Le sultanat d’Oman, dirigé par le sultan Haïtham ben Tariq, prend position pour une refonte des mécanismes de sécurité dans le golfe Persique, alors que la région sort d’un conflit armé autour du détroit d’Ormuz. Badr Al-Busaidi, ministre omanais des Affaires étrangères, a plaidé en faveur d’une « nouvelle architecture de sécurité » intégrant l’ensemble des pays riverains, y compris l’Iran. Selon Le Monde, cette initiative vise à éviter que ne se reproduisent les tensions qui ont conduit à des affrontements meurtriers ces dernières années.

Ce qu'il faut retenir

  • Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Al-Busaidi, propose une refonte des mécanismes de sécurité dans le golfe Persique.
  • Cette nouvelle architecture inclurait l’Iran, principal acteur régional, souvent exclu des discussions sécuritaires.
  • Le sultanat d’Oman suggère que les redevances perçues sur les navires dans le détroit d’Ormuz pourraient être conformes au droit international.
  • Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique, a été au cœur de conflits récents entre pays du Golfe et l’Iran.

Une proposition omanaise pour apaiser les tensions régionales

Dans un entretien accordé à Le Monde, Badr Al-Busaidi a souligné que le sultanat d’Oman, connu pour son rôle de médiateur, entend jouer un rôle central dans la reconstruction des relations entre les pays du Golfe. « Oman et ses voisins émergent d’une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu », a-t-il déclaré. Le ministre a ajouté que cette guerre a mis en lumière l’urgence de mettre en place des mécanismes de dialogue et de coopération, afin d’éviter de nouvelles escalades militaires.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du trafic pétrolier mondial, reste un point de friction majeur. Les tensions entre l’Iran et les monarchies du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, se sont intensifiées ces dernières années, culminant en une série de conflits armés et de blocages maritimes. Oman, qui a toujours prôné une diplomatie de compromis, se positionne désormais comme un acteur clé pour rétablir une stabilité durable.

L’Iran au cœur de la nouvelle architecture de sécurité

L’une des innovations majeures de la proposition omanaise réside dans l’inclusion de l’Iran dans le processus. Téhéran, souvent marginalisé dans les forums régionaux, a été la cible de sanctions internationales et de pressions militaires, ce qui a exacerbé les tensions. « Sans l’Iran, toute architecture de sécurité régionale sera incomplète », a rappelé Badr Al-Busaidi. Il a précisé que Muscat est prêt à faciliter des rencontres entre les parties pour discuter des enjeux sécuritaires, notamment la question des redevances sur les navires.

Ces redevances, perçues par certains pays pour financer la protection du détroit, ont été contestées par l’Iran, qui considère ces mesures comme une atteinte à sa souveraineté. Selon des sources diplomatiques citées par Le Monde, Oman propose que ces prélèvements soient encadrés par le droit international, afin d’éviter toute instrumentalisation politique ou militaire. « Les redevances pourraient être compatibles avec le droit, à condition qu’elles soient négociées de manière transparente », a expliqué le ministre.

Et maintenant ?

La proposition omanaise pourrait être soumise lors de la prochaine réunion du Conseil de coopération du Golfe (CCG), prévue en décembre 2026. Plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis et le Qatar, ont déjà manifesté un intérêt prudent pour cette initiative. Reste à voir si l’Arabie saoudite et l’Iran, dont les relations restent extrêmement tendues, accepteront de s’engager dans ce processus. Pour Oman, l’enjeu est de taille : prouver que la diplomatie peut l’emporter sur les solutions militaires.

Les réactions attendues dans les prochains mois

Les analystes estiment que cette proposition intervient à un moment où la région, épuisée par des années de conflits, pourrait être réceptive à un nouveau cadre de coopération. Cependant, des obstacles majeurs subsistent, notamment la méfiance entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ainsi que les divergences sur la gestion des ressources énergétiques. Le sultanat d’Oman, qui a toujours entretenu des relations équilibrées avec Téhéran, mise sur son capital diplomatique pour faire avancer le dossier.

« Nous ne pouvons pas nous permettre une nouvelle escalade dans le golfe Persique », a rappelé Badr Al-Busaidi. « La sécurité de la région doit être collective, et non exclusive. » Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’accueil réservé à cette initiative, alors que les pays du Golfe préparent leurs stratégies pour les années à venir.

Dans ce contexte, Muscat pourrait organiser une conférence internationale d’ici le printemps 2027, afin de concrétiser cette architecture de sécurité. Mais pour que cela aboutisse, il faudra que toutes les parties acceptent de faire des concessions – un exercice qui s’annonce aussi complexe que nécessaire.

Selon Badr Al-Busaidi, elle inclurait tous les pays riverains du golfe Persique, c’est-à-dire l’Iran, l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis et Oman lui-même. L’objectif est d’assurer une représentation équilibrée de tous les acteurs régionaux.