À l’approche de l’adoption, le 6 mai prochain, de la première stratégie européenne contre la pauvreté, l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint avance une proposition forte : instaurer un « veto social » au sein des institutions européennes. Ce mécanisme inédit permettrait de bloquer toute mesure législative ou budgétaire susceptible d’aggraver les conditions de vie des personnes aux revenus les plus faibles, selon Libération.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les inégalités persistent malgré les engagements pris par l’Union européenne. En 2025, près de 95 millions de personnes dans l’UE vivaient sous le seuil de pauvreté, un chiffre qui a augmenté de 2,3 % par rapport à 2023, d’après les données d’Eurostat. Face à cette situation, l’idée d’un outil préventif prend tout son sens : « On ne peut plus se contenter de discours. Il faut des garde-fous concrets pour éviter que des décisions politiques ou économiques ne plongent davantage de citoyens dans la précarité », a déclaré Marie Toussaint, citée par Libération.
Ce qu'il faut retenir
- Première stratégie européenne contre la pauvreté : adoption prévue le 6 mai 2026.
- Proposition d’un « veto social » par l’eurodéputée Marie Toussaint pour bloquer les mesures aggravant la précarité.
- 95 millions de personnes concernées par la pauvreté dans l’UE en 2025 (+2,3 % par rapport à 2023).
- Mécanisme inédit : examen systématique des lois et budgets européens sous l’angle de leur impact social.
Un outil pour contrer l’aggravation des inégalités
Le « veto social » proposé par Marie Toussaint s’appuierait sur une évaluation systématique de l’impact des textes législatifs et des budgets européens avant leur adoption. Concrètement, chaque proposition serait analysée pour vérifier qu’elle ne menace pas davantage les populations les plus vulnérables. « L’objectif n’est pas de bloquer systématiquement, mais de garantir que les décisions prises ne creusent pas les écarts », a précisé l’eurodéputée.
Cette proposition rejoint les critiques récurrentes sur la priorité donnée à la rigueur budgétaire au détriment des politiques sociales. En 2024, 28 États membres sur 27 ont enregistré une hausse des inégalités, selon l’ONG Oxfam. Un constat qui pousse certains à réclamer des mécanismes contraignants pour protéger les plus fragiles.
Un débat qui dépasse les frontières françaises
Bien que portée par une élue française, cette initiative dépasse largement les frontières nationales. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté sociale européenne, un sujet qui divise les institutions. La Commission européenne, interrogée par Libération, n’a pas encore réagi officiellement, mais des sources internes évoquent une « ouverture prudente » sur le principe d’une évaluation d’impact renforcée.
Côté Parlement européen, les réactions sont contrastées. Les groupes de gauche, comme les Verts et la Gauche unitaire, soutiennent cette idée, tandis que les conservateurs y voient une « ingérence dans les prérogatives nationales ». « Il ne s’agit pas de centraliser davantage, mais de s’assurer que l’Europe ne devienne pas un acteur de la précarité », a rétorqué Marie Toussaint.
Quel calendrier pour ce « veto social » ?
Si la proposition est adoptée en commission parlementaire, elle pourrait être intégrée à la stratégie contre la pauvreté qui sera soumise au vote des eurodéputés en mai. Mais son application concrète dépendra aussi de la volonté des États membres. « Le chemin sera long, mais c’est une étape nécessaire pour une Europe plus solidaire », a souligné l’eurodéputée.
En attendant, des associations comme Caritas Europa ou Secours Catholique appellent à un renforcement des outils existants, comme le Socle européen des droits sociaux, sans attendre une nouvelle législation. « Le temps presse. Chaque mois, des milliers de personnes basculent dans la pauvreté à cause de mauvaises décisions politiques », rappelle une porte-parole de Secours Catholique.
Une chose est sûre : le débat sur la protection sociale en Europe est loin d’être clos. Entre urgences économiques et impératifs de solidarité, les prochains mois diront si l’UE peut concilier les deux.
Le mécanisme proposé par Marie Toussaint prévoirait une évaluation systématique de chaque texte législatif ou budget européen avant son adoption. Si une mesure est jugée susceptible d’aggraver la précarité, elle pourrait être bloquée ou amendée, sous réserve d’un vote majoritaire au Parlement européen et au Conseil des ministres.