosmiques extrêmes.

Un lancement spectaculaire et une première industrielle

L’opération de sauvetage se distingue par sa méthode de lancement. Contrairement aux missions classiques, la fusée Pegasus XL ne décollera pas depuis un pas de tir au sol, mais sera larguée en plein vol depuis l’avion Stargazer, à près de 12,6 km d’altitude. Selon une infographie publiée par Northrop Grumman le 11 juin 2026, le processus complet ne prendra que 12 minutes et 44 secondes.

Une fois larguée, la fusée allumera son premier étage cinq secondes plus tard, puis son second étage après 90 secondes. À 137 secondes, la coiffe protégeant Link sera éjectée, libérant le véhicule spatial. Après six minutes, le troisième étage entrera en action, et la charge utile sera finalement déployée à 12 minutes et 44 secondes. Link entamera alors sa navigation autonome vers Swift, situé à 362,7 km d’altitude. Si tout se déroule comme prévu, le vaisseau robotisé entamera ensuite sa mission de remorquage, une première pour la maintenance orbitale commerciale d’un satellite scientifique institutionnel.

Et maintenant ?

Si la mission Link réussit, elle ouvrira la voie à une nouvelle ère de maintenance orbitale, permettant de prolonger la durée de vie des satellites scientifiques grâce à des partenariats privés. Pour la NASA, cette opération validerait à grande échelle les technologies de remorquage et de manipulation en orbite. La fenêtre de tir, extrêmement serrée, laisse peu de place à l’erreur, mais les équipes ont tout mis en œuvre pour maximiser les chances de succès. Les prochaines étapes dépendront du bon déroulement du lancement, prévu pour la fin du mois de juin 2026.

Au-delà de la survie de Swift, cette mission pourrait marquer un tournant dans la gestion des satellites en fin de vie. Si l’opération s’avère concluante, elle pourrait inspirer d’autres initiatives similaires, réduisant ainsi le besoin de remplacer des instruments coûteux et prolongeant leur contribution à la recherche scientifique.

Reste à savoir si les technologies mises en œuvre par Katalyst Space seront à la hauteur des défis posés par la capture et le remorquage d’un satellite non conçu pour cette tâche. Une chose est sûre : en cas de succès, cette mission restera comme une référence dans l’histoire de l’exploration spatiale.

Les principaux risques incluent l’échec de la capture du télescope Swift par les bras robotisés de Link, une éventuelle collision lors du contact, ou encore une panne des propulseurs ioniques lors de la phase de remontée. La NASA et Katalyst Space ont effectué de nombreuses simulations, mais l’opération reste inédite et donc risquée.