Peu connu du grand public, Pascal Gauthier figure pourtant parmi les dirigeants français les plus influents du secteur technologique. À la tête de Ledger, leader mondial des portefeuilles sécurisés pour cryptomonnaies, il s’est imposé comme une figure majeure de l’innovation financière. Invité à s’exprimer lors de l’édition 2026 de VivaTech à Paris, il incarne aujourd’hui l’ambition française dans la tech, rapporte Franceinfo - Sciences.

Ce qu'il faut retenir

  • Pascal Gauthier dirige Ledger, entreprise française spécialisée dans les portefeuilles sécurisés pour cryptomonnaies.
  • Il a été licencié en 2013 de son poste de COO chez Criteo, malgré un parcours brillant dans la publicité en ligne.
  • En 2015, il devient le premier investisseur de Ledger et en prend la direction dix ans plus tard.
  • L’entreprise a levé 500 millions de dollars en 2021 et vendu 8 millions d’appareils sans jamais perdre un euro.
  • Tony Fadell, inventeur de l’iPod et de l’iPhone, siège aujourd’hui au conseil d’administration de Ledger.

Un parcours semé d’embûches avant le succès

Avant de diriger l’une des entreprises françaises les plus en vue du secteur technologique, Pascal Gauthier a connu des revers professionnels marquants. En 2013, alors qu’il occupe le poste de directeur des opérations (COO) chez Criteo, spécialiste français de la publicité en ligne entré au Nasdaq la même année, il est licencié. Une situation qu’il évoque sans détour dans le podcast Pause : « Tout le monde me disait : "Avec ton poste de COO chez Criteo, tout le monde va t’appeler, ton téléphone ne va pas arrêter de sonner." Personne ne m’appelle, zéro. Quand je dis zéro, c’est zéro », déclare-t-il. Un choc pour ce Parisien doué en mathématiques, qui a pourtant tenté une classe préparatoire puis l’université sans succès, avant de se tourner vers des emplois précaires.

Le licenciement de 2013 marque un tournant. Sans diplôme et avec un CV marqué par des expériences variées — dont celle de barman —, il se retrouve face à un marché du travail hostile. Les entretiens d’embauche se multiplient, souvent infructueux. Certains anciens collaborateurs, désormais en position de force, lui proposent même des postes subalternes : « Des personnes qui travaillaient sous mes ordres chez Criteo commençaient à me dire : "Écoute, tu ferais mieux de prendre le boulot que je te file, parce qu’avant tu étais au top, mais maintenant ta carrière, c’est mort » », raconte-t-il. Autant dire que son parcours n’a rien eu d’un long fleuve tranquille.

De la crise Internet à la révolution blockchain

Malgré ces difficultés, Pascal Gauthier a su rebondir en saisissant les opportunités que lui offrait chaque crise. Au tournant des années 2000, alors qu’il occupe des postes dans des start-up, il observe l’émergence d’Internet et en fait une bouée de sauvetage. Après des passages chez Kelkoo, comparateur de prix en ligne, et Criteo, il se tourne vers un domaine alors méconnu : les cryptomonnaies. Une rencontre va tout changer. En 2015, il entend parler de Wences Casares, entrepreneur argentin et grand promoteur du bitcoin, lors d’une conférence à Chicago. Les propos de ce dernier le marquent durablement : « Le bitcoin est important parce que c’est peut-être la meilleure forme d’argent qu’on ait jamais connu. Ce qui est remarquable avec le bitcoin, c’est qu’il nous permet de faire une transaction avec n’importe qui dans le monde, instantanément, gratuitement et sans intermédiaire. C’est la première fois en 5 000 ans qu’on a une monnaie immensément plus puissante que l’or ».

Convaincu par cette vision, Pascal Gauthier décide de s’investir pleinement dans l’écosystème. En 2015, il devient le premier investisseur de Ledger, entreprise alors en pleine structuration. Dix ans plus tard, sous sa direction, Ledger est devenue un acteur incontournable du secteur. L’entreprise a non seulement levé 500 millions de dollars en 2021, mais elle a également vendu 8 millions de portefeuilles sécurisés — des appareils conçus pour protéger les cryptomonnaies des utilisateurs. Mieux encore, Ledger peut se targuer de n’avoir « jamais perdu un euro », comme le souligne fièrement son PDG lors de l’événement Ledger Op3n en octobre 2025.

Un leadership marqué par l’innovation et l’audace

L’ascension de Pascal Gauthier à la tête de Ledger s’accompagne d’une stratégie ambitieuse. En octobre 2025, il inaugure Ledger Op3n, un événement organisé dans le siège parisien de l’entreprise, situé au 106 rue du Temple. L’occasion pour lui de dévoiler le Ledger Nano Gen 5, un portefeuille sécurisé de nouvelle génération, présenté comme une évolution majeure. Le produit, de la taille d’un iPod, rappelle d’ailleurs le design emblématique de l’appareil d’Apple, un clin d’œil qui n’est pas anodin : Tony Fadell, père de l’iPod et de l’iPhone, siège aujourd’hui au conseil d’administration de Ledger. Autant dire que l’entreprise mise sur l’alliance entre sécurité et design pour séduire un public toujours plus large.

Son approche du business est sans équivoque : « C’est un mix entre le sport et la guerre », confie-t-il dans le podcast 40 nuances de Next. Cette philosophie explique peut-être son succès. Mais Pascal Gauthier ne cache pas ses inspirations : sans Internet, il aurait probablement choisi une carrière militaire. « Quand on pense que c’est trop ambitieux, il faut se rappeler l’histoire d’Alexandre le Grand. Une fois que tu relis l’histoire, tu te dis que finalement, tout ce qu’on fait, ce n’est pas si compliqué que ça et qu’on peut y aller ».

Ledger, un symbole de la croissance française dans la tech

Sous la direction de Pascal Gauthier, Ledger est devenu bien plus qu’une entreprise technologique : c’est un symbole de la réussite française dans un secteur dominé par des géants américains et asiatiques. L’annonce de son partenariat avec les San Antonio Spurs, franchise de la NBA où évolue notamment Victor Wembanyama, illustre cette ambition. Le logo de Ledger s’affiche désormais sur les maillots d’une équipe sportive mondiale, une visibilité rare pour une entreprise française de ce secteur. « L’aventure ne fait que commencer », a-t-il déclaré lors de l’événement, laissant entrevoir de nouvelles ambitions pour les années à venir.

Pourtant, malgré ce succès, Pascal Gauthier reste lucide sur les défis à venir. Dans un secteur aussi volatile que les cryptomonnaies, la sécurité et la confiance des utilisateurs restent des priorités absolues. Ledger, qui revendique plus de 8 millions d’appareils vendus sans jamais avoir subi de faille majeure, mise sur l’innovation continue pour se différencier. Avec des produits comme le Nano Gen 5 et une présence grandissante sur la scène internationale, l’entreprise pourrait bien écrire une nouvelle page de son histoire.

Et maintenant ?

Dans les mois à venir, Ledger devrait accélérer le déploiement de ses nouveaux produits, notamment le Nano Gen 5, tout en renforçant ses partenariats technologiques. L’entreprise, qui a déjà levé 500 millions de dollars en 2021, pourrait également envisager une nouvelle levée de fonds pour financer son expansion, notamment en Asie et aux États-Unis. Enfin, avec l’évolution constante du marché des cryptomonnaies, Pascal Gauthier devra continuer à innover pour maintenir la position de leader de Ledger.

En attendant, Pascal Gauthier incarne une nouvelle génération de dirigeants français, capables de transformer des parcours atypiques en succès retentissants. Son histoire rappelle que dans la tech, comme dans bien d’autres domaines, la persévérance et l’audace paient — à condition de savoir saisir les opportunités au bon moment.

Ledger est une entreprise française spécialisée dans la conception et la vente de portefeuilles sécurisés (ou "wallets") pour cryptomonnaies. Ces appareils, comme le Nano Gen 5, permettent aux utilisateurs de stocker et de gérer leurs actifs numériques en toute sécurité. Ledger revendique la vente de 8 millions d’appareils et une levée de fonds de 500 millions de dollars en 2021.

Pascal Gauthier est considéré comme atypique en raison de son parcours professionnel. Après un licenciement en 2013 de son poste de COO chez Criteo, il a rebondi en investissant dans le bitcoin et en devenant le PDG de Ledger. Son manque de diplôme formel et ses expériences variées (barman, community manager) contrastent avec son succès actuel dans la tech.