Alors que les célébrations de Pâques approchent, les Européens constatent une hausse marquée des prix de l’agneau, directement liée aux perturbations météorologiques répétées depuis 2022. Selon Euronews FR, cette situation illustre l’impact concret du changement climatique sur les chaînes de production alimentaire, avec des répercussions économiques et environnementales majeures.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 2022 et 2025, le prix de l’agneau au Royaume-Uni a augmenté de 7 à 21 % à chaque choc climatique, selon une étude de Zero Carbon Analytics pour l’ECIU.
  • Les 2,6 millions de foyers britanniques consommant régulièrement de l’agneau ont dépensé 168 £ (192,64 €) de plus en trois ans en raison de cette inflation.
  • En Europe, le prix de l’agneau a bondi de 7,2 %, l’un des taux d’augmentation les plus élevés du secteur alimentaire, dépassant même l’inflation moyenne de l’UE (2,5 %).
  • Les émissions liées à la production d’agneau équivalent à 5,84 kg de CO₂ par portion de 100 g, selon le calculateur CO2 Everything.
  • 153 863 agneaux ont été importés en Italie entre mars et avril 2025, souvent après des trajets de 30 heures dans des conditions précaires.

Des conditions météo extrêmes qui pèsent sur les éleveurs

Les épisodes de sécheresse, de canicules et de pluies diluviennes survenus depuis 2022 ont lourdement pesé sur les coûts de production des éleveurs ovins. Chris Jaccarini, analyste spécialisé en terres, alimentation et agriculture à l’Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), précise que ces phénomènes ont « renchéri les coûts de production, freiné la pousse de l’herbe et empêché le renouvellement des stocks de foin, déjà épuisés ».

Le mécanisme est connu : chaque degré Celsius supplémentaire dans l’atmosphère permet à l’air de retenir 7 % d’humidité en plus, ce qui intensifie les précipitations. Ainsi, les fortes pluies de l’hiver 2023-2024 ont ajouté 5 £ (5,73 €) au prix d’un rôti d’agneau en 2024, puis 7 £ supplémentaires (8,03 €) en 2025. Des experts soulignent que même dans un pays comme le Royaume-Uni, doté d’un secteur agricole développé, ces aléas laissent des « effets sur les prix étonnamment durables ».

Le Pays de Galles, symbole des difficultés des éleveurs

Dans l’ouest du pays de Galles, Jack Cockburn, éleveur ovin dans le Ceredigion, témoigne des conséquences directes de ces dérèglements : « Nous avons connu deux hivers très humides de suite. Les sols, gorgés d’eau, et la faible luminosité due aux ciels nuageux ont empêché la pousse de l’herbe. Résultat, les agneaux arrivent à l’abattoir avec un poids inférieur et moins de viande par animal. » Ces contraintes réduisent mécaniquement l’offre et tirent les prix vers le haut.

Sur le continent, la situation n’est pas différente. Selon Eurostat, les prix de l’alimentation ont progressé de 3,3 % en 2025 dans l’Union européenne, un rythme supérieur à l’inflation moyenne de 2,5 %. L’agneau, avec une hausse de 7,2 %, figure parmi les produits dont le coût explose le plus rapidement, juste derrière le chocolat — autre victime des aléas climatiques affectant la production de cacao.

L’agneau, un enjeu environnemental et éthique

Au-delà de l’aspect économique, la production d’agneau soulève des questions environnementales majeures. À l’échelle mondiale, l’alimentation et l’agriculture représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre, derrière seulement la combustion des énergies fossiles. Dans l’Union européenne, les produits d’origine animale sont responsables de 81 à 86 % des émissions liées à l’alimentation, alors qu’ils ne fournissent que 21 % des calories et 64 % des protéines consommées.

L’agneau figure régulièrement en tête des aliments les plus polluants. Une portion de 100 g équivaut à 29,6 km parcourus en voiture, soit 5,84 kg de CO₂ émis. Le rapport 2025 de la commission EAT-Lancet, élaboré par 70 experts issus de 35 pays, estime qu’un passage à une alimentation majoritairement végétale pourrait réduire de 15 % les émissions agricoles et éviter 15 millions de décès par an.

Les associations de défense animale pointent également les conditions d’élevage et de transport des agneaux en Europe. Entre mars et avril 2025, 153 863 agneaux ont été importés en Italie depuis d’autres pays européens. Ces animaux, abattus entre quatre et huit mois, subissent parfois des trajets de 30 heures dans des véhicules exiguës, ce qui soulève des questions sur leur bien-être.

Une consommation à repenser ?

Face à ce double constat — flambée des prix et impact environnemental — certains consommateurs pourraient être tentés de réduire leur consommation d’agneau à Pâques. Pourtant, la demande reste forte, et les alternatives peinent à s’imposer. Les données d’Eurostat montrent que, malgré les hausses, la viande d’agneau conserve une place centrale dans les traditions culinaires européennes, notamment dans des pays comme la France, l’Italie ou le Royaume-Uni.

Les éleveurs, eux, appellent à des mesures d’accompagnement pour faire face aux aléas climatiques. « Les épisodes de pluie excessive ou de sécheresse ne sont plus des exceptions, mais la norme », rappelle Chris Jaccarini. « Il faut repenser les systèmes de production, les assurances climatiques et les aides publiques pour protéger ce secteur déjà fragilisé. »

Et maintenant ?

Les prévisions météo pour les prochains mois laissent présager une poursuite des aléas climatiques, avec un risque accru de canicules en été et de pluies intenses en hiver. Les acteurs du secteur agricole pourraient faire pression sur les gouvernements européens pour obtenir des mécanismes de compensation, tandis que les consommateurs pourraient être incités à diversifier leurs sources de protéines. Une chose est sûre : le prix de l’agneau, tout comme son empreinte carbone, devrait rester un sujet de débat dans les années à venir.

La question reste ouverte : comment concilier tradition culinaire, viabilité économique pour les éleveurs et urgence climatique ? Une réflexion qui dépasse largement la simple période pascale.

La hausse s’explique principalement par les perturbations climatiques répétées depuis 2022 : sécheresses, canicules et pluies diluviennes ont réduit les récoltes de foin, affaibli la croissance des agneaux et augmenté les coûts de production pour les éleveurs. Selon l’étude de Zero Carbon Analytics, ces chocs météo ont fait bondir les prix de 7 à 21 % à chaque épisode au Royaume-Uni, avec des répercussions similaires sur le continent.

Les alternatives végétales (lentilles, pois chiches, seitan) ou les viandes moins polluantes (poulet, dinde) peuvent réduire l’empreinte carbone. Le rapport EAT-Lancet 2025 souligne qu’un régime majoritairement végétal permettrait de diminuer de 15 % les émissions agricoles tout en évitant 15 millions de décès prématurés par an dans le monde.