Initiée à l’été 2026, une initiative originale a vu le jour sur OnlyFans, la plateforme de contenus réservés aux adultes : OnlyMarms, une page dédiée à l’observation des marmottes à ventre fauve (Marmota flaviventris). Derrière ce projet insolite se cache un enjeu scientifique majeur, celui de pérenniser une étude entamée il y a plus de soixante ans dans les montagnes du Colorado, aux États-Unis. Selon Courrier International, cette démarche s’inscrit dans un contexte de financements publics en forte baisse pour la recherche fondamentale.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet scientifique né en 1962 dans le Colorado, suivi individuellement depuis cette date.
- OnlyMarms utilise la plateforme OnlyFans pour recueillir des dons et financer la recherche.
- La page compte 112 abonnés et a généré environ 650 dollars de dons en quelques semaines.
- Le projet est porté par le professeur Daniel Blumstein, écologue à l’université de Californie à Los Angeles.
- La crise climatique rend ce suivi longitudinal encore plus précieux pour comprendre l’évolution des écosystèmes.
Une étude pionnière menacée par les restrictions budgétaires
Depuis 1962, dans les forêts nationales de San Juan, au Colorado, des générations de marmottes à ventre fauve sont suivies de près par une équipe de chercheurs. Chaque animal est identifié, mesuré, équipé d’une puce électronique, puis observé tout au long de sa vie : migrations, hibernations, gestations, conflits sociaux ou encore disparitions. Selon Courrier International, ce suivi individuel sur plusieurs décennies constitue l’une des archives les plus précieuses au monde sur le comportement des mammifères sauvages.
Pourtant, ce projet emblématique est aujourd’hui menacé par une baisse des financements publics. Comme le rapporte La Repubblica, le professeur Daniel Blumstein, responsable de l’étude, a expliqué : « Oui, c’est la frustration qui nous a poussés à nous lancer, dans un contexte de financement extrêmement difficile. » Une situation aggravée par les réformes récentes du gouvernement américain, qui recentrent les priorités budgétaires vers des domaines comme l’intelligence artificielle ou l’énergie nucléaire, reléguant les sciences du vivant au second plan.
De l’inspiration télévisuelle à la stratégie de communication
C’est en regardant la série Margo a des problèmes d’argent, dans laquelle une mère célibataire utilise OnlyFans pour subvenir à ses besoins, que l’idée est venue au professeur Blumstein. Pourquoi ne pas appliquer ce modèle à la recherche scientifique ? « Et si le principe de cette série pouvait s’appliquer aux marmottes et au financement de la recherche ? » s’est-il interrogé. C’est ainsi qu’est né OnlyMarms, une page qui propose aux internautes de découvrir la vie quotidienne de ces rongeurs, entre repas, creusage de terriers et chamailleries.
Le compte, lancé à la fin du mois de juillet 2026, affiche déjà près de 2 900 visites et 112 abonnés, pour un total d’environ 650 dollars de dons. Comme le souligne Emily Renkey dans le New York Times, « la plupart des internautes donnent environ 10 dollars, ce qui prouve qu’il y a un intérêt réel et nourri pour notre travail. » Un succès modeste, mais encourageant dans un contexte où chaque dollar compte pour la poursuite des observations.
Un observatoire unique face à la crise climatique
Le projet des marmottes du Colorado ne se limite pas à une simple collecte de données. Il offre une vision à long terme des effets du réchauffement climatique sur les écosystèmes. « Une population étudiée sur plusieurs décennies raconte la transformation d’un milieu naturel, notamment face à la crise climatique », a précisé La Repubblica. Les chercheurs peuvent ainsi analyser l’impact des hivers plus courts, des étés plus chauds ou des changements dans la disponibilité des ressources sur la survie et le comportement de ces animaux.
Les marmottes à ventre fauve, reconnaissables à leur fourrure brun-jaune sur le dos et beige-jaune sur le ventre, vivent en colonies où la structure sociale est complexe. Certaines restent fidèles à leur colonie toute leur vie, tandis que d’autres migrent précocement. Ces variations individuelles, observées depuis des décennies, permettent aux scientifiques de tirer des conclusions sur la résilience des espèces face aux perturbations environnementales.
Une stratégie de communication pour sensibiliser le public
Pour Daniel Blumstein, l’initiative OnlyMarms illustre une tendance de fond : « Il ne suffit plus de recueillir des données, de les analyser et de les publier. Il faut les raconter, les rendre accessibles et, si possible, amusantes. Il faut réussir à convaincre le public d’arrêter de scroller et de soutenir la recherche. » Une approche qui répond à un double défi : celui de la transparence scientifique et celui de la recherche de financements alternatifs dans un paysage budgétaire en mutation.
Alors que les réseaux sociaux dominent désormais le paysage médiatique, les chercheurs sont contraints de s’adapter. « On ne peut pas se contenter d’étudier les humains pour comprendre le comment et le pourquoi de notre humanité », a rappelé Blumstein. En donnant à voir la vie des marmottes sous un angle inédit, le projet OnlyMarms tente de créer un pont entre la science et le grand public, tout en sauvant une étude historique.
Pour l’heure, les marmottes continuent leur routine sous l’œil des caméras et des chercheurs, tandis que la page OnlyMarms tente de trouver son public. Une chose est sûre : dans un monde où l’attention est une ressource rare, les sciences du vivant doivent désormais composer avec les codes des réseaux sociaux pour espérer survivre.
Le choix d’OnlyFans s’explique par sa capacité à monétiser du contenu, mais aussi par une réflexion plus large sur la communication scientifique. Selon Daniel Blumstein, cette plateforme permet de toucher un public large et de rendre accessible un projet de recherche. « Il faut réussir à convaincre le public d’arrêter de scroller et de soutenir la recherche », a-t-il souligné. L’idée n’est pas de sexualiser les marmottes, mais d’utiliser un modèle économique éprouvé pour financer une étude sérieuse.
Les marmottes à ventre fauve servent de modèle d’étude pour comprendre les effets du changement climatique sur les mammifères. Leur suivi individuel depuis 1962 permet d’analyser des données sur leur longévité, leurs migrations, leur reproduction ou encore leur hibernation. Ces informations sont cruciales pour évaluer la résilience des espèces face aux perturbations environnementales et anticiper les impacts futurs sur les écosystèmes.