Une coulée de boue dévastatrice a frappé mercredi le nord du Népal et le Tibet voisin, laissant un bilan provisoire de 95 morts et 403 personnes portées disparues, selon les dernières estimations relayées par Reuters et le ministère népalais de la Culture, du Tourisme et de l’Aviation civile. D’après le Nepal Tourism Board, 384 voyageurs restent sans nouvelles, dont 341 étrangers, un chiffre susceptible d’évoluer avec le rétablissement progressif des communications. 341 étrangers sont concernés, répartis entre 142 Indiens, 17 Malaisiens, 12 Britanniques, 4 Sud-Africains, 3 Américains, 1 Australien et 1 Néerlandais, tandis que la nationalité de 111 autres personnes reste à identifier. Ces disparitions surviennent dans un district pourtant réputé pour son rôle de carrefour entre treks, pèlerinages et échanges commerciaux, comme le rapporte Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- 95 morts et 403 disparus dans une région himalayenne frappée par une coulée de boue, selon Reuters et les autorités népalaises.
- Parmi les disparus, 341 étrangers, dont des pèlerins en route vers le mont Kailash et le lac Manasarovar, un flux en forte croissance.
- Le district de Rasuwa, touché par la catastrophe, est une zone de passage majeure entre le Népal et le Tibet, à la fois pour le trek et les pèlerinages.
- La mousson complique les déplacements, mais n’empêche pas les flux de pèlerins, dont certains sont pris au piège des crues.
- Un glacier s’est effondré à 5 200 mètres d’altitude, déclenchant une avalanche et une crue torrentielle, sans que la cause exacte soit encore déterminée.
Un district himalayen au croisement de multiples flux touristiques
Le district de Rasuwa, situé au nord de Katmandou, est souvent perçu comme proche sur une carte, mais son accès réel nécessite plus de trois heures de route sinueuse à travers les contreforts himalayens. Dhunche, chef-lieu du district, marque l’entrée du parc national du Langtang, tandis que Syabrubesi, plus au nord, est un carrefour incontournable pour les randonneurs. Au-delà, la route mène à Timure, Rasuwagadhi, puis au poste-frontière de Gyirong, dernier verrou népalais avant le Tibet. C’est précisément cet axe, à la fois touristique et commercial, qui a été frappé par la catastrophe. Le Figaro souligne que cette zone ne se résume pas à une région de trek : elle est aussi une porte d’entrée vers des sites sacrés et un corridor historique.
Pour les amateurs de randonnée, le Langtang est une destination prisée, avec des villages tamangs et des sites comme Kyanjin Gompa ou le lac Gosainkunda, perché à 4 380 mètres. Mais Syabrubesi est également un point de départ pour une autre voie : la vallée de la Bhote Kosi, qui mène vers Rasuwagadhi. Cet axe, décrit par le Nepal Tourism Board comme « un ancien corridor commercial entre le Népal et Kerong, au Tibet », est aujourd’hui emprunté par des pèlerins se rendant au mont Kailash et au lac Manasarovar, dans l’ouest du Tibet. Cette route, empruntée par des milliers de voyageurs chaque année, explique pourquoi la région reste très fréquentée en août, malgré la mousson.
Des pèlerins en route vers le Kailash-Manasarovar pris au piège des crues
Selon le Kathmandu Post, près de 400 pèlerins, encadrés par une dizaine d’agences de voyages, s’apprêtaient mercredi à franchir la frontière de Rasuwagadhi en direction du Kailash-Manasarovar lorsque les crues ont coupé les routes et les communications. L’AFP précise que les 12 Britanniques et les 4 Sud-Africains portés disparus voyageaient avec Alpine Eco Trek, tandis que les 3 Américains étaient clients de Fishtail Tours & Travels. Un Australien et un Néerlandais figuraient quant à eux parmi les clients de Kathmandu Holiday Tours & Travel. Les autorités et les voyagistes tentaient encore en fin de journée de localiser leurs clients, dispersés le long de cet axe frontalier.
Le mont Kailash, culminant à 6 638 mètres, est un site sacré pour l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme et la religion bön. Les pèlerins accomplissent autour de lui une circumambulation de 50 kilomètres, appelée kora ou parikrama. Pour les hindous, la montagne est considérée comme la demeure de Shiva. Le flux de pèlerins vers cette région est loin d’être anecdotique : en 2025-2026, 13 523 touristes religieux ont franchi la frontière de Rasuwagadhi, soit une hausse de près de 19 % en un an, selon les données de l’immigration népalaise rapportées début août par Nepal News. Le passage avait cependant été interrompu pendant sept mois en raison de dégâts causés par des inondations précédentes.
La mousson, un frein au trek mais pas aux pèlerinages
Si la mousson, qui s’étend de juin à septembre, complique les randonnées en rendant les sentiers glissants et en gonflant les rivières, elle n’interrompt pas les flux de pèlerins. Le Nepal Tourism Board recommande d’ailleurs d’éviter la région pour le trek entre juin et septembre, privilégiant octobre-novembre et mars-mai. Pourtant, le calendrier himalayen est aussi dicté par des impératifs religieux. Dans le même district de Rasuwa, le lac Gosainkunda accueille chaque année des milliers de pèlerins pour Janai Purnima, une fête dédiée aux rites de purification. Les voyageurs disparus mercredi ne doivent pas être confondus avec ces fidèles : les premières informations les situent principalement sur la route du Kailash-Manasarovar. Cette concomitance illustre une réalité de l’Himalaya : la mousson ne plonge pas la région dans l’hibernation, mais modifie simplement les flux.
Les causes exactes de la catastrophe restent à élucider. D’après les premières analyses d’images satellites, une partie d’un glacier se serait détachée à 5 200 mètres d’altitude avant de s’effondrer 1 200 mètres plus bas, entraînant glace, roches et sédiments dans la rivière Lhende. Cette avalanche aurait provoqué la crue torrentielle. Si un séisme de magnitude 4,4 s’est produit quelques minutes auparavant, son rôle n’a pas encore été établi. Quant à un éventuel lien avec le changement climatique, les scientifiques estiment prématuré de se prononcer. Une chose est sûre : la géographie de la région, où routes et sentiers mènent vers des vallées de trek, des lacs sacrés ou la frontière tibétaine, éclaire la diversité des voyageurs présents lors de l’accident.
Un bilan qui interroge sur la gestion des risques en Himalaya
Cette catastrophe soulève des questions sur la vulnérabilité des infrastructures himalayennes face aux aléas climatiques et géologiques. Si la mousson est un phénomène récurrent, les crues et glissements de terrain restent difficiles à anticiper, surtout dans des régions aussi reculées que le district de Rasuwa. Le Figaro rappelle que le passage de Rasuwagadhi avait déjà été endommagé par des inondations précédentes, entraînant une fermeture temporaire. Les autorités népalaises et les voyagistes devraient désormais évaluer la pertinence de renforcer les systèmes d’alerte précoce et les plans d’évacuation dans cette zone à haut risque.
Par ailleurs, la croissance du tourisme religieux vers le Kailash-Manasarovar, en hausse de près de 19 % en un an, pose la question de la saturation des routes et des capacités d’accueil locales. Les pèlerins, souvent en groupes organisés par des agences, pourraient être incités à adapter leurs dates de voyage pour éviter la période de mousson, ou à privilégier des itinéraires alternatifs plus sûrs. Une réflexion plus large sur la résilience des destinations himalayennes face au changement climatique s’impose également, alors que les glaciers de la région reculent et que les événements extrêmes se multiplient.
Le district de Rasuwa est un carrefour touristique majeur, emprunté à la fois par des randonneurs (vers le Langtang ou Gosainkunda) et par des pèlerins se rendant au mont Kailash et au lac Manasarovar. Si la mousson complique les treks, elle n’interrompt pas les pèlerinages, qui suivent un calendrier religieux strict. En août, des centaines de pèlerins étaient ainsi en route vers le Tibet lorsque la catastrophe a frappé.
Les opérations de recherche et de secours doivent se poursuivre dans les prochains jours, avec une coordination entre les autorités népalaises, les agences de voyages et les ambassades concernées. Les familles des victimes seront accompagnées dans les démarches d’identification et de rapatriement des dépouilles. Une enquête sera également ouverte pour déterminer les causes exactes de l’effondrement du glacier et évaluer les éventuelles responsabilités.