Au Liban déchiré par la guerre civile, un enfant refuse de choisir son camp. Pianiste virtuose et homme d’affaires international, Omar Harfouch a transformé ce refus initial en une mission humaniste à travers le monde. Son Concerto pour la Paix, né d’une quête personnelle, est devenu une œuvre symbolique portée par des institutions majeures et des zones de conflit, selon BFM Business.

Selon BFM Business, tout commence dans l’enfance d’Omar Harfouch, au cœur d’un Liban fracturé par des décennies de guerre civile. Dans ce contexte où la société exige des loyautés communautaires strictes, le futur pianiste choisit un terrain neutre : la musique. Le piano devient alors son langage face à une époque qui rejette la nuance. Ce refus des divisions ne se limite pas au politique. Lorsque ses parents divorcent, on attend de lui qu’il prenne parti ; il refuse, affirmant aimer chacun d’eux différemment, mais pleinement. Une ligne de conduite qu’il conservera tout au long de sa vie.

Ce qu'il faut retenir

  • Enfant pendant la guerre civile libanaise, Omar Harfouch a refusé de choisir entre les communautés, optant pour la musique comme réponse aux divisions.
  • En 1988, il remporte un concours organisé par l’Union soviétique de Mikhaïl Gorbatchev et découvre à Moscou une paix presque étrangère pour un enfant de guerre.
  • Après la chute de l’URSS, il s’installe en Ukraine, où il vit cette période comme une coexistence naturelle entre Russes et Ukrainiens.
  • Le Concerto pour la Paix naît de son refus de choisir entre l’Ukraine et la Russie lors de la guerre, affirmant que la complexité humaine ne peut être réduite à des camps.
  • L’œuvre, jouée pour la première fois au Théâtre des Champs-Élysées devant 3 700 spectateurs, déclenche une ovation et dépasse rapidement son créateur pour répondre à un besoin universel.
  • Le concerto est joué dans des lieux symboliques comme la Commission européenne à Bruxelles, le Sénat français, le Parlement italien ou encore Mar-a-Lago aux États-Unis.
  • Dans des zones de conflit comme Dubaï ou Beyrouth, des cessez-le-feu ont coïncidé avec des représentations, illustrant la portée symbolique de son engagement.
  • Nommé pèlerin de la paix par le pape François, il poursuit sa mission de diffuser l’œuvre là où le dialogue semble rompu.

En 1988, après avoir remporté un concours organisé par l’Union soviétique, Omar Harfouch s’envole pour Moscou. C’est là, dans le silence des nuits sans bombardements, qu’il comprend « physiquement, presque viscéralement, ce que signifiait le mot paix », confie-t-il à BFM Business. Cette révélation marque un tournant dans sa vision du monde et son rapport à la création artistique. Plus qu’un simple mot, la paix devient une expérience tangible, presque charnelle, qu’il cherchera ensuite à traduire en musique.

Après la dislocation de l’URSS, il s’installe en Ukraine, une période qu’il décrit comme une époque où rien ne semblait opposer les deux nations sœurs. « On passait d’un pays à l’autre, on parlait différentes langues, on se mariait, on travaillait ensemble, sans que cela ne pose de problème. Ces deux nations vivaient comme une grande famille », explique-t-il. Une harmonie qui vole en éclats avec le déclenchement de la guerre en 2022. Omar Harfouch se retrouve alors confronté à une injonction qu’il croyait avoir laissée derrière lui : choisir entre l’Ukraine et la Russie. Encore une fois, il refuse. Et c’est de cette absurdité — devoir se renier pour appartenir — que naît le Concerto pour la Paix.

Ce qui devait rester une réponse intime et personnelle dépasse rapidement son créateur. Joué pour la première fois au Théâtre des Champs-Élysées devant 3 700 spectateurs, l’œuvre déclenche une longue ovation. Omar Harfouch prend alors conscience que le concerto ne lui appartient plus vraiment. « Si au début j’accompagnais le concerto, aujourd’hui, c’est lui qui m’emmène. Ce n’est plus moi que l’on invite, c’est le Concerto pour la Paix que l’on demande », déclare-t-il. L’œuvre répond désormais à un besoin bien plus large que lui : un besoin universel de paix et de dialogue.

Une tournée mondiale et des coïncidences troublantes

Une tournée internationale s’enclenche, portant l’œuvre dans des lieux aussi symboliques que la Commission européenne à Bruxelles, le Sénat français, le Parlement italien à Rome, ou encore la résidence du président américain à Mar-a-Lago. Mais c’est peut-être dans les zones de conflit que le concerto prend toute sa dimension. À Dubaï, alors que les bombardements poussent la population à quitter la ville, Omar Harfouch choisit de jouer. Le soir même, un cessez-le-feu est annoncé. À Beyrouth, lors d’une diffusion en direct à la télévision, une coïncidence similaire se produit. « Je ne prétends pas que la musique arrête les guerres. Mais je sais qu’elle peut créer un espace où l’espoir redevient possible », souligne-t-il sobrement.

Nommé pèlerin de la paix par le pape François, qui lui a demandé de jouer ce concerto partout où cela est possible — quels que soient les risques —, Omar Harfouch mesure pleinement le poids de cette responsabilité. Son objectif est désormais de faire voyager cette œuvre non seulement dans des institutions symboliques, mais aussi auprès des peuples, là où la fracture est la plus profonde et où le dialogue semble rompu. Dans un monde qui exige des choix binaires, il continue d’ouvrir des espaces où la complexité humaine peut s’exprimer librement.

Une philosophie de vie ancrée dans l’histoire

« Le concerto n’est plus seulement une œuvre musicale. C’est devenu une mission », résume Omar Harfouch. Une mission qui s’ancre dans son histoire personnelle. Né au Liban, il a grandi dans un pays où la guerre civile a opposé communautés, familles et voisins pendant quinze ans. Dans ce contexte, le piano est devenu bien plus qu’un instrument : une réponse à l’absurdité des conflits. Son refus de choisir entre ses parents lors de leur divorce illustre cette même quête de neutralité. « J’aimais chacun de mes parents différemment, mais pleinement », explique-t-il. Une philosophie qui ne l’a jamais quitté, des ruines de Beyrouth aux plus grandes institutions mondiales.

Cette approche tranche avec les discours politiques actuels, souvent polarisés. Pour Omar Harfouch, la culture doit rester un espace où la complexité humaine peut s’exprimer sans être réduite à des étiquettes. « Si la politique impose parfois des choix, la culture, elle, doit continuer à ouvrir des espaces où ces choix ne sont plus nécessaires », affirme-t-il avec une conviction intacte. Une vision qui guide désormais chacune de ses actions et de ses créations.

Et maintenant ?

Omar Harfouch prévoit de poursuivre sa tournée internationale avec le Concerto pour la Paix, en ciblant des zones de conflit et des institutions où le dialogue est nécessaire. Une prochaine étape pourrait inclure des pays d’Afrique ou du Moyen-Orient, où les tensions persistent. La question reste cependant de savoir si ces représentations pourront avoir un impact concret sur les conflits en cours. Pour l’instant, le pianiste insiste sur la portée symbolique de son engagement : « Je ne prétends pas que la musique arrête les guerres. Mais elle peut créer un espace où l’espoir redevient possible. » Une mission qui, selon lui, doit se poursuivre « note après note ».

En définitive, Omar Harfouch incarne une réponse artistique et humaine à un monde souvent divisé. Son parcours, marqué par le refus des choix binaires, montre qu’une autre voie est possible. Que son concerto puisse un jour contribuer à apaiser les tensions reste à voir. Mais une chose est sûre : sa mission continuera de résonner bien au-delà des salles de concert.

Le Concerto pour la Paix porte un message clair : la complexité humaine ne peut être réduite à des camps opposés. À travers sa musique, Omar Harfouch affirme que la paix ne passe pas par des choix binaires, mais par la reconnaissance de la diversité des liens humains. L’œuvre cherche à créer des espaces où le dialogue peut renaître, même dans les contextes les plus conflictuels.

Le titre de « pèlerin de la paix » a été décerné à Omar Harfouch par le pape François en reconnaissance de son engagement à travers le Concerto pour la Paix. Le souverain pontife lui a demandé de jouer cette œuvre partout où cela était possible, quels que soient les risques, afin de diffuser un message de paix et de dialogue dans les zones de conflit et les institutions internationales.