Un simple comprimé pris pendant douze semaines suffit à guérir de l’hépatite C, mais son coût élevé en fait un traitement réservé à une minorité. C’est ce que dénonce Charles Rice, lauréat du prix Nobel de médecine en 2020, dans une alerte relayée par Top Santé.

Selon la revue spécialisée, ce traitement, aussi efficace que simple d’utilisation, incarne un paradoxe criant : il existe, il est éprouvé, mais il reste hors de portée pour une grande partie des patients dans le monde. Derrière cette situation se joue un conflit persistant entre l’impératif de santé publique et les logiques de profit des laboratoires pharmaceutiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un comprimé pendant 12 semaines suffit à guérir l’hépatite C, avec un taux de réussite supérieur à 95 %.
  • Le coût de ce traitement le rend inaccessible à de nombreux patients, malgré son efficacité.
  • Charles Rice, prix Nobel de médecine 2020, dénonce cette situation comme un « scandale sanitaire ».
  • La guérison de l’hépatite C est possible, mais son accès reste inégal selon les pays et les systèmes de santé.
  • Cette alerte met en lumière les tensions entre santé publique et intérêts économiques des laboratoires.

Un traitement révolutionnaire, mais à quel prix ?

L’efficacité du traitement contre l’hépatite C repose sur des antiviraux à action directe, capables de détruire le virus en quelques semaines. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces médicaments permettent une guérison définitive dans plus de 95 % des cas. Pourtant, leur prix – souvent supérieur à 20 000 euros par patient dans les pays développés – en limite drastiquement l’accès.

Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’OMS classe l’hépatite C comme une « priorité de santé publique ». En 2024, l’organisation estimait à 58 millions le nombre de personnes infectées dans le monde, dont une majorité dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Pour Charles Rice, interrogé par Top Santé, cette inaccessibilité relève d’un « échec collectif ».

« Nous disposons d’un traitement qui peut sauver des millions de vies, mais nous échouons à le rendre accessible. C’est un scandale qui dépasse la simple question médicale pour toucher à l’éthique même de nos systèmes de santé. »

— Charles Rice, prix Nobel de médecine 2020, cité par Top Santé

Le bras de fer entre santé publique et profits pharmaceutiques

Les laboratoires pharmaceutiques justifient ces tarifs élevés par les coûts de recherche et développement, estimés à plus d’1 milliard de dollars pour certains médicaments. Pourtant, ces mêmes entreprises enregistrent des marges bénéficiaires records. En 2023, le géant américain Gilead Sciences, qui commercialise l’un des traitements phares contre l’hépatite C, a enregistré un chiffre d’affaires de 27 milliards de dollars.

Face à cette situation, plusieurs pays ont tenté de contourner les brevets pour produire des versions génériques à moindre coût. C’est notamment le cas de l’Inde, qui fabrique des copies à moins de 500 dollars par traitement. Cependant, ces initiatives se heurtent à des pressions diplomatiques et juridiques de la part des laboratoires.

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste limitée

L’OMS recommande depuis 2016 l’adoption de stratégies de traitement universel contre l’hépatite C, incluant la baisse des prix et le dépistage massif. Pourtant, en 2025, seuls 10 % des patients infectés avaient accès à ces thérapies. En Europe, des pays comme l’Espagne ou la France ont négocié des tarifs préférentiels avec les laboratoires, mais l’accès reste inégal.

En France, le traitement est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie depuis 2019. Pourtant, des associations comme Médecins du Monde soulignent que des populations marginalisées, comme les sans-abri ou les migrants, restent exclues de ces dispositifs. « L’accès aux soins ne devrait pas dépendre de son statut administratif ou de son niveau de revenu », a rappelé l’organisation dans un rapport publié en 2025.

Et maintenant ?

Les négociations entre États, laboratoires et organisations internationales devraient s’intensifier d’ici la fin de l’année 2026. L’OMS a fixé un objectif : réduire de 80 % le nombre de nouvelles infections d’ici 2030. Pour y parvenir, une baisse significative des prix des traitements sera indispensable. Les prochaines réunions de l’Organisation mondiale du commerce, prévues en octobre 2026, pourraient aborder cette question de front.

En attendant, Charles Rice appelle à une mobilisation internationale : « Les vies sauvées valent plus que les profits. Il est temps que les dirigeants agissent en conséquence. »

Les laboratoires pharmaceutiques invoquent les coûts élevés de recherche et développement, estimés à plus d’un milliard de dollars pour certains médicaments. Cependant, ces tarifs sont aussi le résultat de stratégies de prix différenciés selon les pays et de la protection des brevets, qui limitent la concurrence des génériques.