Un an supplémentaire. C’est le délai accordé aux États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour finaliser un texte essentiel à l’architecture du traité international sur les pandémies, adopté en mai 2025. Pourtant, malgré ce compromis temporel, les blocages persistent, notamment en raison de divergences profondes entre pays du Nord et du Sud. Un an pour trouver une issue à des négociations qui conditionnent pourtant la réponse future aux crises sanitaires mondiales, selon Le Monde.
Ce qu'il faut retenir
- Les négociations sur l’accès aux agents pathogènes, pilier du traité sur les pandémies de 2025, sont dans l’impasse en raison de tensions Nord-Sud.
- L’OMS a accordé un délai d’un an supplémentaire pour adopter un texte clé.
- Le traité de 2025 vise à encadrer la préparation et la réponse aux pandémies à l’échelle mondiale.
- Les pays du Nord et du Sud s’opposent sur des questions d’équité et de partage des ressources.
Un texte bloqué par des clivages persistants
L’enjeu est de taille : le traité adopté en mai 2025 repose sur plusieurs piliers, dont l’accès équitable aux agents pathogènes, ces virus ou bactéries responsables des épidémies. Pourtant, les discussions achoppent sur la question du partage des bénéfices, notamment des vaccins ou des traitements dérivés de ces agents. Les pays du Sud, souvent riches en biodiversité microbienne, exigent un accès garanti aux technologies développées à partir des pathogènes qu’ils abritent. À l’inverse, les pays du Nord, qui disposent des laboratoires et des capacités de production, défendent un système moins contraignant, craignant de freiner l’innovation.
Ces désaccords ne datent pas d’hier. Dès les premières phases de négociation, les fractures se sont révélées. Les pays africains, asiatiques et sud-américains ont maintes fois souligné que le système actuel, qui permet aux laboratoires occidentaux de s’approprier les souches virales pour développer des vaccins avant de les redistribuer, est déséquilibré. «
On ne peut pas continuer à donner nos pathogènes pour qu’ils soient transformés en brevets dans des laboratoires étrangers, sans garantie de retour pour nos populations», a rappelé le ministre de la Santé du Kenya lors d’une réunion à Genève en mars 2026.
Un délai supplémentaire pour éviter l’échec total
Face à l’urgence de la situation, l’OMS a accepté, lors de sa 79e Assemblée mondiale de la santé en avril 2026, de prolonger les négociations d’un an. Une décision qui évite pour l’instant un échec cuisant, mais qui ne résout pas les tensions sous-jacentes. L’organisation a insisté sur la nécessité de trouver un compromis « équitable et durable », tout en rappelant que le traité de 2025 doit entrer en vigueur d’ici 2027 pour être opérationnel à temps. « Nous n’avons pas le luxe du temps », a prévenu le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse.
Pourtant, les obstacles restent nombreux. Outre la question du partage des bénéfices, les discussions portent aussi sur la transparence des chaînes d’approvisionnement, la propriété intellectuelle et le financement des systèmes de santé dans les pays en développement. Autant de sujets qui divisent, comme l’a confirmé un diplomate européen sous couvert d’anonymat : « Chaque ligne du texte est l’objet de marchandages intenses ».
En attendant, la pression monte. Les récents rappels de grippe aviaire en Asie et les foyers de choléra en Afrique de l’Est rappellent cruellement l’urgence d’un système mondial coordonné. Comme le souligne Le Monde, « sans accord sur l’accès aux agents pathogènes, le traité de 2025 risque de rester un texte vide de sens ».
Les pays du Sud, souvent détenteurs de souches virales ou bactériennes uniques, estiment que les laboratoires des pays riches utilisent ces pathogènes pour développer des vaccins ou médicaments qu’ils brevettent ensuite, sans redistribuer équitablement les bénéfices. Ils demandent donc un cadre légal qui garantisse un accès prioritaire pour leurs populations et une participation aux revenus générés.