Une publication virale sur le réseau social X, partagée près de 100 000 fois depuis le 28 juin 2026, affirme que les caméras de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) déployées en France pourraient bientôt identifier les téléphones, montres connectées ou écouteurs présents dans les véhicules. Selon Franceinfo – Sciences, cette allégation repose sur une interprétation trompeuse d’une technologie réelle, mais dont l’usage reste très encadré et incertain dans l’Hexagone.
Ce qu'il faut retenir
- La technologie SignalTrace, commercialisée par l’entreprise italienne Leonardo, permet théoriquement de lier les signaux émis par les objets connectés à une plaque d’immatriculation. Elle est déjà utilisée aux États-Unis, mais son déploiement en France n’est pas confirmé.
- Les caméras LAPI actuelles en France ne sont pas équipées pour capter ces signaux. Leur mise à jour nécessiterait un appel d’offres public et une modification législative majeure.
- Le cadre juridique français limite strictement l’utilisation des LAPI : conservation des données limitée à 30 jours, et usage réservé à des missions précises comme la lutte antiterroriste ou la prévention des infractions graves.
- Une proposition de loi, adoptée par le Sénat fin 2025, envisage d’élargir l’usage des LAPI pour d’autres infractions, mais sans inclure la collecte de signaux électroniques.
- L’entreprise Leonardo n’est pas identifiée comme un acteur du marché français des LAPI, selon les professionnels du secteur interrogés par Franceinfo – Sciences.
Une rumeur amplifiée par un ancien agent de la DGSI
Le 28 juin 2026, un message publié sur X par Christophe Boutry – un ancien agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) condamné en 2025 pour corruption – a relancé le débat. Sous le pseudonyme « Haurus », il affirme que la technologie SignalTrace, développée par l’entreprise Leonardo, permettrait aux caméras LAPI de scanner les signaux Bluetooth, Wi-Fi ou RFID émis par les appareils connectés dans les véhicules. « Tes AirPods vont bientôt parler aux radars ! » écrit-il, suggérant une surveillance généralisée des citoyens.
Cependant, cette publication omet de préciser que SignalTrace est aujourd’hui utilisée aux États-Unis, et non en France. Elle présente en outre cette technologie comme un outil de surveillance de masse, alors que son usage serait strictement limité aux enquêtes policières ciblées. Interrogé par Franceinfo – Sciences, Olivier Blazy, professeur à l’École polytechnique et chercheur en cryptographie, rappelle que SignalTrace « fait du scan passif » : elle capte les schémas de communication électronique des appareils, mais ne permet pas une surveillance indiscriminée.
Comment fonctionne vraiment SignalTrace ?
Selon la présentation de Leonardo, SignalTrace génère une « empreinte numérique » à partir des appareils connectés situés à proximité d’un véhicule. Par exemple, si une voiture contient un iPhone 13 rev2, une montre Garmin, des écouteurs Bose et une plaque d’immatriculation ABC-1234, le système peut associer ces éléments pour créer un profil unique. Cette base de données, consultable par les forces de l’ordre, permettrait de suivre un suspect même s’il change de voiture ou de téléphone.
Pour autant, cette technologie soulève des questions éthiques majeures. Olivier Blazy souligne que « ça traque tout le monde, pas seulement les criminels ». Le risque de fuites de données, déjà illustré par des affaires de revente d’accès à des bases sensibles par des policiers, ajoute une couche d’inquiétude. « Entre les piratages récents et les dérives avérées, le danger est bien réel », estime le chercheur.
Les caméras LAPI françaises ne sont pas compatibles avec SignalTrace
Contrairement à ce qu’affirme la publication virale, les caméras LAPI déployées en France ne sont pas conçues pour capter les signaux électroniques. Dominique Legrand, président de l’Association nationale de la vidéoprotection, est catégorique : « Leonardo n’est pas un acteur identifié du marché français du LAPI. Cette société est inactive dans l’Hexagone. » Alexandre Chapron, directeur commercial de Survision – l’un des principaux fabricants français de caméras LAPI –, abonde dans ce sens : « Je n’ai jamais vu Leonardo se positionner sur des appels d’offres en France. »
Pour qu’un tel système soit adopté, il faudrait que les caméras actuelles soient équipées de récepteurs dédiés, capables de scanner les ondes émises par les objets connectés. Une telle modification représenterait un investissement colossal et nécessiterait une autorisation législative explicite, au-delà des simples mises à jour logicielles évoquées dans la rumeur.
Un cadre juridique strict et des projets de loi en débat
En France, l’utilisation des caméras LAPI est encadrée par la loi. Les données collectées ne peuvent être conservées au-delà de 30 jours, et leur usage est réservé à des missions précises : maintien de l’ordre public, prévention du terrorisme, ou facilitation de la constatation d’infractions criminelles. Une proposition de loi, portée par le sénateur Pierre-Jean Rochette (Les Indépendants) et adoptée par le Sénat fin 2025, vise à élargir ces usages pour inclure des infractions comme le vol aggravé, le recel ou l’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire. Cependant, ce texte ne prévoit en aucun cas la collecte de signaux électroniques.
Dominique Legrand insiste : « L’utilisation de SignalTrace nécessiterait un nouveau texte de loi, car elle ne relève pas d’une simple mise à jour technique. » Le règlement général sur la protection des données (RGPD) impose en outre des exigences strictes en matière de proportionnalité et de finalité. Plusieurs décisions de la Cour de justice de l’Union européenne ont d’ailleurs rappelé que la lutte contre la criminalité ne justifie pas une collecte généralisée et indifférenciée de données.
En attendant, la rumeur relayée sur les réseaux sociaux illustre une fois de plus la méfiance croissante envers les technologies de surveillance, même lorsque celles-ci sont encadrées par la loi. Les pouvoirs publics devront clarifier leur position pour éviter que des interprétations erronées ne nourrissent les craintes d’une société de surveillance généralisée.
Non. Selon les professionnels interrogés par Franceinfo – Sciences, l’entreprise Leonardo n’est pas active sur le marché français des caméras LAPI, et aucune source officielle n’a confirmé son déploiement dans l’Hexagone.
Les données collectées par les caméras LAPI ne peuvent être conservées au-delà de 30 jours, et leur usage est strictement limité à des missions précises comme la lutte antiterroriste ou la prévention d’infractions graves. Une proposition de loi en débat au Parlement envisage d’élargir ces usages, mais sans inclure la collecte de signaux électroniques.