À partir de ce mercredi 3 juin 2026, Netflix propose une nouvelle formule d’humour qui mise sur le clash : « Dans la sauce », un « roast » animé par le comédien Paul de Saint Sernin. Ce format, encore peu répandu en France, consiste à moquer publiquement une célébrité avec son accord, dans un mélange de provocation et de comédie. L’émission met en scène d’anciens champions du monde de football, les Bleus de 1998 et ceux de 2018, aux côtés d’humoristes confirmés comme Pablo Mira, Monsieur Poulpe, Hakim Jemili, Sarah Lélé ou Kheiron. Selon Franceinfo - Culture, l’objectif est de transposer une tradition américaine déjà bien établie, où l’autodérision et la méchanceté assumée rythment les spectacles.

Ce qu'il faut retenir

  • L’émission « Dans la sauce », diffusée à partir du 3 juin 2026 sur Netflix, propose un « roast » mettant en scène les Bleus de 1998 et de 2018, encadrés par des humoristes.
  • Le « roast » est un format où une célébrité est moquée avec son consentement, à condition que la critique reste drôle et méchante.
  • Cette pratique, populaire aux États-Unis depuis les années 1970, peine à s’imposer en France malgré quelques tentatives passées.
  • Des humoristes comme Paul Brunstein-Compard comparent le « roast » à des pratiques consenties comme le BDSM, où la violence est ritualisée et acceptée.
  • En France, le format a été testé dans des émissions comme Drag Race France, mais avec des résultats mitigés en raison d’un public moins réceptif.

Un « roast » : quand la moquerie devient un spectacle

Le principe du « roast » repose sur un contrat tacite : la cible, généralement une célébrité, accepte d’être ridiculisée par des humoristes lors d’un spectacle public. Selon Paul de Saint Sernin, l’animateur de « Dans la sauce », « un "roast", c’est quand on défonce une personne mais qu’elle est d’accord ». Il précise dans une vidéo promotionnelle diffusée par Netflix que « si ce n’est que méchant, c’est gratuit. Si ce n’est que drôle, ce n’est pas du "roast" ». Cette nuance est cruciale : l’exercice doit allier humour et provocation, sans basculer dans l’injure gratuite.

Paul Brunstein-Compard, professeur de stand-up au cours Florent et membre du Poulet Comedy Club, compare cette pratique à des dynamiques consenties, comme le BDSM. « C’est violent, mais tout le monde est d’accord, et les limites sont posées », explique-t-il. Les humoristes échangent parfois des informations en amont pour affiner leurs vannes, et l’ambiance post-spectacle reste détendue. « Quand je vais en loge après des "roasts", on continue à en rigoler. Ce n’est pas une ambiance d’affrontement. »

En France, une pratique encore balbutiante malgré quelques tentatives

Le « roast » n’est pas une nouveauté en France. Dès 2007, lors de la campagne présidentielle, l’humoriste Thomas Ngijol s’était prêté au jeu en « roastant » Nicolas Sarkozy sur le plateau du Grand Journal de Canal+. Plus récemment, en 2023, les youtubeurs McFly et Carlito avaient tenté un « auto-roast », se moquant eux-mêmes dans une vidéo devenue virale. Dans le rap, le format avait également connu un certain succès avec les « Rap contenders » sur YouTube au début des années 2010.

Cependant, ces initiatives restent marginales. L’adaptation du « roast » dans Drag Race France, diffusée sur France.tv, n’a pas convaincu tous les spectateurs. Comme le souligne La Cagagne, une drag queen du collectif parisien La Gomorrhée, « le public français prend souvent ça pour de la méchanceté gratuite, et non pour de l’humour ». Elle cite l’exemple de Cookie Kunty, critiquée après son passage dans l’émission pour son ton « piquant et méchant », alors que ce style de discours est courant dans le milieu drag.

Aux États-Unis, une tradition déjà bien ancrée

Le « roast » est une institution aux États-Unis, où il est popularisé depuis les années 1970 par des émissions comme celles de la chaîne Comedy Central. L’exemple le plus célèbre reste celui de Donald Trump en 2011, cinq ans avant son élection à la présidence. Lors de cette émission, le milliardaire avait fixé une règle : interdire les blagues sur sa prétendue fortune. Selon le journaliste Alex Jung, dans un article publié en 2016 sur le site Vulture, Trump avait également demandé que les moqueries sur sa coiffure soient évitées. Malgré ces limites, l’événement avait marqué les esprits.

Paul Brunstein-Compard estime que « les Américains arrivent mieux à rire d’eux-mêmes », un constat qui explique en partie le succès du format outre-Atlantique. Pour lui, « le "roast", c’est un "bad buzz" qui est en réalité un "good buzz" » : une opération de communication risquée, mais potentiellement très rentable. Il juge d’ailleurs cette pratique « plus saine » que les spectacles de stand-up classiques, où le public est souvent la cible principale des moqueries, notamment les premiers rangs.

Une pratique qui divise en France

Si le « roast » séduit certains humoristes, il reste un exercice périlleux dans l’Hexagone. Comme le rappelle Paul de Saint Sernin, Patrick Bruel a décliné l’invitation à participer à l’émission, estimant probablement que les limites entre humour et offense seraient trop floues. En effet, la frontière entre provocation assumée et méchanceté gratuite est ténue, et le public français n’est pas toujours enclin à distinguer les deux.

La Cagagne, qui a organisé une soirée dédiée au « roast » en avril 2026, reconnaît que le format pose question. « En France, les challenges de "roast" ne sont pas les plus réussis ni les plus appréciés », admet-elle. Elle note que le public de Drag Race France a souvent perçu ces séquences comme de la cruauté inutile, alors que les drag queens les utilisent entre elles de manière banale. Ce décalage culturel explique en partie pourquoi le « roast » peine à s’imposer comme un genre à part entière dans l’Hexagone.

Et maintenant ?

Avec la diffusion de « Dans la sauce » sur Netflix, le « roast » pourrait connaître un regain d’intérêt en France. La plateforme mise sur son algorithme pour toucher un public jeune et habitué aux formats courts et percutants. Reste à voir si ce pari portera ses fruits. Pour Paul Brunstein-Compard, « on manque encore d’autodérision en France », et l’émission pourrait contribuer à changer les mentalités. D’autres projets similaires pourraient émerger dans les comedy clubs parisiens, où le format commence à gagner du terrain. Pour l’instant, l’issue de cette tentative reste incertaine, mais une chose est sûre : le débat sur les limites de l’humour est relancé.

Pour l’heure, « Dans la sauce » s’annonce comme un test grandeur nature pour le « roast » à la française. Si le public adhère, ce format pourrait bien s’installer durablement dans le paysage audiovisuel hexagonal. À l’inverse, un échec pourrait retarder encore longtemps l’adoption de cette pratique américaine, malgré son potentiel comique.

Le « roast » repose sur un consentement explicite de la personne moquée. Contrairement à une critique ou une moquerie non sollicitée, le « roast » est un spectacle organisé où l’humoriste et la cible s’entendent au préalable sur les limites et le ton. Selon Paul Brunstein-Compard, « tout le monde est d’accord, et les limites sont posées ». L’exercice doit aussi mêler humour et provocation : une blague uniquement méchante ou uniquement drôle n’est pas considérée comme un « roast » valable.