Deux ans et demi après son départ du club, Mehdi Benatia, ancien directeur du football de l’Olympique de Marseille, a livré un témoignage sans concession sur les dysfonctionnements persistants au sein du club phocéen. Dans l’émission The Bridge, diffusée sur YouTube et animée par Aurélien Tchouameni, l’ex-international marocain a évoqué avec franchise les difficultés auxquelles il a été confronté entre 2023 et 2026, avant de quitter ses fonctions à l’issue de la saison écoulée. Ces déclarations, rapportées par RMC Sport, révèlent un système où les privilèges des joueurs et de leur entourage prenaient parfois le pas sur les règles établies.

Ce qu'il faut retenir

  • Un système de tribunes différenciées pour les épouses des joueurs selon leur statut, un phénomène « normalisé » à Marseille selon Mehdi Benatia.
  • Des pressions exercées par des agents et des familles pour imposer des signatures de contrats professionnels, malgré des niveaux de jeu jugés insuffisants.
  • Des horaires et des charges de travail souvent surévalués par certains membres du staff, une pratique qu’il qualifie de « folie du club ».
  • Une gestion interne opaque, où des rôles flous et des responsabilités mal définies alimentaient les tensions.
  • Des prises de position radicales de Benatia, qui assume avoir « mis le doigt » sur ces dysfonctionnements malgré les critiques.

Un club où les privilèges primaient sur les règles

Mehdi Benatia n’a pas mâché ses mots pour décrire l’environnement marseillais. Selon lui, la structure du club était gangrenée par des habitudes « inadmissibles » dans un club professionnel moderne. « J’ai vu des comportements, ce n’est pas possible », a-t-il lancé, sans détour. Parmi les exemples les plus frappants, celui des tribunes réservées aux familles des joueurs. « En fonction de l’importance du joueur, sa femme est installée dans une tribune différente de celles des autres », a-t-il expliqué. Une pratique qui, selon lui, choquait peu de monde à l’époque, mais qui révèle un système où les égards envers certains joueurs dépassaient les règles collectives.

— « Et ça ne choquait personne. Moi, j’ai vu ça… Maintenant, les gens en parlent. Comment tu peux accepter que, dans un vestiaire partagé, la femme d’un joueur soit dans la même tribune que le président, tandis que celle d’un autre est reléguée en tribune famille ? »

Ces disparités, selon Benatia, s’inscrivaient dans une logique plus large où le statut des joueurs dictait les règles, au détriment d’une gestion rigoureuse. Un système qu’il a qualifié de « république du joueur », où les entourages familiaux et les agents pesaient parfois davantage que les décisions sportives.

Des pressions extérieures et des dérives organisationnelles

Au-delà des privilèges, Mehdi Benatia a détaillé les pressions exercées par des agents et des familles pour obtenir des signatures professionnelles. « Tu t’occupes de tout : d’en bas, les parents qui font un peu les poussettes avec la presse pour imposer un gamin qui ne mérite pas de signer pro », a-t-il dénoncé. Selon lui, ces pratiques étaient monnaie courante et risquaient de fausser le processus de détection des jeunes talents. « Si tu ne t’occupes pas de ça, ça ne sera pas traité, car à Marseille, ça a été la république du joueur pendant des années. »

Il a également pointé du doigt les dérives liées aux horaires de travail et à l’évaluation des charges réelles. « On m’a reproché de mettre le doigt là où ça fait mal : les mecs qui te font croire qu’ils ont travaillé 15 heures alors que ce n’est pas vrai, les rôles flous de certains dirigeants dont je n’ai jamais compris l’utilité… » a-t-il souligné. Pour Benatia, ces dysfonctionnements créaient un climat de travail toxique, où l’opacité et les privilèges prenaient le pas sur l’efficacité.

Une mission assumée, malgré les critiques

Malgré les tensions engendrées par ses prises de position, Mehdi Benatia assume pleinement ses choix. Arrivé à l’OM avec l’ambition de structurer le club, il a rapidement compris l’ampleur des défis. « Quand je suis arrivé, je me suis dit : je n’ai pas le droit à l’erreur. Je suis obligé d’être entier tous les jours, car je vais rester vivre là-bas », a-t-il déclaré. Ses interventions musclées, que ce soit via des sanctions ou des déclarations publiques, lui ont valu des inimitiés, mais aussi une forme de respect pour sa franchise.

Dans l’émission, il a confirmé avoir envisagé de « fermer les yeux » sur ces problèmes, mais a finalement choisi de les affronter de front. « J’aurais dû ignorer les horaires, les mecs qui mentent sur leur temps de travail, la folie de ce club… Mais je ne vais pas changer. » Une position qui a marqué son passage marseillais, même si elle a aussi contribué à son départ, alors que l’actionnaire Frank McCourt avait initialement demandé son maintien pour la fin de saison.

Des révélations qui laissent des zones d’ombre

Interrogé sur les derniers jours de sa mission, Benatia a évoqué des « trucs qui n’ont pas été » cette semaine-là, sans préciser leur nature. « Je pourrais me dire : dans cinq matchs, c’est fini, pourquoi faire des vagues ? Mais j’ai vu des comportements, c’est pas possible », a-t-il simplement commenté. Ces propos, enregistrés en avril 2026, confirment que ses prises de parole s’inscrivaient dans une logique de rupture avec un système qu’il jugeait intenable.

Ses déclarations s’ajoutent à une série d’interviews où il n’a pas hésité à critiquer ouvertement les dirigeants du club, comme Walid Regragui ou Louis-Vincent Gave, ou encore des figures du football français. Une franchise qui tranche avec la discrétion souvent de mise dans ce milieu.

Et maintenant ?

Le départ de Mehdi Benatia de l’OM laisse le club marseillais face à un défi de taille : poursuivre la modernisation de sa gestion tout en maintenant la compétitivité sportive. Ses révélations pourraient relancer le débat sur la gouvernance des grands clubs français, où les pressions extérieures et les privilèges des joueurs restent des sujets sensibles. Pour l’OM, l’enjeu sera de concilier les attentes sportives avec une gestion plus transparente, sans quoi les dysfonctionnements décrits par Benatia risquent de resurgir. La prochaine saison, qui débutera en août 2026, sera un premier test pour évaluer l’impact de ces changements.

La question se pose également de savoir si d’autres acteurs du club, encore en place, pourraient s’inspirer de ses critiques pour faire évoluer les pratiques. Pour l’instant, aucune réaction officielle de l’OM n’a été communiquée concernant les propos de Benatia. Reste à voir si ses révélations accéléreront les réformes internes ou, au contraire, seront minimisées par les dirigeants actuels.

Mehdi Benatia a quitté l’Olympique de Marseille à l’issue de la saison 2025-2026, après avoir repoussé sa démission à la demande de l’actionnaire Frank McCourt. Ses prises de position radicales sur les dysfonctionnements du club et ses prises de parole publiques ont contribué à son départ, dans un contexte où il estimait ne plus pouvoir agir librement, comme il l’a expliqué dans l’émission The Bridge.